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L'ouest-Éclair - February 26, 1925


L'achat de 1200 bouteilles de Champagne et la nomination d'une Commission de dégustation

D'UN JOUR A L'AUTRE
Leur Champagne !

La proposition d'achat immédiat de 1200 bouteilles de Champagne, transmise par le maire avec avis très favorable à son Conseil et la nomination d'une Commission de dégustation ont paru tout d'abord si extravagantes et, pour tout dire, si folles, que de nombreux Cherbourgeois, amis politiques fidèles de la municipalité, se sont imaginé qu'il s'agissait d'une plaisanterie de Carnaval. D'autres disaient : «Allons, allons, n'essayez pas de nous en raconter... le premier avril est cette année un peu trop en avance!» Pourtant il a bien fallu se rendre à l'évidence et constater une fois de plus que le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable. L'histoire du Champagne est donc réelle et d'une authenticité indiscutable; les derniers incrédules, s'il en reste, n'ont qu'à se rendre à l'Hôtel de Ville pour y consulter le registre public et officiel des procès-verbaux et ils y verront que M. Mahieu regnante, au moment où le pain était à trente-deux sous le kilo, où le lait pour les enfants était rare et cher, où la viande atteignait des prix exorbitants, où le peuple entier déplorait la vie de plus en plus chère, maire, adjoints et conseillers municipaux radicaux- socialistes et socialistes de Cherbourg n'avaient point de plus pressant souci que d'entasser dans les caves de l'Hôtel de Ville douze cents bouteilles de Champagne.
Ces messieurs ont déjà dit et répéteront certainement : «L'affaire est bonne, pourquoi n'en ferions-nous pas profiter les Cherbourgeois?»
Certes, nous ne discutons pas la valeur du marché qu'il s'agit de traiter; nous voulons même bien admettre que les dégustateurs n'auront qu'à rendre hommage aux qualités naturelles du Champagne proposé, mais la question n'est pas là... Il s'agit simplement de savoir si nous devons, en un temps où les achats de centaines de bouteilles de Champagne s'imposent; si l'argent des contribuables ne trouverait pas un emploi meilleur et plus urgent; si enfin ce n'est pas se moquer indignement des malheureux réduits bientôt à ne boire que l'eau de la Divette et à ne manger que du pain... d'autant plus sec qu'il est plus cher, que de leur faire savoir que les caves de la mairie se remplissent peu à peu de boissons qui n'ont rien de commun avec l'eau de la ville même javellisée !
Autrefois les empereurs romains garantissaient au moins à leur peuple du pain et des jeux. De nos jours, nos cartellistes démagogues sont parvenus à rendre bientôt le pain inabordable en raison de son prix, et les jeux inutiles, le populaire n'ayant plus guère le goût d'y prendre part.

Mais pour eux il reste le Champagne ! Ah! les fumistes!

E. C.


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