| La Presse - 19 février 1925 |
ECHOS Une invitation, formulée par le professeur Variot, avec la cordialité et l'affabilité qui sont particulières à ce grand savant, nous amenait, l'autre matin, à la «Goutte de Lait de Belleville». Le maître de la puériculture voulait nous permettre d'admirer les tableaux du peintre Jean Geoffroy, qui décorent cet établissement. Quand mourut l'artiste, il y a deux mois, nous avons dit. à cette même place, l'intérêt et la valeur de son œuvre. Geoffroy était le peintre des enfants; les tableaux anecdotiques, dans lesquels it les faisait figurer, obtenaient toujours, au Salon, un vif succès auprès du grand public, excellent juge en matière d'art, car il ne sacrifie pas au snobisme ni à la mode, et ne se laisse attirer que par ce qui lui plaît; aussi ne manquait-il pas de remarquer les tableaux de Geoffroy; ils piquaient sa curiosité et retenaient son attention par l'esprit de la composition et l'émotion qui se dégageait de la scène représentée. Qui ne connaît la célèbre Visite à l'Hôpital, au Musée du Luxembourg, où l'on voit un ouvrier au chevet de son enfant malade? A moins d'être fermé à tout sentiment de compassion, on ne saurait voir cette toile fameuse sans être bouleversé de pitié, tant elle exprime le caractère tragique de la douleur humaine, dans ce qu'elle a de plus noble et de plus poignant. La composition la plus vaste qu'ait peinte Jean Geoffroy est un triptyque, dont les trois parties représentent des scènes vues quotidiennement à la Goutte de Lait de Belleville, à gauche, la pesée des nourrissons, à droite, la distribution du lait, au centre, l'examen des enfants, présentés par leurs mères, et auquel préside le docteur Variot, président-fondateur de l'établissement que ce maître a eu l'initiative et le mérite de créer, il y a trente-trois ans, et qu'il continue de diriger, avec une conscience, une autorité et un dévouement admirables. Pour peindre les enfants, comme le faisait Geoffroy, il fallait les comprendre au point d'exprimer, par le dessin et la couleur, l'émouvante poésie de leur âme, de leur visage et de leurs gestes. Pour les soigner, avec la tendresse et l'abnégation dont fait preuve le docteur Variot, il faut les aimer profondément. Avec quelle douceur ce spécialiste réputé les examine, avec quelle bienveillance il interroge les mères, avec quelle délicatesse il calme l'inquiétude de celles-ci, avec quelle générosité il les réconforte, avec quel tact il les conseille, avec quelle patience il écoute leur confession, souvent douloureuse ! Il est nécessaire d'avoir assisté à l'une de ces consultations pour connaître les trésors de bonté que peut prodiguer, en même temps que les richesses de sa science, un médecin éminent qui est, en même temps, un homme de cœur, sensible et compatissant! La Goutte de Lait de Belleville » fournit, depuis trente ans et plus, la démonstration de ce que peut la bienfaisance privée, sans appui ni secours officiels, quand elle est guidée et dirigée par un savant alliant l'autorité à la compétence, et pour qui la philanthropie n'est pas un moyen de parvenir aux situations fructueuses ni aux honneurs qui récompensent plus souvent l'entregent et l'habileté que le vrai mérite et le dévouement sincère. La seule récompense qu'ambitionne le professeur Variot est de conserver le plus possible d'existences humaines et d'abaisser toujours davantage la moyenne de la mortalité dans ses services. Il s'estime largement payé de ses peines, puisque cette moyenne. qui est ailleurs de presque 10%, est maintenant tombée à 3.07 % chez le millier d'enfants qui sont annuellement présentés aux consultations de la «Goutte de Lait de Belleville». S'il n'est pas de meilleure récompense pour le docteur Variot, il n'est pas de plus éloquent témoignage en faveur de son œuvre et de celui qui la dirige! PAUL MATHIEX.
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