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les infos de la Bignole

 

30  06 septembre 1925  13


Le Petit Journal illustré
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Page une - Ce serait une erreur de croire qu'au milieu des difficultés que nous rencontrons, depuis quelques mois, au Maroc, nous n'ayons trouvé aucun appui auprès des indigènes. Certaines tribus, il est vrai, nous ont abandonné sous les instigations fallacieuses d'Abd el Krim et quelques-unes déjà, se repentant, ont demandé « l'aman »mais la plupart nous sont restées fidèles.

Le goumier marocain
Bien plus, parmi ces dernières, le maréchal Lyautey a recruté des auxiliaires aussi braves que dévoués. Tout récemment même, des caïds sont venus s'offrir spontanément, eux et leurs goums.
Ces goums, composés de cavaliers remarquables, ont accompli là-bas de bonne besogne. Conjointement avec nos escadrons, ils protègent les flancs de nos colonnes, défendent nos convois, poursuivent l'ennemi avec vigueur et, à travers ces régions montagneuses où tout repli de terrain peut cacher une embûche, assurent la liaison entre les divers groupes mobiles.
C'est dans ce dernier rôle, moins glorieux peut-être, mais non moins utile que d'autres, qu'un goumier, récemment, a fait preuve d'une audace et d'un dévouement héroïque.
Chargé de porter un pli urgent au commandant d'un bataillon isolé, ce cavalier s'élança au grand galop de sa monture, galopa pendant cinq heures sans arrêt, fut attaqué, en traversant un défilé, par un groupe de salopards embusqués derrière des rochers et des buissons, reçut une volée de balles qui traversèrent son burnous, fonça de plus en plus vite à travers les Rifains et arriva enfin auprès du chef qu'il devait joindre.
- Voici fit-il simplement. J'ai fait mon devoir.
Et il tomba de cheval. On le releva et l'on s'aperçut qu'une balle lui avait traversé la, poitrine. Perdant son sang en abondance, mais maîtrisant sa douleur, il avait trouvé la force d'accomplir sa mission jusqu'au bout. Le goumier héroïque expira quelques instants après.


Page deux - Les Jeux et récréations hebdomadaires de La Bignole avec cette semaine les échecs et les dames, comme les jeux d’esprit et de curiosité avec metagramme, anagramme-jeu, charade, acrostiche, anagramme et logogriphe géographique, sans oublier les solutions des numéros 409 à 414

Jeux et récréations


Page trois - il y a tout juste un an de cela, le ministre des Travaux publics adressait aux compagnies de chemins de fer des instructions très précises et très pressantes en vue de hâter la mise en application générale du principe de la répétition des signaux sur les locomotives. Il insistait également pour qu'un type unique d'appareil fût adopté sur tous les réseaux.


 

