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les infos de la Bignole

 

06 13 septembre 1925  20


Le Petit Journal illustré
Page une - Drame de la mer en Méditerranée : Une fois de plus, voici une partie de plaisir qui a fini tragiquement. Une barque de pêche, du port de Collioure, la Theresa-Maria, avait gagné Banyuls où avait lieu, ce jour- là, une fête. Une vingtaine de passagers se trouvaient à son bord.
Le soir, à minuit, au moment de repartir pour leur point de départ, un certain nombre des touristes renoncèrent au voyage en raison de la nuit et du vent qui s'était soudain élevé. Neuf personnes seulement reprirent la mer, dont le patron de la barque, André Rière, son matelot, Barthelemy Fy, deux jeunes femmes, un enfant de cinq ans, le jeune Robert Garrigue, et quatre autres passagers.
La Theresa-Maria hissa sa voile et s'éloigna. Une heure plus tard, la tempête devint plus forte et le bateau, renversé soudain par une forte lame, chavira.
Les deux femmes coulèrent aussitôt à pic, les autres se cramponnèrent à la quille de la barque. Mais, à mesure que le temps passait, la situation devenait de plus en plus angoissante. André Rière tenta de gagner la côte à la nage et y parvint. Un des passagers voulut l'imiter, mais, après une heure de lutte, succomba. Barthelemy Fy, le matelot, s'élança à son tour, mais ne partit pas seul. Il saisit l'enfant, à demi inanimé et, le soutenant d'une main, se mit à nager vigoureusement. Mais son dévouement fut inutile. S'étant aperçu que l'enfant ne vivait plus, il abandonna le petit cadavre et reprit seul la lutte contre la mer inexorable. Comme André Rière, il eut la chance de parvenir à la côte. Tous les autres passagers, après s'être cramponnés à la quille ou avoir tenté de nager, disparurent.


Page deux - un dessin humoristique avec le sérum du mensonge et les Politoques

 

- Dis p'pa, pourquoi qu'il y a écrit: gare, dans l'endroit là où s'qu'on prend le train?
- Mais ça veut dire, je pense, gare... aux accidents !
- Une inspectrice des écoles prétend n'avoir trouvé qu'un enfant normal sur 1000.
- C'est un progrès ! De notre temps, il n'y en avait pas tant que ça...
· Merveilleuse découverte ! une injection de sérum du mensonge et tout le monde dira la vérité !
- Ne te fais pas piquer quand tu te présenteras aux élections !
- Comment, vous chassez dans Paris!
- J'vous crois j'ai tué un renard boulevard Voltaire, un calao faubourg- Saint-Honoré et raté une girafe passage des Panoramas...

 


Egalement page deux - Les jeux et récréations hebdomadaires de La Bignole avec cette semaine les échecs et les dames, les jeux d’esprit et de curiosité avec un losange ajourné, sans oublier les solutions des numéros 416 à 419

Page trois - Le fait de la semaine, la prophétesse de la Paix, quand viendra le règne de la fraternité universelle. Miss Belle Bart, voyante et directrice de l’Académie d’Astrologie de New-York, nous dit de quoi sera fait demain. Son idée pour maintenir la paix mondiale "per omnia soecula" : un parlement universel
LE FAIT DE LA SEMAINE
La prophétesse de la Paix. Quand viendra le règne de la fraternité universelle
Μiss Belle Bart, voyante fameuse de l'autre côté de l'océan, et directrice de l'académie d'Astrologie de New-York, vient d'arriver en Europe afin de nous dire de quoi sera fait demain.
Entre autres prédictions, Miss Belle nous informe qu'à partir de 1944, la paix sera assurée dans le monde pour l'éternité... Acceptons-en l'augure!...
Donc, plus que dix-neuf ans à attendre; après quoi l'âge d'or régnera sur la terre. O ciel, laisse-nous vivre jusque-là !... Fais que nous puissions contempler au moins l'aurore de ces temps nouveaux !
Mais pendant ces dix-neuf années qui nous séparent encore du jour béni où la paix doit luire enfin sur l'univers, que se passera-t-il ?... Miss Belle ne nous le dit pas. Nous acheminerons-nous pacifiquement vers cette ère de quiétude? Toutes les querelles entre les peuples, toutes les contestations qui les divisent actuellement - et Dieu sait si elles sont nombreuses! seront-elles réglées sans effusion de sang... Ou bien cette conquête de la paix universelle ne doit-elle être assurée qu'au prix de nouvelles hécatombes ?... Cruelle incertitude!
La voyante américaine, en tout cas, fait preuve d'une aimable candeur quand elle imagine que, pour établir et maintenir cette paix mondiale per omnia sæcula, il suffira d'un parlement universel qui, des Etats-Unis où il siégera, sera chargé de régir les deux hémisphères.
Un parlement... et rien de plus !... Mademoiselle la voyante, laissez-nous rire !... Vous qui savez si bien l'avenir, que ne connaissez-vous mieux le passé !... Vous sauriez ce que valent, en pareille matière, les décisions parlementaires. Il y a quelque chose comme trois mille cinq cents ans qu'Amphictyon, fils de Deucalion, créa le premier parlement de ce genre en vue d'apaiser pacifiquement les querelles qui s'élevaient constamment entre les divers peuples de la Grèce. Chaque nation envoyait quelques délégués à l'« Amphictyonie » ainsi nommait-on ces assemblées du nom de leur fondateur et ces parlementaires s'efforçaient de prononcer équitablement et d'éviter les conflits.
Malheureusement, leurs jugements étaient dépourvus de toute sanction efficace. Les « Amphictyonies » se contentaient de vouer à la colère des dieux la nation qui ne consentait pas à s'incliner devant leurs sentences.
C'est pourquoi Démosthène comparait à des « ombres » ces « amphictyonies » dont les jugements, faute de sanctions énergiques, étaient comme s'ils n'étaient pas.
Qu'ils siègent en Grèce, en Hollande, en Suisse ou aux Etats-Unis, c'est là le sort des parlements qui prétendront assurer la paix sans qu'une force matérielle appuie la force morale de leurs décisions: ils ne seront que des « ombres».
S'imaginer le contraire, c'est, hélas ! rêver en poète ou philosopher en utopiste...
Certes, les plus grands esprits ont cru que le progrès tuerait la guerre.
Pasteur a écrit naguère : « Je crois invinciblement que la science et la paix triompheront de l'ignorance et de la guerre, que les peuples s'entendront, non pour détruire, mais pour édifier, et que l'avenir appartiendra à ceux qui auront le plus fait pour l'humanité souffrante. »
 Or, que voyons-nous aujourd'hui ?... Cette science de la microbiologie que Pasteur a créée pour la sauvegarde de l'humanité, cette science elle-même est exploitée en vue des guerres futures. Que penserait-il, le grand Pasteur, s'il voyait le gouvernement des Soviets lancer un appel aux savants pour trouver de nouveaux moyens de tuer, et, après la guerre chimique, préparer la guerre microbienne, ouvertement ?... Le premier congrès de la Paix se tint à Londres en 1843; le second eut lieu à Bruxelles; ie troisième à Paris, en 1849. Victor Hugo présidait: « Un jour viendra, disait-il dans son discours, un jour viendra où vous France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous constituerez la fraternité européenne; un jour viendra où il n'y aura plus d'autres champs de bataille que les marchés s'ouvrant au commerce et les esprits s'ouvrant aux idées; un jour viendra où l'on montrera un canon dans les musées comme on y montre aujourd'hui un instrument de torture... » Le grand poète est mort depuis trente ans et nous n'avons pas encore vu luire ce jour béni.
Tolstoï, lui aussi, disait : « Le temps est prédit où tous les hommes désapprendront la guerre, transformeront les glaives en socs de charrue et les lances en faucilles, et vers ce temps, vers cette nouvelle forme de la vie, l'humanité s'avance avec une rapidité de plus en plus grande... » Hélas! littérature que tout cela... Les événements ont montré cruellement qu'au contraire, l'humanité avait marché dans le sens totalement opposé.
Proudhon, enfin, le grand philosophe socialiste, affirmait, il y a trois quarts de siècle de cela, que « la guerre était arrivée à la fin de son œuvre ». «L'humanité ne veut plus la guerre » proclamait-il. Et depuis lors la guerre n'a pas cessé de décimer l'humanité.
C'est que, voyez-vous, pour tuer la guerre, il faut autre chose que des congrès, des discours ou des papotages parlementaires; pour avoir la paix, il ne suffit pas de la prophétiser: il faut la préparer et il faut l'imposer.

Ernest LAUT.


Même page - Chez nos voisins d’Angleterre en images avec le renouvellement des concours qui ont lieu dans les fêtes villageoises et la réception de la Princesse Mary par une "mairesse"

Voici de quoi renouveler les concours qui ont lieu dans les fêtes villageoises. Il s'agit, ici, pour ces jeunes filles, de saisir avec leurs dents une pomme placée au fond d'un seau rempli d'eau. Cela ne se fait pas, on le pense bien, sans incident drôlatique.
 
Au cours d'un voyage dans son pays, la princesse Mary a été reçue par une « mairesse » Nous n'en avons pas encore ici. Ils en ont déjà en Angleterre..
 

