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L'Œuvre - 01 mars 1925


l'homme qui rage

L'homme qui rage

Ce n'est pas un malhonnête homme: ce n'est pas un mauvais Français. C'est un monsieur très honorablement connu dans son quartier et qui ferait bonne figure au Conseil municipal.
Certes, il est trop intelligent pour prendre au sérieux les «bobards» communistes. Il ne croit pas davantage aux «bobards» réactionnaires sur les dangers d'une révolution prochaine.
Mais à la fin, agacé par tant de rumeurs alarmistes ou défaitistes, ce Français moyen, et même au-dessus de la moyenne, finit par se dire : «L'agitation que les Millerand et les Castelnau s'essoufflent à provoquer ne pourrait être, en mettant les choses au pis, qu'une crise passagère. L'ordre serait vite rétabli».

Mais, s'il risque d'être un moment troublé, un homme sage, qui a la charge d'une famille, doit prendre quelques précautions. Sous quelle forme ? Une petite réserve d'argent liquide permet d'attendre sans encombre, à la campagne ou chez nos voisins la tombée de la fièvre.
Là-dessus, notre homme, qui a quelques ressources, met de côté cent billets de mille, à tout hasard. Supposez que cent mille Français fassent le même geste: voilà dix milliards retirés de la circulation. Et les braves gens s'étonneront, après cela, le plus ingénument du monde, des embarras de trésorerie qui gênent leur industrie ou leur négoce !

Mais comment Marseille, l'une de nos villes les plus commerçantes, ne comprendrait-elle pas que la principale cause des difficultés dont les affaires pâtissent, c'est justement l'affreuse campagne de rancune et de colère menée par Millerand qui ne dérage point?
En France, on n'aime pas ça. On s'explique très bien qu'un homme qui a perdu «sa place» la regrette et en éprouve du chagrin. On lui pardonne même de trop le laisser paraître ; mais on n'admet pas qu'il rage publiquement, et qu'il réclame à tous les échos la queue de la poêle qu'il a dû lâcher, parce qu'on lui tapait sur les doigts.
Ce qui est encore plus intolérable, c'est que le ressentiment personnel de l'ex- président Millerage l'engage dans une entreprise contre le crédit public. Jadis, la chevalerie politique exigeait que l'on ne mêlât jamais la France aux querelles de partis. M. Millerage n'a plus de ces scrupules surannés. «Périsse la France, pourvu que je rentre à l'Elysée!»

Les gens de Marseille et de Paris ont déjà discerné le pauvre mobile de cette «campagne». Elle est si misérable dans tous les sens du mot qu'ils se contenteront de hausser les épaules. Ça ne vaut même pas un sourire.

Gustave Téry


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