Le droit d'esplèche
La ville d'Arles trouve qu'elle est de trop vaste étendue. Il y a peu de temps, une partie de son territoire. s'est séparée d'elle et s'est érigée en commune distincte sous le nom de Saint-Louis-du-Rhône. Malgré cette amputation, elle a encore une superficie de plus de 90,000 hectares, quatre fois plus que la ville de Marseille. Les jolies Arlésiennes ne veulent plus user leurs talons sur un aussi vaste territoire. Aussi ont-elles usé de toutes leurs forces de persuasion pour que fût formée une nouvelle commune. Et ainsi sera fait sous peu. Une partie d'Arles-Est deviendra municipalité distincte et s'appellera Saint-Martin-de-Crau. La nouvelle commune ainsi que l'ancienne, du reste jouira du droit d'esplèche.
Qu'est-ce que ce droit, dont on ne trouve mention que dans les archives du pays de Crau? C'est une coutume spéciale due à la vie pastorale des Arlésiens, qui a des traditions très lointaines. La Crau est un pays de pâturage à moutons et est propriété communale. Le droit d'esplèche permet aux habitants d'y mener paître leurs troupeaux, de la Mi-Carême à la Saint-Michel, contre une légère redevance payée à la ville. Autrefois, le droit d'esplèche comprenait également la faculté de «bûcherer» et de «lignerer », c'est-à-dire de ramasser le bois de chauffage; mais aujourd'hui, il désigne simplement le droit de faire paître les moutons. C'est une survivance des anciennes coutumes du moyen âge. Et, pour rien au monde, les habitants de la Crau ne s'en laisseraient déposséder.
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