Louise Mariello 

 


Pages huit et neuf - La suite du roman les cinq détectives de Gabriel Bernard (11ème épisode)
 Les Cinq Détectives
par
GABRIEL BERNARD
CHAPITRE XII (suite)
Les deux novices
RÉSUMÉ DES PRÉCÉDENTS FEUILLETONS : Constance Phips, la fille du milliardaire américain, a disparu mystérieusement le jour même de son mariage, à Paris, arec le baron de Champval. Après que la police officielle eût échoué dans ses recherches, Phips fait appel à cinq délectives privés. L'un d'entre eux, Bob, croit avoir découvert la jeune fille dans un monastère d'Espagne et décide de l'enlever.
Ce digne magistrat-commerçant, leur souhaita toutes les prospérités imaginables et les salua avec tout le respect dû à des voyageurs qui n'ont pas discuté une addition excessive et savamment truquée.
Au reste, au cours de leur visite au couvent, les deux compagnons s'étaient montrés très généreux; ils avaient fait une offrande dont l'importance n'avait pas laissé de surprendre la sœur trésorière. L'auto partit.
Le village retomba dans sa morne tranquillité. Pourtant, dans les maisons, les indigènes commentaient sympathiquement le passage de ces deux étrangers qui avaient la pièce blanche facile. Durant le peu de temps qu'ils avaient passé dans cette pauvre bourgade, Bob et Tom s'étaient, par une politique métallique opportune, acquis les bonnes grâces de toute la marmaille et, par extension, des parents d'icelle...
Mais, contrairement aux propos que tenaient autour de leurs tables maigrement garnies les naturels de San-Francesco de la Sierra. les deux automobilistes n'étaient pas allés loin... Parvenus à quelques kilomètres du village, ils avaient quitté la route principale et s'étaient engagés dans un chemin secondaire, sans doute préalablement repéré par eux, chemin qui les ramenait à proximité du monastère. La nuit était presque complète lorsqu'ils stoppèrent près du couvent, mais à l'abri d'un accident de terrain qui eût dissimulé complètement leur voiture en plein jour. A plus forte raison dans l'obscurité nocturne.
Attenant au monastère, se trouvait un jardin potager assez vaste entouré d'une muraille croulante, où les brèches étaient nombreuses. Par l'une de ces brèches, Bob et Tom pénétrérent dans le jardin, se tapirent dans un coin d'ombre et attendirent. Dans le monastère tout semblait dormir. De fait, d'après la règle de l'ordre, les nonnes de San-Francesco de la Sierra se couchaient à neuf heures pour se relever à minuit et se rendre processionnellement à la chapelle, où un office les retenait pendant une heure.
Après quoi, elles regagnaient leurs cellules pour se relever à l'aube et se livrer à de nouvelles oraisons.
La demie de dix heures venait de sonner à l'horloge du cloître, lorsque Bob saisit brusquement le bras de son compagnon, comme pour réveiller son attention et, tout à la fois, l'inviter à parfaire son invisibilité. A ce moment, la lune répandait sa clarté crue sur la façade du monastère bordée par le jardin. Aussi bien, les deux hommes virent-ils distinctement une porte basse s'ouvrir à l'une des extrémités de cette façade, pour donner passage à deux silhouettes monastiques.
C'étaient deux novices, qu'on devinait jeunes et d'allure distinguée, encore que celle qui semblait guidée par l'autre avançât d'un pas saccadé, quasi automatique. Les deux novices, l'une menant l'autre, la première esquissant parfois un geste impérieux, la seconde marquant de temps à autre une hésitation, voire une intention de recul immédiatement refrénée par sa compagne, traversèrent tout le jardin, se dirigeant vers la brèche par laquelle Bob et Tom étaient entrés et dont leur observatoire se trouvait tout proche.
Enfin, les deux novices ne furent plus qu'à quelques pas des deux guetteurs. Comme obéissant à un ordre brusque, celle qui marchait à la façon d'un automate s'arrêta net et demeura immobile. L'autre continua d'avancer et parvint tout près de Bob. qui lui prit la main. Et Tom perçut le dialogue suivant, qui s'engagea à voix basse entre son chef et la novice:
- Je vois que tout s'est passé le mieux du monde.
- Oui, mais pas sans difficultés, je vous assure...
- Quelles difficultés ?... On vous a dérangée...
- Non, mais elle a résisté plus que je ne pensais... Je suis à bout de forces...
- L'essentiel est que vous l'ayez amenée ici...
- Assurément... Mais j'ai une prière à vous adresser...
- Dites, fit. Bob avec une nuance de mécontentement.
- Emmenez-moi aussi...
- Impossible... Il faut que vous restiez pour jouer la suite de votre rôle....
- A quoi bon ?... Qu'importe ce qui se passera après son départ et le mien ?...
- Je vous répète que c'est impossible... Je veux que vous demeuriez ici pour égarer les soupçons de la communauté, pour que nous ne risquions rien avant trois jours... Après, vous ferez ce qu'il vous plaira...
- Et si, malgré tout, reprit la novice avec une singulière énergie, mais sans hausser le ton, et si je persiste à vouloir vous suivre ?...
- Dans ce cas, ma chère, repartit Bob, vous ne toucherez pas un centime de ta
somme convenue...
- Vous oubliez que la suite de l'opération dépend de moi... Elle peut s'en retourner comme elle est venue... Bob réprima un jurón furieux.
- Oui, reprit l'étrange novice, il m'est aussi facile de lui commander de retourner dans sa cellule que de la diriger vers votre voiture...
Bob fit un violent effort sur lui-même pour donner à son interlocutrice l'impression qu'il se radoucissait.
- Voyons, dit-il, ne faites pas la mauvaise tête... Ce qui est convenu est convenu, que diable !... Vous avez merveilleusement travaillé et, à la dernière minute, pour rien, pour un caprice, vous feriez tout manquer... C'est absurde, tout simplement...
- Il ne s'agit pas d'un caprice, mais de la réussite même de l'entreprise... Je vous croyais moins ignorant de la spécialité qui m'a valu l'honneur de collaborer avec vous dans les circonstances présentes...
- Qu'est-ce à dire ? Vous ne savez donc pas qu'il est dangereux, sinon impossible, de réveiller certains sujets à distance... Or, le nôtre est de ceux-là... Dans ces conditions, à moins de risquer les pires accidents, il est de toute nécessité que je parte avec vous. Vous en serez quitte pour accélérer notre voyage. Et puis... Et puis, il y a peut-être encore d'autres motifs qui me déterminent, encore que le premier doive suffire à faire tomber de votre part toute objection...
Bob s'était renfrogné. Il était manifestement fort en colère, mais les arguments de son interlocutrice avaient porté.
- Soit, grommela-t-il. vous partirez avec nous... Mais je vous préviens que si vous avez quelque arrière-pensée qui ne soit pas de mon goût, cela peut vous coûter cher...
- Ne prononcez donc pas des paroles inutiles, se borna à répondre la novice.
- Eh bien, allons ! fit Bob. La novice fit un signe imperceptible dans la direction de sa compagne, qui se remit en marche, de son pas automatique, dans la direction de la brèche.
Tom, à qui Bob n'avait fait, on le sait, que des révélations partielles touchant son aventureuse entreprise, n'avait pas une intelligence très vive; pourtant, si étrange, si hermétique même, que fût la scène à laquelle il venait d'assister, il commençait à discerner la vérité. Et ce qu'il découvrait augmentait, si possible, son admiration pour Bob, qui, tel le docteur Watson vis-à-vis de Sherlock Holmes, il s'était constitué le séide et l'historiographe.. Car Tom se préparait à publier le récit véridique et vécu des aventures de Bob, et la relation de la découverte de miss Constance Phips dans un monastère espagnol devait constituer le « clou de son premier volume et assurer à ce livre une retentissante publicité.
Or, Tom était absolument médusé par ce qu'il venait d'entrevoir: Bob avait fait entrer comme novice au couvent de San-Francesco de la Sierra une praticienne de l'hypnotisme, et c'était en état sommeil artificiel que miss Constance Phips, c'est-à-dire la seconde novice, s'évadait du cloître...
- Maître, vous êtes génial, murmura-t-il à l'oreille de Bob, cependant que la petite troupe, ayant franchi le mur de clôture du jardin, s'avançait vers l'endroit où avait été cachée l'automobile.
- Il est possible que je sois génial, répondit Bob, mais, pour l'instant, ne pensez qu'à bien conduire l'auto, car la moindre panne pourrait avoir de désastreuses conséquences...
Quelques instants après, l'automobile portant Bob, Tom et les deux novices, dont l'une était toujours plongée dans le sommeil hypnotique roulait aussi vite que le permettait le mauvais état de la route, dans la direction indiquée par le chef de l'expédition. Malgré sa maîtrise de soi, Bob ne laissait pas d'être trépidant. Certes, il eût préféré ne pas avoir à subir une modification imprévue de son plan. La pseudo novice qui avait hypnotisé Constance Phips devait, en effet, par une savante comédie préparée de longue main, retarder autant que possible le moment où l'on s'apercevrait, au monastère, de la disparition de la jeune Américaine et donner à ses ravisseurs tout le temps de quitter l'Espagne sans être poursuivis. Néanmoins, c'était le succès, et Bob pensait bien atteindre sans encombres un point du littoral où il embarquerait secrètement la fille de Reginald Phips à bord d'un des yachts du milliardaire, mis à sa disposition. Aussi bien, l'allégresse de la victoire le grisait-elle un peu.
Il ne tint pas rigueur à celle dont le pouvoir hypnotique lui avait permis de mener à bien son entreprise. Pendant que cette femme s'occupait avec une sollicitude éclairée de son sujet toujours endormi, Bob se plaisait à imaginer ce qui se passerait au moment où il rendrait la fille à son père...
Quant à Tom, qui savait que désormais la responsabilité de l'expédition reposait sur ses talents de chauffeur, il se comportait en as du volant....

Gabriel BERNARD.
(A suivre.)