Les catastrophes du rail : causes et remèdes

Quelques dispositifs de ce genre sont déjà en service sur nos réseaux. L'Etat, l'an dernier, en a expérimenté un, basé sur la télégraphie sans fil, et dont on disait merveille. Pourquoi ces expériences n'ont-elles pas eu de lendemain ?
Mais si l'appareil idéal n'est pas trouvé, il est toujours possible d'y suppléer par la création d'un poste nouveau celui du pilote chargé uniquement d'observer les signaux et de les transmettre au mécanicien. Au début des chemins de fer, quand on ne faisait que du quarante à l'heure, cette fonction existait : un homme, muni d'une longue vue, était placé à l'avant de la locomotive pour voir si les aiguilles étaient normales, si un rail ne manquait pas, ou si quelque obstacle ne se trouvait pas sur la voie.
Aujourd'hui qu'on fait du cent à l'heure, la vigie est supprimée. Et, pourtant, les soins multiples que la conduite de la machine impose au mécanicien lui rendent la surveillance des signaux bien moins facile qu'autrefois. Quant au chauffeur, il n'a pas trop de toute son activité pour alimenter sa chaudière et maintenir la pression. Sait-on que, pour assurer la marche d'un rapide, il doit enfourner trois mille kilos de charbon par cent kilomètres ? Comment pourrait-il abandonner sa pelle pour s'occuper des signaux
Voilà pourquoi la création d'un poste de vigie poste qui existe en certains pays étrangers, notamment en Autriche a été préconisée... Un homme de plus sur la locomotive des trains rapides... Et qui sait combien de catastrophes seraient évitées ?
Autre cause d'accidents graves : l'éclairage au gaz des wagons. Après la collision de Melun en novembre 1913, collision entre un rapide et un train postal, dans laquelle un réservoir à gaz ayant fait explosion, quarante-deux malheureux furent littéralement carbonisés, on avait décidé la suppression de ce mode d'éclairage, si dangereux en cas de choc ou de déraillement. Mais la guerre est venue, et bien des progrès ont été entravés. C'est encore le gaz qui, en octobre 1921, transforma en catastrophe la collision entre deux trains, qui se produisit sous le tunnel des Batignolles, et qui n'eût été qu'un accident peu grave sans l'explosion.
Et récemment, dans l'accident d'Amiens, un wagon éclairé au gaz n'a-t-il pas, en causant l'incendie, rendu plus tragiques encore les effets du déraillement ?
N'est-il pas imprudent de conserver le gaz en attendant que tous les wagons soient éclairés à l'électricité ? Si fumeux qu'il soit, le lumignon à l'huile ne vaudrait-il pas mieux ?... Et les passages à niveau ?... Nos voisins les Anglais poursuivent méthodiquement leur suppression. Que ne faisons-nous comme eux ! Et les « cisailles » ? Vous savez qu'on appelle ainsi le raccordement de deux voies qui se coupent. Il est question aussi de leur suppression radicale. Quand ce sera-t-il un fait accompli ?
Enfin ne doit-on pas, dans leur intérêt comme dans celui des voyageurs, procéder à une surveillance médicale un peu plus fréquente, un peu plus sérieuse, de ceux auxquels votre vie est confiée quand nous montons en chemin de fer? C'est une besogne terrible que celle du mécanicien de rapide, et capable d'ébranler les nerfs les plus solides. Les aptitudes visuelles, les qualités d'équilibre et de sang-froid qu'on exige des aviateurs, n'est-il pas naturel qu'on les exige également des mécaniciens de chemins de fer ?
Toutes ces réformes accomplies réduiront encore les chances d'accidents; mais n'allez pas croire que celles-ci soient en France plus nombreuses et plus graves qu'ailleurs. Notre pays, au contraire, est, après la Belgique et l'Allemagne, celui où les chemins de fer font le moins de victimes.
D'autre part, ce mode de locomotion est encore le plus sûr de tous. Savez-vous que les diligences tuaient proportionnellement beaucoup plus de monde que n'en tuent aujourd'hui les chemins de fer ?... Quant aux autos, rien que dans les rues de Paris, elles mettent à mal, au cours d'une année, infiniment plus de personnes que tous les chemins de fer français réunis.
Mais tout ceci ne veut pas dire qu'il faille remettre au lendemain toutes les améliorations, tous les progrès qui s'imposent en vue de rendre les accidents de plus en plus rares et de moins en moins dangereux. On ne doit rien négliger quand il s'agit d'assurer aux voyageurs le maximum de sécurité.

Ernest LAUT.



Les Cinq Détectives par Gabriel Bernard - Résumé des précédents feuilletons : Constance Phips, la fille du milliardaire américain, a disparu mystérieusement le jour même de son mariage, à Paris, avec le baron de Champval. Après que la police officielle eût échoué dans ses recherches, Phips fait appel à cinq détectives privés. L'un d'entre eux, Bob, croit avoir découvert la jeune fille dans un monastère d'Espagne.




































