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Paris-Soir - 19 février 1925


Un problème angoissant

DU POINT DE VUE DE SIRIUS
Un problème angoissant

La question qui s'était posée avec cette jeune femme, meurtrière de son époux, acquittée par la Cour d'assises, se pose à nouveau, dans des circonstances peut-être plus pénibles encore. Une jeune femme tue sa sœur tuberculeuse et lasse de souffrir. La malheureuse préférait la mort à l'hôpital. Elle suppliait son aînée de mettre fin à ses atroces douleurs. Quel drame ! Mais les détails sont particulièrement affreux. Par cinq fois, la meurtrière dut tirer sur l'infortunée pour pouvoir l'abattre définitivement. Ensuite, elle voulut utiliser la sixième balle. Trop tard. Et elle n'avait plus assez d'argent pour se procurer un autre revolver.

Drame de la misère. Drame de la maladie. Et quelle pitoyable chose que l'être humain en proie aux attaques sournoises d'un mal qui ronge la volonté, annihile la conscience. L'éternel sommeil, tout de suite, plutôt que cette souffrance persistante à travers une lente agonie. Et comment refuser à l'être aimé, qui implore et hurle sa désespérance, la paix définitive, le geste de délivrance qu'il attend de vous ?

Tous commentaires demeurent vains et impuissants. Cependant, que vont faire les juges ? Condamner? Impossible.

Est-ce que des cas semblables ne devraient pas forcer l'attention? Est-ce que de telles infortunes physiques, sans remède aucun, ne pourraient pas être confiées aux soins du médecin responsable devant sa conscience et auquel on accorderait le droit de décider ?

Il n'est pas rare que, dans les hôpitaux, des docteurs ayant reconnu l'impossibilité d'arracher un pauvre diable à ses tortures, ordonnent une piqûre qui abrégera ses jours, mais qui la soulagera.
Combien, qui auraient pu résister, peut- être quelques semaines encore, sont morts ainsi ? Morts de la compassion et de la charité du médecin. Quand tout espoir doit être abandonné, quand ce qui vous reste d'existence n'est plus qu'une suite de tourments, mieux vaut s'en aller, dans l'inconscience totale, paisiblement, comme on s'endort.

Oui, cela vaut infiniment mieux que de se traîner aux pieds d'une sœur ou d'une épouse et de quémander la balle de revolver qui vous procurera l'apaisement.

Oui, mais... n'a-t-on pas vu des hommes de science proclamer, au chevet d'un malade, que tout était fini, que le patient était condamné et qu'il n'y avait plus qu'à laisser faire. Puis, quelques semaines après, heureusement rescapé, le malade se dressait, donnant un démenti à son médecin. Supposez que. le médecin, armé d'un redoutable pouvoir, reconnu par la Société, ait cru devoir devancer l'appel de la Mort…

Qui pourra juger, en toute certitude, de l'opportunité du geste homicide? Le problème est terrible.
Mourir est peut-être facile. Mais tuer ? Si j'étais juré, j'acquitterais, certes. Mais j'ai dans l'idée que je passerais, après ça, quelques mauvaises nuits.

Victor MERIC.


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