 

Louise Mariello

 

À la dernière page - Le geste tragique de la belle-mère
Le geste tragique d'une belle-mère
L'enquête ouverte par la justice dira ce qu'il faut penser des mobiles qui ont pu pousser Mme Marie Lefèbre, la mère d'un notaire de Fournes, à tirer un coup de revolver sur sa belle-fille. Est-ce une haine farouche, une exaspération une maladive de la jalousie, une question d'intérêt ou simplement le sursaut d'une femme souffrant d'un déséquilibre mental? Er tout cas, le geste a ému, on le comprend, l'opinion publique, surtout dans la région du Nord et le fait, en lui- même, en raison des personnages et des circonstances, a de quoi surprendre et déconcerter.
Mme Marie Lefèbre ne vivait pas en très bonne intelligence avec sa belle-fille. Cependant, ayant invité son fils à venir, avec cette dernière, la retrouver, le notaire, ayant l'habitude d'acquiescer aux ordres maternels, se rendit à l'invitation. Tous trois passèrent la journée sans incident et, comme le jeune ménage décidait de rentrer à Fournes en auto, Mme Marie Lefèbre insista pour l'accompagner. On partit, le notaire au volant de la voiture, les deux femmes assises à l'arrière.
Comme l'auto venait de dépasser Béthune, Mme Lefèbre pria son fils de prendre un chemin de traverse, nommé « le chemin de la solitude» et, peu après, lui demanda de stopper, afin, disait-elle, d'admirer le paysage.
Soudain, au moment même où la voiture s'arrêtait, une détonation retentit. Profitant de ce que sa belle-fille avait le visage tourné vers le côté de la route, Mme Lefèbre avait posé le canon d'un revolver sur la tempe de la jeune femme et avait tiré.
Je n'ai pu résister à la tentation! a-t-elle déclaré plus tard au juge d'instruction."
En tout cas, la blessée ne tarda pas à mourir à l'hôpital de Lille où son mari, affolé par ce drame imprévu, l'avait transportée.

Marie Lefebvre, à suivre dans les années prochaines avec La Bignole, comme tous les " procès médiatiques ".

Marie Lefèbvre 


Le Petit Écho de la mode
 Page six - Le carnet hebdomadaire de La Bignole et du Grillon du foyer avec cette semaine les recettes de: - 215 coquilles aux crevettes avec un œuf de beurre - 216 tomates à la toulousaine - 217 lièvre à la Royale - 218 rougets à la Niçoise - 219 artichauts à la barigoule - 220 gâteau illusion. De tout un peu, comment venir à bout des tâches tenaces.
PLATS DE DÉJEUNER
Coquilles aux crevettes (215)
Œufs milanais (40)
Tomates à la toulousaine (216)
Lièvre à la Royale (217)
Cèpes à la crème (188)
Coupes aux framboises (208)
PLATS DE DÎNER
Potage santé (145)
Rougets à la niçoise (218)
Artichauts à la barigoule (219)
Pigeonneaux en papillotes (183)
Carottes à l'indienne (198)
Gâteau illusion (220)
215. Coquilles aux crevettes.
Un œuf de beurre, une cuillerée de farine, un verre de vin blanc sec, sel, poivre, crevettes, chapelure, gruyère râpé.
Mettez au feu, dans une casserole, un morceau de beurre gros comme un œuf, délayez une cuillerée de farine, mouillez avec un grand verre de vin blanc sec et un peu d'eau ; laissez cuire jusqu'à ce que la sauce soit bien épaisse et crémeuse. Salez, poivrez et ajoutez un peu d'épices.
D'autre part, vous aurez épluché des crevettes en quantité suffisante et que vous jetez dans la sauce qui doit être très crémeuse. Remplissez-en des coquilles, saupoudrez de chapelure mélangée de gruyère râpé. Mettez par-dessus quelques petits morceaux de beurre et faites gratiner au four.
216. Tomates à la toulousaine.
Quatre belles tomates, mie de pain rassis, un oeuf, un peu de lait, deux cuillerées d'huile d'olive, sel, poivre, persil, une pointe d'ail, chapelure, beurre.
Partagez les tomates, videz-les avec une petite cuillère, sans les crever, et passez au tamis ce que vous avez retiré de l'intérieur. Mélangez ce jus à la mie de pain rassis, très fine, trempée dans un œuf battu délayé avec un peu de lait; ajoutez deux bonnes cuillerées d'huile d'olive, du sel, du poivre, un peu de persil et une légère pointe d'ail, persil et ail hachés très fin. Faites une farce de tout cela et garnissez-en vos tomates; saupoudrez-les de chapelure. Posez-les dans un plat allant au four et mettez sur chacune d'elles un petit morceau de beurre. Faites cuire lentement et servez.
217. Lièvre à la Royale.
Un lièvre, lard frais, beurre, une cuillerée de vinaigre de vin, sel, poivre blanc, une pincée de cayenne, échalotes, morceaux de truffes, un verre de vin blanc, bouillon.
Après avoir bien écorché le lièvre et lui avoir enlevé l'épiderme et le derme qui le rendraient coriace si cette opération n'était pas très bien faite, vous retrancherez les pattes, le ventre et la tête, dont vous ferez un excellent civet, et vous, ne garderez que le râble. Piquez celui-ci de lard frais, mettez-le dans la lèchefrite, couvrez-le de beurre fondu, d'une cuillerée de vinaigre de vin et d'un quart de verre d'eau. Assaisonnez fortement en ajoutant au sel et au poivre blanc une petite pincée de cayenne. Mettez au four à feu modéré pour ne pas dessécher le lièvre et arrosez-le très fréquemment.
D'autre part, préparez une sauce en pilant le foie que vous avez fait revenir avec un bon morceau de beurre additionné d'échalotes hachées. Ajoutez des morceaux de truffes ou une boîte de pelures de truffes. Mouillez avec verre de vin blanc et du bouillon. Ajoutez un peu de sang de lièvre, un filet de vinaigre, du sel et une pointe de cayenne. Mélangez bien et servez très chaud.
218. Rougets à la niçoise.
Quatre rougets, sel, poivre, muscade, huile d'olive, un gros cèpe ou de petits champignons, un oignon, du persil, un peu d'échalote, une truffe, chapelure, un verre de vin blanc, beurre.
Les rougets de la Méditerranée sont toujours les plus fins et les mieux appréciés des gourmets. Nettoyez vos poissons, sans les laver; essuyez-les avec une serviette, assaisonnez de sel, poivre, muscade et huile d'olive et faites griller sur un gril très chaud. Lorsqu'ils sont bien dorés, de chaque côté, dressez-les adroitement sur un plat et préparez la sauce suivante :
un gros cèpe, ou de petits champignons, un oignon, du persil, un peu d'échalote, une truffe. Ajoutez un peu de chapelure et hachez finement le tout. Saupoudrez les rougets avec cette préparation et arrosez le tout avec un verre de vin blanc; déposez quelques morceaux de beurre très frais de place en place et gratiner doucement au four dix minutes.
219. Artichauts à la barigoule.
Quatre artichauts, 150 grammes de lard frais, 100 grammes de jambon, deux échalotes, une gousse d'ail, six cham- pignons, sel et poivre, 50 grammes de mie de pain, un verre de vin blanc, un verre d'huile.
Remplissez aux trois quarts d'eau une grande casserole, salez. Dès l'ébullition, plongez dans cette eau vos artichauts que vous laissez cuire vingt minutes environ. Retirez-les, coupez et égalisez les feuilles du haut de trois ou quatre centimètres et, à l'aide d'une petite cuillère, sortez le foin de l'intérieur. Préparez une farce composée de 150 grammes de lard frais, 100 grammes de jambon, deux échalotes, une gousse d'ail, six champignons, sel et poivre; hachez bien le tout et faites revenir à la casserole; ajoutez 50 grammes de mie de pain mouillée et exprimée, un verre de vin blanc, autant d'eau chaude, et laissez réduire. Avec une cuillère, garnissez de cette farce l'intérieur de vos artichauts; ficelez et mettez-les dans une sauteuse avec un verre d'huile. Laissez cuire dix minutes et faites gratiner dès qu'ils ont pris couleur; dressez-les et arrosez-les du jus qu'ils ont rendu.
220. Gâteau illusion.
Quatre tasses à café de sucre en poudre, huit œufs et deux tasses de belle farine, crème au café.
Prenez quatre tasses à café de sucre en poudre, huit œufs et deux tasses de belle farine. Battez les blancs en neige, très ferme, mettez le sucre dans un vase et la farine dans un autre. Tournez toujours les jaunes dans le même sens, avec une cuillère de bois, en y mettant une cuillerée de blancs d'oeufs neigés, une de sucre et une de farine, ainsi de suite jusqu'à consommation du tout. Ne pas trop se presser de mettre toutes ces choses, car plus la pâte est travaillée, mieux cela vaut. Versez alors cette pâte dans un moule huilé, afin que le gâteau ne s'attache pas; mettez au four vingt minutes, une demi-heure environ, selon la grosseur, chaleur moyenne. Quand le gâteau est cuit, démoulez et servez entouré d'une crème au café
LE GRILLON DU FOYER.
 
DE TOUT UN PEU
- Pour fixer la couleur des tissus que vous lavez : On conseille le bain à l'eau salée; cependant, il ne convient pas à toutes les couleurs; vous l'emploierez pour le rose, le brun et le noir, à raison de 125 grammes de sel pour quatre litres d'eau froide. Laissez reposer les pièces dans cette solution pendant une demi-heure.
- Pour toutes les nuances du violet et du mauve : Mélangez à quatre litres d'eau une cuillerée à soupe de sucre de plomb. Cet ingrédient étant un poison violent, prenez des précautions et jetez ce mélange dès qu'il a servi.
- Le bleu fané reviendra et le bleu normal sera fixé par ce bain: une cuillerée à café d'acide acétique dans quatre litres d'eau froide.
- Tâches de vaseline : Enlevez-les avec de l'essence de térébenthine ou de l'éther.
- Nettoyage à sec : Etendez le vêtement, blouse, dentelle ou autre, sur un drap et frottez-le partout avec de la magnésie, comme vous le feriez avec du savon. Lorsque l'objet sera entièrement saupoudré, enveloppez-le dans le drap en l'entourant de plusieurs épaisseurs, puis battez-le très fort de tous les côtés. Laissez reposer deux heures; battez de nouveau; puis enlevez le drap et secouez vigoureusement l'objet nettoyé pour le débarrasser de la magnésie. Par ce procédé et après un repassage bien fait, il sera remis à neuf.
- Les taches de rouille sur la soie s'enlèvent parfois avec de l'alcool pur.
- Savon pour l'argenterie : Faites une pâte avec : 80 grammes de savon blanc râpé; 15 grammes de magnésie calcinée; 2 grammes de poudre rouge d'Angleterre ; mouillez avec l'eau nécessaire. Mettez en boite de fer-blanc.
Pour se servir de cette pâte, imprégnez-en un morceau de flanelle et frottez les couverts. Puis essuyez avec un linge sec et enfin avec une peau de chamois.
- Les toiles à laver : Rincez toujours soigneusement les toiles dont vous vous êtes servi pour laver un plancher, une cuisine; pliez-les en deux et étendez-les. Il ne faut pas en faire un paquet qui garderait toute son humidité. Mises au sec et étendues entre deux nettoyages, elles feront deux fois plus d'usage.
- Les verres de lampe : Les verres de lampe sont hors de prix. Ménagez-les. Avant de vous en servir, trempez-les dans une bassine contenant de l'eau de pluie froide que vous mettrez sur le feu jusqu'à ébullition. Le verre ne se fendra jamais.