CHAPITRE XI (suite)
San Francesco de la Sierra
- Dans ce couvent, situé derrière le mamelon rocheux que je vous ai montré du haut du col où nous avons fait halte, dans ce couvent il y a des nonnes et des novices... Or, parmi les novices, il en est une qui se nomme la baronne de Champval, née Constance Phips... Tom ouvrit des yeux énormes et fut quelques secondes sans pouvoir parler. Enfin, il dit :
- C'est inouï...
- Je vous accorde que je ne suis pas mécontent de moi...
- Mais comment avez-vous pu arriver à la solution de ce problème ?
- J'ai appliqué les principes de mon maître...
- Mais encore ?...
- J'ai d'abord la critique de toutes les causes plausibles de la disparition de la jeune personne, et je suis arrivé très vite à cette certitude qu'elle n'avait pas disparu contre son propre gré... Pourquoi la fille d'un milliardaire américain, devenue baronne française, s'avise-t-elle de fausser compagnie à son mari et à son père le jour même de son mariage? Les motifs admissibles sont, à la vérité, assez nombreux; et j'aurais pu errer longtemps si, grâce à cette faculté d'associer les idées qui m'a fait distinguer par mon maître Sherlock Holmes et qu'il m'a appris à cultiver comme il convenait, je n'avais presque tout de suite rapproché les deux indices suivants : 1° La fille de M. Reginald Phips avait, en dépit de l'existence très mondaine qu'elle menait, une tendance caractérisée à la mysticité ; 2° Sa camériste préférée, la mulâtresse Olympia, n'a jamais retrouvé un livre espagnol très rare intitulé: Histoire de Sainte Eléonore de Taravada, fondatrice du monastère de San-Francesco de la Sierra... Or, cet ouvrage était le livre de chevet de Constance Phips. Si Olympia n'a pas retrouvé ce livre, c'est que Constance Phips l'avait par devers elle au moment de sa disparition.
- C'est prodigieux ! s'exclama Tom, admiratif.
- Je ne ferai pas le modeste, mon cher Tom... Je conviens que ce n'est pas mal... Mais ce qui est mieux encore, c'est ce que je suis parvenu à connaître en partant de ces premiers indices. J'ai d'abord cherché à me procurer un autre exemplaire du précieux volume. Je l'ai trouvé à Paris même. à la bibliothèque nationale et je l'ai fait copier et traduire, car, même avec des protections, on ne m'eût pas autorisé à l'emporter. Voici cette copie... Bob tira d'une poche secrète de sa vareuse un cahier dactylographié et mit sous les yeux de son compagnon un passage marqué au crayon bleu. Tom lut, et son admiration devint de l'enthousiasme trépidant lorsqu'il parvint aux paragraphes suivants :
La jeune comtesse, Eléonore de Taravada épousa le seigneur étranger, le douzième jour du mois de février de l'an de grâce 1623 dans la cathédrale de Cadin, et ses noces furent aussi fastueuses que celles d'une infante d'Espagne. Or, quand, le soir, le duc de Haulteberge, son époux, se fit annoncer avec le cérémonial d'usage, la première demoiselle d'honneur lui ouvrit bien la porte de la chambre nuptiale, mais il n'y trouva point celle qui portait son nom. Et nul ne savait ce qu'était devenue a l'épousée. On la chercha dans la ville, en Castille, en Aragon et jusqu'en Portugal. En vain. Plusieurs années après, le père d'Eléonore, que rien n'avait pu consoler et qui avait fait des pélerinages lointains, afin d'obtenir de Dieu qu'il lui fit retrouver sa fille, se rendait dans un sanctuaire dont la renommée grandissait depuis peu parmi les fidèles, un sanctuaire dépendant d'un monastère situé dans un lieu montagneux et désert. Il y parvint après un pénible voyage accompli seul et à pied comme par le plus pauvre des pèlerins. Il ressemblait à un mendiant bien plus qu'à un grand d'Espagne, lorsqu'il heurta à la porte du couvent. Au reste, le marquis de Taravada, quand il faisait un pélerinage, avait coutume de ne point révéler son nom ni ses titres ; il disait se nommer simplement Pedro. Aussi bien, quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il entendit la sœur converse qui lui ouvrit la porte du monastère l'accueillir par ces mots : Le ciel soit loué !... Vous voici donc enfin, seigneur Pedro de Taravada... Elle avait bien dit que vous arriveriez ce soir... Venez vite... Je vais vous conduiré auprès d'elle... Tout interloqué, bégayant des questions confuses, don Pedro de Taravada suivit la nonne qui courait plutôt qu'elle ne marchait le long des couloirs du monastère. Ils parvinrent bientôt dans un oratoire où une religieuse était en prières, prosternée sur les pierres qui pavaient le sol. Autour d'elle, une dizaine de sœurs, debout, psalmodiaient des chants rituels. A peine don Pedro de Taravada eut-il franchi le seuil de l'oratoire, que la religieuse prosternée se releva brusquement et fit face au pélerin. Et, bien que son beau visage fût émacié et pâli par les macérations et par les jeûnes, don Pedro de Taravada reconnut sa fille. Dieu m'a exaucée ! s'écria-t-elle avec un accent de joie indicible. Je savais que vous approchiez... Chacun des pas que vous faisiez, mon père, retentissait dans mon âme... Pardonnez-moi le chagrin que vous causa ma longue absence... Mais je devais remplir ma mission... Maintenant je puis mourir... Don Pedro de Taravada s'était élancé vers sa fille et la pressait tendrement dans ses bras... Or, l'étreinte du père s'étant relâchée parce que don Pedro voulait se reculer un peu pour contempler le visage de sa fille, celle-ci s'écroula sans vie sur le sol. Elle avait rendu son âme à Dieu...
