POUR ET CONTRE
Duru voit s'ouvrir devant lui les portes de la prison de Fresnes. Il est libre. Il s'en va aussitôt retrouver son ancienne compagne et la larde de coups de couteau. Il est sous les verrous à nouveau... Pinson, un vilain moineau, ayant quitté la geôle de Versailles, dans la matinée, attaque. dans l'après-midi, à Orsay, Mlle de C..., et la dévalise. Il est arrêté. Ces regrettables faits divers où se trouvent relatés les détestables exploits de messieurs et de demoiselles sortis, le matin même, ou la veille, de prison, ne sont pas sans donner à réfléchir. Les sociologues, les criminalistes et les philanthropes pourraient, il me semble, en tirer quelques conclusions sévères et pessimistes.
Tout d'abord, le régime cellulaire est-il aussi pénible, aussi épouvantable qu'on le dit? On est bien obligé d'en douter quand on voit des citoyens, qui ont enduré tous les tourments de l'infernale prison, s'employer, dès leur libération, à se faire jeter de nouveau en enfer... La personne étourdie qui par erreur a avalé un peu de vitriol à la place de petit vin blanc ne se trompe plus jamais, si elle en réchappe... Elle a trop souffert. Je suis bien sûr, d'autre part, que si les guillotinés pouvaient, après l'opération de M. Deibler, rentrer en possession de leur tête et revivre, ils feraient l'impossible, par la suite, pour ne pas mériter la peine capitale…
Il n'est donc pas défendu de penser que les pensionnaires de nos, prisons n'y sont pas si maltraités qu'on le laisse entendre. S'ils y étaient atrocement malheureux, ils ne voudraient jamais. y retourner... Notre régime pénitentiaire amende-t-il au moins le déplorable tempérament des filous et des meurtriers ?... Hélas !... Cela est aussi bien douteux !... Il nous serait agréable, certes, de croire à de belles, légendes, à la régénération des mauvais diables et à la rééducation des méchants esprits. Seulement, les faits divers, à coups de couteau, à coups de browning, tuent les légendes. Et nous sommes obligés de nous rendre compte d'une vérité bien affligeante: qui entre voleur, en prison, en sort voleur; qui entre en prison, violent, débauché, paresseux, cruel, sort de prison avec les mêmes vices et les mêmes tares... C'est désolant, mais c'est ainsi... La prison, pour les pires défauts des hommes, ce n'est pas autre chose qu'une boîte de conserve…
Il faudrait, évidemment, qu'elle fût autre chose: une école de rééducation, par exemple... Seulement…
Maurice PRAX.
|