Excelsior
Page une - Quelques principes tirés du plan Dawes doivent redevenir actuels à propos de nos dettes. Il n'est peut-être pas sans intérêt de les évoquer à la veille des négociations avec les Etats-Unis.

Peut-être n'est-il pas inutile, à la veille des négociations pour le règlement des dettes envers l'Amérique, d'extraire du plan Dawes quelques principes qui ont le maximum de chances de redevenir d'actualité:
- La dette dont nous nous occupons, disent les auteurs du plan Dawes, n'est pas une dette ordinaire: l'Allemagne n'a pas subi de devastation appréciable et ses obligations envers ceux à qui la guerre a infligé de si cruelles souffrances priment moraiement toutes les autres.
Il est plus facile d'estimer la charge que pourront supporter l'économie et les ressources fiscales de l'Allemagne que la partie de sa richesse qu'il est possible de transférer à l'étranger sans aucun risque, et c'est le premier point et non le second qui a constitué la première préoccupation du comité.
- La somme pouvant être en toute sûreté fixée pour les réparations se trouve aux environs du chiffre qui représente la différence entre le maximum de recettes et le minimum de dépenses que l'Allemagne doit faire pour ses propres besoins.
Pour les contribuables des pays créanciers (de l'Allemagne) l'effet du plan sera de réduire leurs charges à partir d'un certain moment de deux milliards et demi (marks or) par an et du montant additionnel qui pourra être fourni par l'indice de prospérité.
- Nous avons cherché à construire un système qui assure payement maximum que l'Allemagne est capable de faire chaque année dans sa propre monnaie. Nous ne nous livrons pas à des spéculations sur le montant qui peut être payé annuellement en monnaies étrangères ou sur la capacité de l'Allemagne d'effectuer un paiement total.
Il faut, pour que la restauration de l'Allemagne soit définitive, que les autres nations reviennent, elles aussi, à des conditions convenables d'existence financière et économique et soient également mises à même de procéder aux échanges commerciaux normaux dont dépend a prospérité générale.
- Nous ne nous sommes pas dissimulé le fait que la reconstruction de l'Allemagne n'est pas, dans les circonstances présentes, une fin en sol. Elle ne constitue qu'une partie du problème plus vaste de la reconstruction de l'Europe.
Nous ferons observer enfin que si notre projet ne tente pas, comme il n'a pas le droit de le faire, de résoudre le problème des réparations tout entier. il prévoit un règlement dont l'application s'étend sur une période suffisante pour rétablir la confiance, et il est en même temps établi de manière à faciliter un accord définitif d'ensemble en ce qui concerne tous les problèmes des réparations et les questions qui s'y rattachent, dès que les circonstances rendront cet accord possible.

Charles Dawes 

Et son tube 


Page deux - Croyez-vous au spiritisme ? Telle est la question que se posent, cette semaine, de nombreux Parisiens qui ont lu les copieux comptes rendus du congrès spirite.
Les croyants sont nombreux, les convaincus sont plus rares. Il serait si consolant si on pouvait être sûr qu'en mourant on retrouvera ceux que nous avons aimés et qui sont partis avant nous. C'est ce qu'exprimait Ninon de Lenclos, qui était non seulement une jolie femme, mais encore une femme d'esprit, et qui écrivait : « Si on pouvait croire qu'en mourant on va avec ses amis causer dans l'autre monde, il serait doux de penser à la mort. » Ce sentiment est si bien ancré dans le cœur des mères qu'un père jésuite dont le nom m'échappe a écrit, il y a plusieurs années, un petit livre, "Au ciel on se re- connaît", qu'on a longtemps distribué à celles qui ont eu l'abominable douleur de perdre un enfant. Cela répond à cette préoccupation d'une grande dame très pieuse et qui s'était fort relâchée après un deuil cruel :
Ah! mon père, disait-elle à son confesseur, qui lui faisait des reproches sur sa tiédeur, le ciel, sans mon fils mort, ne m'intéresse plus.
C'est pour satisfaire cet appétit d'inconnu que les spirites ont essayé de prouver l'existence des morts, qui sommeilleraient dans l'au-delà et pourraient communiquer avec nous par des moyens bien imparfaits et tout de même bizarres, comme des tables tournantes, par exemple. C'est d'ailleurs une des objections non négligeables de ceux qui refusent de croire à la science occulte. « Si vraiment, disent-ils, les morts peuvent entrer en relations avec nous, comment ne nous indiquent-ils pas un moyen simple et sûr? Ils nous éviteraient les exercices aussi ridicules qu'incertains du guéridon à trois pieds. "
Que je sache, on n'a jamais répondu à cet argument.
Ce qu'il y a de certain, c'est que, de tout temps, des hommes éminents ont cru au spiritisme et à la survie. On a cité Balzac, Thiers, Victor Hugo, Mme de Girardin, Napoléon III, Renan, George Sand et cent autres. Ne parlons pas des vivants. Dans une lettre de George Sand à Victor Hugo, lettre inédite, et dont l'autographe fut verdu 100 francs par Charavay, il y a une vingtaine d'années, l'auteur de la Mare au Diable écrivait:
« Bénissons ceux qui partent, comme ceux qui viennent, qui reviennent peut- être! Moi, je le crois avec vous, je le crois surtout depuis que vous l'avez dit, car le génie a toujours la foi, et il la donne. Nous aussi nous avions perdu un garçon adoré, quand Aurore est venue, et c'est lui, elle lui ressemble, elle nous le rend.
Comme tout cela serait beau si c'était vrai! Pourquoi pas, après tout? La télégraphie sans fil existait bien depuis que le monde est monde, des milliers de siècles se sont succédé sans savoir s'en servir. Notre génération l'a trouvée.
JEAN-BERNARD.


Également page deux - Une partie jouée entre Emmanuel Lasker et Henry Bird, et le problème n°250 par Franck Marshall

Figaro
Page trois - Pour ne pas devenir l'esclave des Russes...
HONG-KONG, 12 septembre. Un officier russe délégué par les Soviets au commandement des troupes chinoises du gouvernement de Canton a été tué par un élève officier. Celui-ci, arrêté en même temps que sept de ses camarades pour refus d'obéissance, avait déclaré qu'il ne voulait pas devenir l'esclave des Russes. L'officier bolchevique mit la main à son revolver, mais le jeune Chinois le devança et l'abattit à bout portant.
D'autre part, on mande de Hong-Kong aux journaux que des cadets chinois ont fait feu sur l'officier russe qui les commandait et l'ont tué. Huit cadets arrêtés ont déclaré que, n'étant pas esclaves de la Russie, ils avaient refusé d'exécuter les ordres de l'officier, qui les avait menacés de son revolver.


