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L'Intransigeant - 22 février 1925


les seigneurs de la terre, les féodaux de la betterave

LES HEURES NOUVELLES
L'argent là où il est

Prenons ensemble le tramway. Nous descendrons, si vous le voulez bien, à Aubervilliers.
— Bonjour, monsieur le maraîcher! Vos cultures vont bien ? Vos châssis et vos cloches n'ont pas souffert de la grêle? Vos radis et vos salades sont plaisants et voilà de bien beaux choux-fleurs... Vous possédez, ici une terre de 7 hectares dont pas un pouce n'est laissé en jachère. Aussi vos affaires sont bonnes. Est-il exact qu'en cette année 1924, vous n'ayez pas réalisé moins de 100.000 francs de bénéfices nets ?
— Cela se pourrait bien.
— Mais, est-il vrai que vous ne payiez comme impôt qu'une somme de 308 francs ?
— Je me conforme à la loi. Le forfait règle la taxe des agriculteurs.
— D'accord. Mais savez-vous qu'à côté de vous, de l'autre côté de la route, tel petit usinier, tel industriel, sur un bénéfice analogue au vôtre, va payer de 30 à 50 % d'impôts? 50.000 francs contre 308 francs. Considérez-vous que cela soit juste ?
— La loi...
— Oui, sans doute; mais c'est parce que la loi est mal faite qu'on pourrait la réformer à une heure où le besoin d'argent est si pressant pour le Trésor. Hier, à la Chambre, un socialiste, M. Compère-Morel, proposait de supprimer le forfait pour toutes les exploitations agricoles dont le bénéfice excède cent mille francs. Il est déjà assez fâcheux que ce soit un socialiste qui prenne l’initiative de telles mesures dont l'évidente équité devrait s'imposer sans débat à une Assemblée républicaine. Mais, naturellement, une majorité de députés agriculteurs a refusé la prise en considération de cette réforme. Et la masse des contribuables vivant de la terre continuera de payer 25 millions de contributions sur un ensemble de 2 milliards 800 millions, dont 1 milliard payé par les industriels, et 152 millions par les salariés !
— Oui, c'est entendu, la classe paysanne mérite d'être ménagée. La terre se dépeuple. Si nous faisons son entretien trop pénible ou trop coûteux, nous éloignerons ses derniers fidèles. Nous supportons à l'heure actuelle la double servitude de la finance étrangère et du pain étranger. C'est au cultivateur, au paysan que, par une production accrue et délivrée de toute entrave, de toute tracasserie fiscale, nous devrons notre libération...

— C'est bien cela que vous dites, messieurs les ruraux? Et, sans doute, n'avez-vous pas tort si on regarde votre cas dans l'absolu. Il n'en est pas moins vrai que, relativement aux autres contribuables, à ces malheureux salariés des villes, ouvriers d'usines, petits et grands chefs d'usines ou de commerces, vous êtes beaucoup trop libéralement exemptés. On ne demandait, hier, à la Chambre, que d'atteindre les seigneurs de la terre, les féodaux de la betterave, de la pomme de terre, du blé, de la vigne, ceux qui font d'ailleurs la loi sur les marchés, retenant ou lâchant leur récolte suivant que la cote marque hausse ou baisse. La majorité de la Chambre, dans un intérêt égoïste, a refusé de rendre justice. Notons-le sans nous en étonner.

LEON BAILBY.


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