Lorsque Tom en fut à ce point du texte, Bob interrompit sa lecture et, ayant tourné quelques pages du cahier dactylographié, il lui désigna les lignes suivantes :
Le testament mystique d'Eléonore de Taravada, fondatrice du couvent San-Francesco de la Sierra, se termine ainsi : « Quand trois siècles seront révolus, une jeune fille venant d'au delà de la mer Océane, frappera à l'huis du couvent de San-Francesco de la Sierra, une jeune fille qui, comme moi-même, aura fui, avant de lui avoir appartenu, l'époux accepté par elle devant les saints autels. Cette jeune fille, accueillez-la comme vous m'accueilleriez moi-même si je ressuscitais. San-Francesco de la Sierra m'est apparu et m'a révélé qu'une parcelle de mon âme, sinon mon âme tout entière, habitera le corps de cette enfant...» Tom semblait médusé.
- C'est effarant..., murmura-t-il.
- Non, ce n'est pas effarant, dit Bob: c'est clair comme le jour.
- C'est ce que je voulais dire... A condition, toutefois, que miss Constance Phips se trouve actuellement dans le couvent de San-Francesco de la Sierra...
CHAPITRE XII Les deux novices
Bob, qui souriait rarement, esquissa un sourire.
- Vous pensez bien, mon cher, que j'ai fait ce qu'il fallait... Constance Phips est bien parmi les novices de San-Francesco de la Sierra; et, quoiqu'elle ne doive pas prononcer ses vœux avant un assez long temps, elle est, comme vous pensez, l'objet d'une vénération spéciale. Comment j'ai connu ces détails, et d'autres encore, cela ne vous intéresse pas directement... Ce qui importe, c'est ce que nous allons faire dès la nuit prochaine...
- Qu'allons-nous faire !
- Enlever la jeune personne, parbleu !
- Et si elle ne veut pas ?...
- Elle ne voudra probablement pas, mais cela est sans importance... Nous l'enlèverons tout de même et nous la ramènerons à son père...
- Mais comment l'approcherez-vous ?... Comment la reconnaîtrez-vous parmi les autres nonnes et novices vêtues comme elle, voilées comme elle ?...
- J'ai des intelligences dans la place. Tom était toujours béant d'admiration devant Bob; pourtant celui-ci vit bien que quelque chose tracassait son compagnon.
- Savez-vous, maître Tom, lui dit-il avec une intention légèrement gouailleuse, que vous n'avez pas l'air très convaincu de la véracité de mes dires?
- Oh! Bob, protesta Tom, jamais pareille pensée ne m'est venue... Je sais que vous ne laissez rien au hasard... Un seul détail me préoccupe...
- Vous voyez bien !... Et quel est ce détail, s'il vous plaît ?...
- Eh bien, c'est que ni vous ni personne ne possède une photographie de miss Constance Phips... Même le jour son mariage, toutes précautions avaient été prises pour empêcher les reporters photographes et les opérateurs de cinéma d'opérer... Les journaux ont raconté que ces messieurs furent sérieusement bousculés sur les marches de l'escalier de la Madeleine... Or, vous, Bob, vous n'avez jamais vu cette jeune personne... Bob, qui souriait rarement et ne, riait pour ainsi dire jamais. se mit à rire pour de bon.
- Mais je suis ravi, dit-il, qu'aucun portrait de Constance Phips n'existe... C'est là un de mes meilleurs atouts... C'est là la preuve irréfutable de l'excellence de la piste qui m'a mené jusqu'ici... Lisez plutôt ceci... Et, de nouveau, Bob mit sous les yeux de Tom un passage marqué du cahier dactylographié. Ce texte était ainsi conçu : « Eléonore de Taravada avait fait le serment solennel de ne jamais permettre qu'on reproduisit les traits de son visage ni dans le marbre, ni dans le bronze, ni sur la toile, ni de quelque manière que ce fût... » Bob ajouta :
- Il tombe sous le sens que l'étrange répugnance manifestée par miss Constance Phips à l'égard des photographes concorde avec la résolution, dès longtemps prise par elle, d'être celle qui réaliserait la prophétie formulée dans le testament mystique de la fondatrice du monastère de San-Francesco de la Sierra... Tom ne se risqua plus à soulever la moindre objection Il écouta religieusement les instructions pratiques que lui donna son compagnon. Après quoi, les deux hommes se décidèrent à prendre quelques heures de repos. Le lendemain soir, Bob et Tom, qui avaient fait, dans la journée, au monastère de San-Francesco de la Sierra, la visite classique que les rares touristes égarés en cette région aride et peu fréquentée font à ce couvent qui constitue la principale curiosité du pays, prenaient congé de leur hôte, l'alcade-aubergiste. (A suivre.) Gabriel BERNARD.