L'Homme Libre
Page deux - Le docteur Cazzamalli est parti de cette hypothèse, que notre cerveau, dans certaines conditions, émet des radiations électro-magnétiques, du type des ondes hertziennes.
Le Mouvement Scientifique
Radiations cérébrales
En attendant que le merveilleux appareil, promis par le congrès spirite, soit inventé et qui nous permettra d'entrer directement en relations avec l'«Astral» en attendant que les adeptes de cette nouvelle religion aient pu présenter des preuves réelles de l'authenticité des phénomènes qu'ils présentent ainsi qu'une explication un tant soit peu scientifique, il serait peut-être bon de rappeler ici la découverte du docteur Cazzamali.
Le docteur Cazzamali est parti de cette hypothèse, que notre cerveau, dans certaines conditions, émet des radiations électro-magnétiques, du type des ondes hertziennes.
Cette hypothèse n'a rien que de très vraisemblable en soi, notre cerveau étant le foyer d'un travail intense. La formation de la pensée ayant comme origine une série de réactions bio-chimiques, il est normal d'admettre que, comme toutes les réactions bio-chimiques, elle s'accompagne de radiations qu'il ne s'agit plus que de contrôler.
Déjà cette radiation a été relevée maintes fois sur des photographies prises dans l'obscurité, de sujets se livrant à un travail cérébal intensif : elles présentent, autour de leur tête, une sorte de nimbe lumineux, d'auréole, comparable à ce qu'on voit autour d'un cristal de radium.
Le docteur Cazzamali construisit une chambre isolante métallique, une cage de Faraday qui devait arrêter au passage toutes les radiations électriques et magnétiques venant de l'extérieur et en même temps empêcher la sortie de celles qui pourraient prendre naissance à l'intérieur. Dans cette chambre, il enferma un sujet aux facultés mentales particulièrement surexcitées.
Un cadre récepteur de T.S.F. était disposé également à l'intérieur, près de lui et à l'extérieur, en relations avec ce cadre, des écouteurs radiotéléphoniques. à lampes ou à galène.
Si on provoque l'hypnose du sujet enfermé dans la cage, c'est-à-dire si on concentre son activité cérébrale sur une idée fixe, où si on lui propose un travail mental difficile à résoudre, on entend, aux écouteurs, des bruits analogues aux signaux de T.S.F. des sortes de sifflements ou des notes modulées.
Le réveil du sujet, ou la cessation de son travail, fait immédiatement disparaître le phénomène, qui reprend aussitôt, dès que de nouveau on l'endort ou qu'il recommence son travail, en relation directe avec l'intensité de l'effort cérébral.
Il est donc légitime d'en conclure que les ondes qui viennent agir sur le cadre proviennent du cerveau du sujet et ne peuvent provenir que de lui, la chambre étant isolante.
Ces ondes auraient une longueur de 4 mètres à 10 mètres, et seraient de très grande fréquence, analogues à celles étdiées par Marconi.
Donc, voici démontrée l'existence de radiations émises par le cerveau. Mais cet appareil n'a pu enregistrer qu'une sorte de radiations; or, combien d'aspects peut présenter le rayonnement de l'énergie nerveuse?
Jusqu'ici, cette simple expérience permet de prévoir comme possible l'explication de bien des phénomènes, encore incompréhensibles, et sur lesquels beaucoup sont encore sceptiques ou incrédules.
Elle permet, d'ores et déjà, une conception du mécanisme de la suggestion. Des ondes partent du cerveau tendu de l'ex-périmentateur et modifient le fonctionnement du cerveau du sujet, orientant et dirigeant le cours de ses idées.
Elle permet une explication de la télépathie que jusqu'ici on se bornait à constater quand encore on n'en niait purement et simplement l'existence. On peut admettre, en effet, que deux individus, mari et femme par exemple, séparés par de nombreux kilomètres, peuvent entrer en communion sous l'influence de certaines circonstances particulières, comme par exemple la mort accidentelle de l'un d'entre eux. La tension cérébrale de l'accidenté, dont la pensée est dirigée vers son conjoint avec une intensité énorme, à ce moment précis, produirait une émission d'ondes courtes qui seraient reçues par le cerveau récepteur, naturellement apte à les percevoir, du fait de l'orientation normale de ses pensées vers l'absent et de son syntonisme.
Sans prendre pour exemple un cas aussi peu fréquent que celui que nous venons de citer, cette émission d'ondes cérébrales expliquerait les mille faits quotidiens, dont nous sommes constamment entourés, comme la naissance simultanée d'idées semblables, dans le cerveau de deux personnes en conversation ou silencieuses; impression d'être regardé par une personne à laquelle on tourne le dos, etc., etc.
Ces ondes cérébrales expliqueraient aussi la psychologie des foules, galvanisées, et obéissant comme des automates aux ordres de celui qui a su imposer son influence. L'autorité d'un chef, est-elle autre chose que sa puissance d'émission? Si ces ondes cérébrales existent réellement, ne pourraient-elles pas fournir une explication de certains phénomènes d'extériorisations, qui rencontrent encore tant de sceptiques.
Au point de vue de l'avenir, mais ceci est encore un rêve, est-ce que, par une éducation spéciale du cerveau, il ne sera pas possible un jour de commander à ses radiations, de les diriger et d'entrer ainsi directement en relations avec ses semblables...
Ne nous hâtons pas toutefois, car en pareille matière, plus qu'en toute autre, la prudence est de rigueur, mais il est permis, si ces expériences se trouvent confirmées, de prévoir pour la science psychique, aujourd'hui encore dans la première enfance, un avenir que personne n'aurait osé soupçonner.
Léon FIAULT.


L'Écho de Paris
Page trois - Une odieuse scène de sauvagerie dans la commune de Soustons (Landes). Deux epoux s'acharnent sur un pauvre d'esprit.
Une odieuse scène de sauvagerie
DEUX EPOUX S'ACHARNENT SUR UN PAUVRE D'ESPRIT
(De notre correspondant particulier) Bordeaux, 12 septembre. Une odieuse scène de sauvagerie vient de se dérouler dans la commune de Soustons (Landes). Un pauvre dément a été assommé à coups de matraque.
Le malheureux Aristide Doussy, dit Blanc, était pensionné pour troubles mentaux, contractés à la guerre. Après avoir été interné à deux reprises différentes dans un asile d'aliénés, à Mont-de-Marsan, il avait été, il y a quelques mois, renvoyé comme guéri..
Ne pouvant se livrer à aucun travail, Doussy, qui, avant la guerre, était de son métier maçon, se construisit une pauvre cabane sur le bord de l'étang et y vivait, on ne sait trop comment.
Il était en très mauvaise intelligence avec ses voisins, les époux Darmaillacq. Doussy, ayant perdu un fusil, s'imaginait que la femme Darmaillacq le lui avait dérobé et allait à tous instants le lui réclamer. Hier soir, rôdant toujours à la recherche de son arme, Doussy fut surpris par cette femme, qui lui dit cette fois: « J'en ai assez entendu. Tu ne le répèteras plus. » et passant de la menace à l'exécution, elle tira sur le dément, sans l'atteindre.
En rentrant de son travail, le mari fut mis au courant de ce qui s'était passé et, furieux, lui aussi, il s'empara d'une barre de bois et, s'élançant sur Doussy, il l'assomma d'un seul coup sur la tête. Le crâne défoncé, l'œil sortant de l'orbite, Doussy s'effondra. L'agresseur, se rendant alors compte de son acte, traîna, avec l'aide de sa femme, sa victime jusqu'à sa cabane, et déclara aux voisins terrorisés que lui et sa femme allaient aller se constituer prisonniers.
Ce matin, à 9 heures, quand le docteur, prévenu par les gendarmes, se rendit auprès du blessé, il le trouva dans un tél état qu'il le déclara perdu. Il fut cependant dirigé sur l'hôpital, où fut pratiquée l'opération du trépan.
Les meurtriers, qui avaient été mis à la disposition du Parquet de Dax, ont été malmenés par la foule, et ce n'est que grâce à l'énergique attitude de leurs gardiens qu'ils n'ont pas été lynchés.


La Presse
Page une - Éducation nouvelle : On apprend aux enfants à ne plus croire au petit Noël, à Croquemitaine, au marchand de sable. On leur dit qu'ils ne sont pas nés dans des choux, pas plus que dans les roses.
EDUCATION NOUVELLE
Blasés de quinze ans et sceptiques en herbe
Maman, est-ce que le petit Noël me donnera ce que je veux ?
Tu es bête. Il n'y a pas de petit Noël. Les jouets que tu trouveras dans la cheminée, c'est moi qui les y pose..
On apprend aux enfants d'aujourd'hui à ne plus croire en rien. J'ai pris cet exemple entre mille, parce qu'il me paraît le plus typique. Le bambin, à qui sa mère fit devant moi cette réponse n'avait pas six ans.
Cela faisait partie d'une nouvelle méthode d'éducation qui veut que les enfants, à peine sortis du berceau, soient mis au courant de tout et placés brutalement devant la réalité des choses.
On leur apprend à ne plus croire au petit Noël, à Croquemitaine, au marchand de sable, on leur dit qu'ils ne sont pas nés dans des choux, pas plus que dans les roses. A sept ans, ils savent ce que c'est qu'une sage-femme.
Leurs yeux dessillés trop tôt s'ouvrent avec étonnement sur des histoires qui leur paraissent fantastiques et qui forment, dans leur cerveau, un mélange hétéroclite. Sus à l'innocence ! Il faut tuer les jolies légendes et détruire, dans l'œuf, cette charmante candeur qui donnait aux regards des tout petits tant de
douceur.
Plus tard, oh! pas beaucoup plus tard, dès qu'ils ont dix ou douze ans, les gosses n'ignorent presque plus rien. J'ai vu un jour un bonhomme de onze ans qui, les yeux secs, m'a dit :
-Maman a beaucoup pleuré ce matin, à cause de papa.
- Pourquoi ? il est malade ?
- Non. Elle m'a dit qu'il la trompait et que c'était un dégoûtant,
Il parait que c'est ainsi que l'on fait des hommes « forts ». Peut-être est-ce moins grave pour les garçons, mais pour les filles, quel danger !
On ne fait plus de petites oies blanches, nous dira-t-on. Dès que les petites filles sont en âge de comprendre, souvent même avant, sous prétexte de les mettre en garde contre l'homme, on leur dépeint l'existence d'une façon telle qu'elles arrivent au mariage méfiantes, hypocrites, griffes tendues des ennemies. Ce n'est pas de leur faute. On leur a tellement répété que « tous les hommes sont des cochons » qu'elles ont fini par le croire.
Il paraît que ce nouveau mode d'éducation fait des femmes armées» et qu'elles seront, dans l'avenir, beaucoup moins malheureuses que les femmes de cette génération. N'ayant plus d'illu sions, elles seront moins déçues; elles attendront moins d'une existence qu'on leur a décrite pleine de malheurs, d'embûches, de drames, d'adultères et de larmes. Il n'y a plus de petites oies blanches. Il n'y a plus que des femmes fortes et des demi-vierges. Est-ce un progrès ?
Une bonne avertie en vaut deux, c'est possible,mais une femme avertie est bien près d'être une femme affranchie. Avec cette façon d'éduquer les jeunes filles librement, sans rien leur cacher, dans la haine du mâle, vous verrez ta recrudescence prochaine de cette sainte Institution qu'on appelle le divorce. A quoi bon se marier, à quoi bon chercher un mari, si d'avance on décrète qu'il est comme les autres », c'est-à-dire le dernier des derniers ?
Donc, voici le problème nettement posé: faut-il ou ne faut-il pas apprendre aux jeunes gens trop tôt ce que leur réserve l'avenir ? En répondant affirmativement à cette question, ne craint-on pas de nous gâcher le plus bel âge: l'adolescence ?
On connaît toujours assez tôt les tristesses de l'existence. Si encore le fait d'être prévenus pouvait faire surmonter les obstacles. Mais connaître une embûche ne suffit pas toujours à empêcher qu'on y tombe. Alors à quoi cela sert-il de décourager au printemps de la vie. de jeunes êtres qui ne demandent qu'à espérer ? L'illusion est une fleur de plus en plus rare qu'il est stupide de faucher quand elle peut encore égayer. Les enfants précoces sont bien souvent des enfants malheureux. Gardons-nous de nous préparer avec ce système d'éducation trop à la page une génération de vieillards aigris de vingt ans.
SERGE VEBER.


