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L'Œuvre - 20 septembre 1925


LOeuvre 1925 09 20 article La paix du pétrole et du charbon 2

La paix du pétrole et du charbon
Une conférence internationale va se tenir pour l'organisation économique de la paix

Une formule eut grand succès l'an dernier à l'Assemblée de Genève : «Nous avons la change, avait dit un délégué, de construire la machine à tuer la guerre.» Mais la guerre est multiple, et on ne saurait l'atteindre en un seul endroit. Aussi la machine doit-elle être complexe. L'Assemblée de 1924, même si le protocole re devait pas survivre, aurait été néanmoins d'une admirable fécondité: elle a créé cet Institut de coopération intellectulle qui va s'ouvrir à Paris dans quelques jours; elle a jeté les bases de ce comité économique international dont la nécessité présente ne fait plus de doute pour personne.
Ce n'est pas que l'idée fût nouvelle. Mais il fallait que la Société des Nations l'adoptât. Dès février 1919, le congrès des deux Internationales, socialiste et syndicaliste, réuni à Berne, avait perçu l'absolue nécessité de fonder la paix sur des bases économiques, et réclamé non seulement «l'organisation rationnelle et scientifique du travail, la protection ouvrière internationale» telle que le Bureau du Travail l'a réclamée, mais encore «la répartition internationale des matières premières et l'internationalisation des moyens de transport et d'échanges internationaux».
Les travaux du Conseil économique institué cette même année par la C.G.T. française dressèrent les plans d'un Office de l'économie internationale. L'année suivante, à Genève, le Congrès international des mineurs réclamait un organisme de répartition mondiale des charbons. Puis ce fut le Congrès de l'Internationale syndicale à Londres, et dix fois l'idée fut reprise jusqu'au jour où, avec sa double autorité de dirigeant ouvrier et de délégué à la Société des Nations, Jouhaux la lança l'an dernier en plein Conseil, complétant ainsi, avec une opportunité et une vigueur admirables, l'œuvre de cette délégation française dont le prestige avait été si grand. Depuis, les consécrations n'ont pas manqué pour ne citer que les dernières en date et les plus importantes, le Congrès de l'Internationale socialiste, réuni à Mareille, affirmait, il y a quelques semaines, que les conditions de la paix étaient surtout économiques, et le Congrès universel de la paix qui vient de se tenir à Paris votait à l'unanimité la motion présentée par M. Edgard Milhaud, réclamant l'institution d'un organisme de répartition et de contrôle.
Il semble que la réalisation soit proche. Dans son discours inaugural de la 6° Assemblée, M. Painlevé y a fait une allusion qui souleva les applaudissements unanimes; enfin M. Loucheur vient de proposer au nom de la délégation française la convocation d'une conférence économique destinée à établir les directives d'une politique de coopération internationale.
Tout le programme de cette conférence, toute l'activité de l'organisme permanent qui en sortira tiennent dans ce mot de coopération. Substituer à l'incohérence actuelle une organisation concentrée et acceptée par les nations, donner comme moteur à la vie économique mondiale non les avidités de quelques-uns mais les besoins de tous, soumettre la production et les échanges à un contrôle qui limitera les excès et pourvoira aux manques, c'est à la fois supprimer une grande part des chances de conflits entre les nations et assurer la vie quotidienne des peuples contre les rudes répercussions des crises que l'économie actuelle ne sait pas prévoir.
Dira-t-on que c'est une chimère et que les rivalités des peuples ne se plieront pas à cette discipline, dût-elle être salutaire ? C'est oublier que de tels sacrifices d'indépendance, et même de plus rudes, ont eté consentis ces derniers temps par la plupart des industriels, qui entrèrent dans des consortiums, des trusts, des cartels, acceptèrent de contingenter leur production, de laisser fixer leurs prix de vente, d'abandonner enfin complètement le contrôle de leur affaire propre entre les mains d'un organisme directeur, parfois international. C'est exactement la même chose qu'il s'agit de demander aux nations.
Par chance, ou par admirable prévoyance, le grand travail d'inventaire indispensable à cette réalisation existe. La grande Enquête sur la production, publiée par le Bureau International du Travail, va, dans quelques jours, sortir le dernier de ses sept gros volumes, à la fois si lucides et si complexes, si abondants en documents et si fertiles en idées générales. M. Edgard Milhaud en corrigeait les dernières épreuves quand je le vis, il y a quelques jours, dans cette vaste pièce du B.I.C. qui est un laboratoire et dont les murs sont, du haut en bas, tapissés des originaux des tableaux et diagrammes auxquels ont abouti les rapports de ses collaborateurs du monde entier. Toute la matière est là, et la méthode aussi,

STEPHEN VALOT.

Edgard Milhaud 


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