Page deux - Chantilly perdit récemment l'un de ses trois conservateurs... Les animaux sont vraiment protégés en Angleterre... Récemment, à Tien-Tsin, en Chine, un cycliste avait été écrasé par un tramway... les immenses trésors accumulés par la famille princière des Youssoupoff... Les célèbres catacombes de Paris continuent de recevoir la visite de très nombreux curieux... 
Chantilly perdit récemment l'un de ses trois conservateurs, M. Elie Berger, et l'Institut est appelé à le remplacer prochainement.
Son choix est déjà fait. Il donnera pour collègue à M. Paul Bourget, conservateur qui représente à Chantilly l'Académie française, et à M. Henri Lemonnier, qui représente l'Académie des Beaux-Arts, le maréchal Pétain, membre de l'Académie des Sciences morales et politiques, désigné par cette Compagnie aux suffrages, qui seront certainement unanimes, des quatre autres académies.
Et les mânes du général duc d'Aumale conquérant de la smala d'Abd-el-Kader, accueilleront avec joie, à Chantilly, le dompteur d'Abd-el-Krim."
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Les animaux sont vraiment protégés en Angleterre. A Londres, une jeune femme, nommée Barbara Boorman, vient d'être condamnée à 25 livres sterling, soit 2.500 francs, d'amende et un mois de prison par la Cour de Romford, pour avoir fait une opération chirurgicale sur un chat sans aucune espèce de ménagement et sans avoir administré aucun anesthésique à l'animal.
Comme le juge la réprimait pour la cruauté dont elle avait fait preuve, la jeune femme répondit : « J'ignorais avoir fait souffrir le chat en l'opérant. »
On comprend les sentiments que peuvent éprouver les Anglais quand ils sont témoins de certaines scènes dont les charretiers offrent trop souvent le spectacle dans les rues parisiennes.
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Plusieurs lecteurs du « Gaulois » lui ont écrit pour signaler qu'un de nos confrères, spécialisé dans les questions industrielles, employait le mot matériau au singulier, ce qui leur a semblé incorrect.
Incorrect, peut-être ? Mais nécessaire, certainement. Et notre confrère, en tout cas, n'imprime ainsi qu'un mot dont l'usage est courant parmi les architectes, les entrepreneurs et même les artistes peintres.
Il faut bien prendre des libertés avec le dictionnaire quand un mot fait, dans notre langue, défaut totalement.
Comment désigneriez-vous un «matériau de construction quand il est avéré qu'il n'y en a qu'un seul ? cherchez.
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Récemment, à Tien-Tsin, en Chine, un cycliste avait été écrasé par un tramway dans une des rues principales de la ville. Deux jours après, comme la famille de la victime la conduisait à sa dernière demeure, le cortège funéraire s'arrêta soudain juste à la place où s'était produit l'accident, et le cercueil fut déposé au travers des rails.
D'où, comme de juste, arrêt inmédiat de la circulation et inextricable embouteillage. Le convoi ne se remit en marche que lorsque les fonctionnaires de la compagnie eurent exprimé leurs condoléances à la veuve en pleurs et que celle-ci eut reçu une importante indemnité.
Voilà une chinoiserie que, sans la recommander expressément à nos nationaux, il est permis de ne pas trouver si ridicule.
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Il y a quelque temps, on annonçait que ies autorités soviétiques venaient de découvrir les immenses trésors accumulés par la famille princière des Youssoupoff.
La "Vossische Zeitung" donne quelques détails assez curieux sur les circonsconstance encore mystérieuses de cette trouvaille
L'entrée des cachettes, admirablement camouflée, se trouvait dans les caves du château.
Les cachettes offraient un spectacle digne des Contes des Mille et Une Nuits ». C'était un entassement d'argenterie incroyable, de porcelaines, de statues. Un seul service de table en argent pesait une demi-tonne.
D'autres chambres secrètes, dont les parois étaient revêtues d'énormes plaques d'acier contenaient des collections magnifiques de montres anciennes en or, de tabatières du XVIè siècle, enrichies de pierres précieuses. Vingt-cing colliers d'admirables perles, 37 gros brillants, des bracelets, des diadèmes, des chaînes d'or étaient jetés en vrac dans des caisses.
On estime que ces trésors représentent une valeur de cinq millions de roubles d'avant-guerre.
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A quelques pas de la maison qu'habita rue Dante M. Emile Loubet après son départ de l'Elysée, on a défoncé le sol pour quelques travaux de voirie.
Or, à deux mètres de profondeur, on y a trouvé de superbes dalles biseautées et portant des ornières distantes d'un mètre environ.
Des archéologues ont reconnu là les restes du célèbre pavage dit de Philippe- Auguste, et l'on a transporté au musée de Cluny tout voisin, ces dalles si interessantes pour l'histoire de Paris.
Par la même occasion, les archéologues appelés pour l'identification des ces pierres ont demandé, pour l'histoire de Paris aussi et pourquoi pas ? qu'une plaque commémorative du séjour du président Loubet fùt apposée sur la maison où il passa
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Les célèbres catacombes de Paris continuent de recevoir la visite de très nombreux curieux.
L'entrée de « l'empire des morts », place Denfert-Rochereau, a subi de très heureux aménagements.
Par exemple, les chandelles que confiait aux rares visiteurs d'antan n'étant plus possibles avec la foule actuelle, on a installé partout l'électricité; et le coup d'œil des immenses voûtes tapissées de tibias et de crânes est maintenant splendidement macabre !...
Tout cela a coûté gros. Mais l'accès des catacombes n'est plus gratuit. Leur vogue est pourtant telle, que non seulement les frais sont couverts, mais que la Ville de Paris en tire pour son buget. de fort intéressantes recettes.
Le Flâneur et le Glaneur.

Félix Ioussoupov 

Irina Alexandrovna 

Xenia Sfiri 

Chateau de Kériolet 


Page trois - Dépêches de l'étranger : La Chine et la S. D. N.... Un directeur de journal arrêté... Le nouvel ambassadeur du Japon à Londres... La Question du Hedjaz... La Mode en Allemagne... Les Déclarations de M. Chamberlain... Hindenburg aux manœuvres de la Reichswehr... Chez les cheminots allemands... La prochaine conférence des Etats baltes...

DÉPÊCHES DE L'ÉTRANGER
La Chine et la S. D. N.
Londres. 12 septembre. Le rédacteur diplomatique du « Daily Telegraph » écrit «Il n'est pas difficile de deviner les efforts occultes qui sont derrière la demande de la Chine à Genève, concernant la révision de tous les traités étrangers et plus spécialement ceux qui concernent les droits d'exterritorialité. Eile envisage l'article 19 du Covenant, qui traite de la reconsidération des traités qu'on estime tombés en désuétude. Malheureusement pour Pekin, le consentement unanime de l'assemblée est exigé pour une telle opération et, bien qu'il n'y ait peut-être plus unanimité absolue contre la Chine, il n'y aurait certainement pas plus de deux à trois des petites puissances et des puissances asiatiques qui voteront en sa faveur.
En outre, l'Amérique ne fait pas partie de la Ligue et l'assemblée pourrait très bien répondre à la Chine que les affaires en question sont sur le point d'être traitées par un accord commun entre elle et les puissances signataires du traité de Washington de sorte que le recours à la Ligue en ce moment serait prématuré, sinon hors de propos. »
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Un directeur de journal arrêté
Londres, 12 septembre. Le correspondant à Athènes du Times télégraphie à son journal que le rédacteur en chef du journal royaliste Scrip a été arrêté sous l'inculpation d'avoir fait paraitre un article critiquant le conseil de guerre qui condamna à mort les ministres royalistes.
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Le nouvel ambassadeur du Japon à Londres
Londres, 12 septembre.
Le correspondant du Daily Express à Tokio aprend que le baron Matsui a reçu l'offre du poste d'ambasadeur du Japon à Londres, qu'il acceptera probablement.
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La Question du Hedjaz
Londres, 12 septembre D'après le correspondant spécial du Daily Express au Caire, une conférence aura lieu prochainement à Djeddah, sur la mer Rouge, entre des représentants de l'ex-roi du Hedjaz, Hussein, d'Ibn Saoud, sultan du Nedj, et de la Grande-Bretagne, afin de rechercher le moyen de sortir de l'impasse actuelle provoquée par le conflit entre les Wahabites et la dynastie Hashinite.
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La Mode en Allemagne
Berlin, 12 septembre. Dans un memorendum où il s'élève contre la mode féminine, l'évêque de Fulda a déclaré que les femmes ne seront désormais admises à assister aux offices divins de son diocèse que si elles sont vêtues de robes montant jusqu'au cou et descendant plus bas que les genoux.
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Les Déclarations de M. Chamberlain
Londres, 12 septembre. Le rédacteur! diplomatique du Daily Telegraphe écrit: Dans l'interview qu'il a accordée à la presse internationale à Genève, M. Austen Chamberlain a été aussi prudent qu'il l'avait été dans son discours officiel à l'assemblée de la Ligue. L'attitude du secrátaire aux affaires étrangères britannique, en refusant de laisser entraîner ce pays dans un pacte quel qu'il soit relatif aux frontières orientales de l'Allemagne, est entièrement d'acord avec le sentiment ntional et l'opinion publique, qui s'en trouve soulagée. La formule qu'on a essayé de toucher dans les récentes conversations Briand-Chamberlain et d'après laquelle, dans le cas d'un conflit actuel ou imminent germano-polonais, la responsabilité de sanctionner ou d'interdire le passage les troupes françaises à travers la zone démilitarisée du Rhin serait revenue au gouvernement britannique, aurait été considérée comme déplaisante et dangereuse pour la Grande-Bretagne et l'Empire. »
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Hindenburg aux manœuvres de la Reichswehr
Berlin, 12 septembre. Le président Von Hindenburg a quitté Berlin pour se rendre dans le Mecklembourg où il assistera aux manoeuvres de la Reichswehr. Il a revêtu son costume de feld-maréchal.
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Chez les cheminots allemands
Berlin, 13 septembre. Les représentants des syndicats ouvriers de chemins de fer viennent de repousser la sentence arbitrale aux termes de laquelle les salaires auraient dû être élevés de 10 à 20 pfennigs par heure, à partir du premier septembre.
On craint que le conflit ne s'aggrave et la société ferroviaire du Reich a envisagé la constitution d'un service provisoire de transports pour le cas où le syndicat proclamerait la grève générale.
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La prochaine conférence des Etats baltes
Genève, 12 septembre. Les ministres des Affaires étrangères d'Esthonie, de Pologne, de Finlande et de Latvie ont décidé de tenir à Riga une conférence des ministres des affaires étrangères de ces quatre Etats. La conférence sera convoquée par le gouvernement latvien.
Au cours de l'entretien qui eut lieu hier, les ministres de Pologne, de Finlande, d'Estonie et de Lettonie ont constaté qu'ils étaient d'accord sur le problème général de la sécurité et du désarmement. Ils ont déclaré leur attachement au protocole pour le règlement pacifique des différends internationaux adopté le 2 octobre 1924 par la cinquième assemblée.


Le Journal
Page une - Comment on vit à Moscou ? Vous voulez le savoir? Eh bien, voici : Assez bien lorsqu'on a beaucoup d'argent; fort mal lorsqu'on en a peu; et lorsqu'on n'en a point, on crève.
UN VOYAGE AU PAYS DES SOVIETS
COMMENT ON VIT A MOSCOU
La Chanaan ouvrière, dont on fait admirer le mirage aux travailleurs de Puteaux ou de Saint-Denis, n'est plus en réalité qu'un régime capitaliste, fondé comme les autres sur l'inégalité parmi les hommes, sur la résignation des faibles, l'appui des forts et la complaisance des pouvoirs. Voilà la vérité.
Comment on vit à Moscou ? Vous voulez le savoir? Eh bien, voici : Assez bien lorsqu'on a beaucoup d'argent; fort mal lorsqu'on en a peu; et lorsqu'on n'en a point, on crève. Tous les vieux sont crevés, et tous les bourgeois crèveront, car on leur refuse et le droit de travailler et la permission de quitter la Russie.
Quant aux autres, ceux qui ont pu se dire « prolétaires », ils en ont pour leurs roubles, peu ou beaucoup. Cela dépend de leur condition.
« Quoi, s'écrieront les Français, que que nous nous parlez-vous de condition? Qu'est-ce à dire ? La Russie n'a donc pas réalisé la révolution sociale ? Il y aurait, à vous en croire, des camarades riches et des camarades pauvres? Que racontent donc nos communistes ?
Et les gens curieux, s'adressant au reporter, lui demanderont de les renseigner sur le marxisme appliqué, sur l'égalité économique, sur la répartition des objets de consommation, sur les cités harmonieuses, sur l'abolition définitive et complète de l'instinct de propriété enfin sur tout ce qui, en banlieue parisienne, fournit des thèmes à l'éloquence bolchevique.
J'en suis fâché pour nos futurs commissaires du peuple, mais ce qu'ils racontent de l'U.R-S.S. dans les feuilles et les réunions publiques ne ressemble en rien à ce que tout voyageur impartial y peut observer. En fait, l'expérience communiste est manquée, l'idée d'égalité (selon Babeuf, Sylvain Maréchal, Fourier, Bebel et Lénine), cette idée qui anima la Révolution d'octobre n'est plus qu'un souvenir. Il est facile et plaisant de railler l'esprit petit-bourgeois » des Français. Mais un séjour de quelques semaines au pays soviétique montre clair comme le jour que tous les petits bourgeois ne sont pas en France; de même que l'Etat populaire, la Chanaan ouvrière dont on fait admirer le mirage aux travailleurs de Puteaux ou de Saint-Denis n'est plus, en réalité, qu'un régime capitaliste, fondé comme les autres sur l'inégalité parmi les hommes, sur la résignation des faibles, l'appui des forts et la complaisance des pouvoirs. Voilà la vérité.
On se fait en France, et en général dans tout l'Occident, les idées les plus fausses sur les aspects de la vie en Russie. Nous n'avons guère, là-dessus, que les renseignements d'une propagande trop intéressée pour être véridique.
Une fois de plus, il en faut revenir à la comparaison avec le fascisme. Rien, extérieurement, ne ressemble plus à la vie moscovite que la vie romaine: cortèges, emblèmes, crainte, silence. C'est-à-dire que la réaction et la révolution n'ont, après elles, laissé aux hommes déconcertés qu'un être sombre et masqué, le Dictateur inconnu, qui ne saurait subsister sans l'adhésion de certains groupes nécessairement avantagés au détriment des autres. A parler brutalement, il s'agit de deux fascismes. Mais celui de Moscou est un fascisme israélite. C'est pour quoi, sans doute, il eut pour premier soin de planter son drapeau sur les banques.
En fait, l'expérience communiste a pris fin en 1921, au commencement de novembre, lorsque Lénine alla, devant la Conférence du parti, prononcer un discours que l'on peut considérer comme historique. Lénine disait :
« Il faut revenir en arrière, battre en retraite; le commerce par voie d'échanges n'a pas réussi... Nous en sommes arrivés à un recul non seulement vers le capitalisme d'Etat, mais vers la réglementation du commerce, vers la reconnaissance de l'argent... » Lénine ajoutait : « Reculons pour reprendre l'offensive. » Mais n'est-ce point l'exorde de tous les ordres de retraite ? La vérité est que, depuis ce discours célèbre. le régime soviétique ne se dirige pas vers le capitalisme d'Etat. Il est dedans. En plein. Et l'U.R.S.S. ne s'est pas bornée à reconnaître l'argent. Il en frappe à sa devise sur les flans du Mint (1) à Londres.
L'unité monétaire des soviets est le tchervonetz, qui vaut dix roubles-or, soit environ cent dix francs. Les citoyens qui, théoriquement, sont tous au service de l'Etat reçoivent, en tchervonetz, un salaire qui varie suivant leur rang, leurs capacités ou leur loyalisme. De cet argent, ils font ce que bon leur semble. Boutiques, estaminets, restaurants, théâtres, voitures, logements, tout cela, qui est l'Etat, absorbe pour la plus grande partie les salaires. L'impôt fait le reste. En principe, l'économie individuelle est abolie. L'Etat avale et dégorge la monnaie, sans relâche, et comme. en doctrine soviétique. l'Etat c'est tout le monde, l'Etat produit, répartit et consomme. Un commerçant, un amiral, un laveur de vaisselle sont les instrumentistes de l'orchestre social. Et l'Etat est banquier, tailleur, libraire, cocher, parfumeur, hôtelier. L'Etat est modiste. Telle est en gros la doctrine qui, succédant « momentanément » disent les chefs de la Troisième internationale pur communisme, est appliquée au peuple russe. Avec une rigueur scientifique ? Les dirigeants soviétiques le prétendent. Nous aurons lieu de voir ce qu'il en est. Toujours est-il que, de ce régime, nous voyons disparaître la fameuse monnaie de travail », qui cède la place à la monnaie métallique. De même, la propriété foncière a disparu, mais la thésaurisation n'est pas impossible, et, déjà, le capital-travail ne domine plus le capital tout court. La loi interdit de s'enrichir au delà d'un certain chiffre et l'héritage est aboli. Mais rien n'interdit la donation entre vifs. Défense de s'enrichir. Mais le gouvernement de Moscou lance un emprunt à lots avec un gros lot de cinq millions de francs-papiers...
Ne sourions pas. Toutes les institutions humaines ont leurs faiblesses. Le vieux Menger disait déjà, au siècle dernier, en répondant à Karl Marx: « Il n'y aura de révolutionnaires intraitables que les anarchistes. Admettons donc qu'au point où ils en sont, les soviets réussissent à imposer leurs principes. Admettons que, sans dérogation aucune, les citoyens soient salariés par le régime, logés par lui et ne consomment que chez lui. Admettons que, par la vertu de ce système, il n'y ait en Russie qu'une catégorie de citoyens, également riches, également pauvres, ou, si l'on veut, également désintéressés, tous fonctionnaires.
Eh bien, qu'est-ce donc, en bonne sociologie, que ce régime-là, si ce n'est le capitalisme d'Etat? Cela, je pense, ne saurait souffrir aucune contradiction. Il faut donc que la Troisième internationale en prenne son parti. Le paradis communiste que l'on avait promis aux émeutiers d'octobre, le « droit aux biens » que l'on proclame dans nos meetings, tout cela se traduit par le régime de socialisation des services publics et des organismes commerciaux, tel que le professait en France M. Victor Augagneur vers 1905. Or, cette conception fut condamnée devant les congrès socialistes. Et ses partisans, chassés du parti, furent mis au ban du prolétariat en qualité de réactionnaires et de petits-bourgeois.
(A suivre.)
HENRI BERAUD.

Le Petit Parisien
Page trois - Le 4 octobre prochain, le « marché aux puces » déménage... Il s'installera à la Plaine-Saint-Denis.
Le "marché aux puces" va déménager
IL S'INSTALLERA A LA PLAINE-SAINT-DENIS
Le 4 octobre prochain, le « marché aux puces » déménage...
Tous les Parisiens, tous les étrangers soucieux de se renseigner sur les coins pittoresques de la capitale, connaissaient au moins de nom ce marché en plein vent, où se retrouvaient, en un curieux désordre, les objets les plus hétéroclites et les plus inattendus. C'était le rendez- vous, parfois émouvant, de toutes les choses vieillies, déclassées, qui, ne voulant pas mourir encore, venaient chercher là de nouveaux propriétaires, moins exigeants que les précédents. Vêtements élimés, meubles vermoulus ou boiteux, objets démodés ou inutiles, vestiges d'époques défuntes ou de familles disparues; vieux habits, vieux galons, souvenirs...
Créé voici quelque cinquante ans, sur le boulevard Ney, par les chiffonniers qui revendaient les objets ramassés au cours de leurs matinales promenades, le premier « marché aux puces » s'appelait alors « la barrière ». Le public le fréquentant peu à peu, il prit de l'extension. Des brocanteurs s'ajoutèrent aux chiffonniers. Le « marché aux puces était né.
Chassé du boulevard Ney au lendemain de la guerre, pour permettre sur son emplacement la construction de cités ouvrières, il vint occuper l'espace compris derrière les casernes Clignancourt. Il en est maintenant exproprié par l'autorité militaire, qui veut grouper ses services sur ce point.
Le marché sera donc transféré, à partir du 4 octobre, à la Plaine-Saint-Denis, sur l'avenue du Président- Wilson, à cent mètres de la porte de la Chapelle. Il s'y étendra aux jours habituels : les samedis, dimanches et lundis sur une longueur de quatre kilomètres, où deux rangées de marchands par trottoir s'aligneront à l'ombre des platanes. Le prix de location des places sera d'ailleurs porté de 0 fr. 40 à 0 fr. 50.
Le syndicat des ouvriers et ouvrières chiffonniers de la Seine, qui compte cinq mille marchands, a décidé, pour cette inauguration, d'organiser une grande fête, sous le patronage de la municipalité. Une cavalcade défilera dans l'avenue du président Wilson, un ballon sera lâché et un avion, survolant la région parisienne, répandra du haut des airs des prospectus annonçant aux populations le déplacement du marché.


Paris-Soir
Page une - la question de Mossoul, 40.000 Turcs seraient réunis à la frontière du Kurdistan.
Le Comité de la S. D. N. va statuer sur la demande de plébiscite
Le bruit a couru hier, à Genève, parmi les délégués de la S.D.N. que la Turquie avait concentré plus de quarante mille hommes à la frontière du Kurdistan. On ajoutait que ces troupes appartenaient à l'armée régulière et comprenaient de l'aviation et de l'artillerie.
On disait encore qu'une partie de ces effectifs avait franchi la ligne frontière, tracée par le Conseil de la Société des Nations entre la Turquie et l'Irak.
Serait-on à la veille d'un épisode nouveau et qui aggraverait encore le débat, déjà si inquiétant, de Mossoul ? Sans doute on ne doit pas attacher une trop grande importance à ces rumeurs dont certains journaux anglais de ce matin font état mais il n'en reste pas moins que la situation mérite d'être surveillée avec soin.
Personne n'ignore que la Turquie, si elle n'a pas franchi la ligne tracée, entretient de nombreuses troupes dans les régions qui avoisinent le Kurdistan. De son côté, la Grande- Bretagne a concentré dans l'Irak de fortes escadrilles qui lui coûtent très cher, et la juxtaposition de ces forces armées risque d'entraîner automatiquement des complications.
Le ministre des Affaires étrangères de Turquie, Tevfik Ruchdi, interrogé à Genève, a déclaré qu'il n'avait reçu aucune information qui lui permit de confirmer ou d'infirmer les bruits, mais il a insisté sur les droits qu'il attribue à son pays dans le Kurdistan et sur la nécessité d'un plébiscite..
On ignore à quel moment le comité spécial désigné par le Conseil de la S.D.N. prendra position au sujet de cette consultation populaire. Il a entendu hier les trois enquêteurs qui avaient été sur place étudier les conditions ethnographiques et politiques de la zone contestée. Il a entendu également M. Amery, ministre britannique des Colonies, qui lui a fourni un certain nombre d'explications. Il convient de rappeler que M. Amery est, de tous les membres du gouvernement anglais, celui qui réclame le plus vivement le rattachement du Kurdistan à l'Irak, mais il rencontre, dans le Cabinet même, de très vives résistances.

Une petite anecdote : L'ancien ministre des Affaires étrangères Tevfik Rüştü Aras a-t-il déclaré : « Le porc est un très bon aliment » ?

L'article paru dans Times du 15 août 1927

Le débat sur le porc halâl en Turquie au début de la période républicaine (1923-1950)

Tevfik Rüştü Aras 

Tevfik Rüştü Aras 

Léopold Amery 


Même page - Il est bien entendu qu'on ne doit pas se flatter d'avoir réussi un film en épisodes, pas plus qu'on ne doit se montrer fier d'avoir écrit un roman-cinéma, un "feuilleton"

D'un roman cinéma
...Et d'un film en épisodes, suis-je bien forcé d'ajouter tout aussitôt, puisque, selon la loi même du genre, l'un est responsable de l'autre, quel que soit celui des deux qui ait provoqué la perpétration du double mauvais coup.
Car il est bien entendu qu'on ne doit pas se flatter d'avoir réussi un film en épisodes, pas plus qu'on ne doit se montrer fier d'avoir écrit un roman-cinéma, un "feuilleton" : commettre l'un ou l'autre, n'est-ce point se ranger délibérément, aux yeux de nombre de professionnels, dans la catégorie des « faiseurs en série, des ratés qui exploitent le peu de leur piètre imagination, leur sens vulgaire des effets dramatiques ou comiques, pour le prétendu agrément de qui donc ?.. De la foule, de la populace des faubourgs ! » Et aux yeux d'une bonne part du public, n'est-ce pas vouloir acquérir la réputation, à priori, de gens qui vont conter, par les images ou le texte, d'abracadabrantes aventures, des histoires stupides, animer de ces machiavéliques attentats dont s'abrutira la foule et se pervertira la jeunesse ?
Car c'est un fait, qu'il faut bien reconnaître, que le film en épisodes, quelles qu'aient été les remarquables améliorations qui furent apportées à ses thèmes et à ses réalisations, ces derniers temps; continue à supporter la responsabilité de tout ce dont on a pu prendre prétexte pour dénigrer le cinéma, considéré systématiquement comme le déplorable exécutant attitré des basses œuvres : la pauvreté de ses scénarios, l'invraisemblance de ses histoires, l'illogisme foncier de ses développements, ont fait effectivement, un temps, la part trop belle à des détracteurs qui trouvaient matière à bien d'autres justes arguments, dans ces scènes de violence, ces luttes sauvages, ces exploits tragiques, où le « sérial » se complaisait, pour en tirer les meilleurs de ses lamentables effets.
La généralisation s'est faite, hâtive : le Cinéma ! Mais voyez donc Ja réputation que ces outrances, ces coupables erreurs lui ont créée : un journaliste, dont les « papiers » font autorité, n'a-t-il pas écrit ces jours derniers, à propos de la reconstitution, par leurs tristes auteurs, devant les juges, d'un attentat récent : « Quelle belle scène de cinéma !
Du fait de cette réputation erronée, nombre de gens ont désappris le chemin des salles de cinéma. Et pourtant...
Pourquoi ce genre tant décrié de l'épisodique », comme tous les autres, ne saurait-il être capable d'une perfection ? Qu'on ne dise pas qu'il a contre lui, du point de vue de cette possible « haute valeur » les fins mêmes auxquelles il se doit, par nature, d'atteindre : la satisfaction du plus grand nombre, de la foule. La foule, on l'a bien vu au succès remporté par quelques grands films de ces derniers temps, ne cherche pas du tout uniquement cette vulgarité, cette brutalité, que tant de ceux qui ont charge de la distraire, persistent à vouloir lui infliger, sous prétexte que « le public aime ça ! ». S'il est des concessions qu'il faut lui faire, ce n'est pas en adoptant un mauvais goût délibéré, un mode d'émouvoir violemment, inspiré des pires faits divers. Il faut chercher sa réussite dans la simplicité, la clarté, la loyauté, l'honnêteté, l'observation « sensible » des menus faits de la vie quotidienne. Le grand public ne saurait vraiment s'intéresser et s'émouvoir qu'au spectacle de ce « qui aurait très bien pu arriver dans la réalité », de ce qui «finit bien », parce que le spectacle est pour lui une distraction, et qu'il veut y trouver un regain d'optimisme dans un regain de confiance en l'immanente récompense de tous les dévouements, Pourquoi, dès lors, un scénario conçu dans cet esprit, ne devrait-il obligatoirement déterminer que la rédaction d'un roman à tous égards quelconque, que la réalisation cinématographique d'un film de second ordre ?
Puissent mes lecteurs être de cet avis, alors qu'ils verront, sur les écrans des principaux cinémas de Paris, les cinq épisodes du film de MM. M. de Marsan et M. Gleize, « La Justicière », dont j'ai assumé l'agréable responsabilité d'écrire l'adaptation romanesque, pour les lecteurs de Paris-Soir.
On y suivra, dans des décors et des sites très variés une intrigue attachante, toute moderne, à souhait mouvementée, dont on s'est efforcé de tempérer, par de nombreuses scènes plaisantes, comiques, les effets dramatiques, qui, toujours, évitent l'outrance, l'invraisemblance, le tragique facile des sanglants exploits.
Je ne puis que souhaiter parvenir à intéresser mes lecteurs à la généreuse et... amoureuse aventure de « La Justicière », à l'égal des réalisateurs du film qui, comme moi, n'ont eu d'autre but que d'honnêtement émouvoir et amuser, intriguer et distraire.
Jean CASSAGNE


06 septembre 1925 20 septembre 1925