Dernière page - La période de vacances que nous venons de traverser et qui est, tout naturellement aussi une période intense de déplacements par chemin de fer, a été assombrie par une série d'accidents qui sont encore dans toutes les mémoires.

 

Accidents de chemin de fer

Le 13 août dernier, ce fut d'abord l'express de Paris-Boulogne qui dérailla en gare d'Amiens et fit onze morts et plus de 130 blessés. Le lendemain même, un tamponnement se produisit, près de Saint-Denis, entre l'express de Lille à Paris et le rapide venant d'Amsterdam. Là, ổn on eut encore à déplorer quatre morts et une soixantaine de blessés. Enfin, le 23 août, près de Sens, deux express se télescopèrent, faisant trois morts et trente-cinq blessés.
Le public a été profondément ému de cette succession d'accidents, et cette émotion, notre journal a voulu en fixer le souvenir en publiant une poignante composition en couleurs, dessinée sur place par un de nos collaborateurs, qui a eu la chance de sortir indemne de la dernière catastrophe.
Tout en souhaitant que les plus minutieuses précautions soient prises désormais pour mettre les voyageurs à l'abri de semblables accidents, il convient de remarquer toutefois que des mauvaises séries de ce genre sont fort rares. Il ne faut pas s'exagérer d'ailleurs le danger. Les statistiques sont là pour prouver que les bonnes diligences d'autrefois faisaient plus de victimes que nos modernes moyens de transport, et à ce sujet, on ne saurait recommander de lire le rassurant article de M. Ernest Laut qu'on trouvera plus loin.

 


Le Pêle-Mêle
Page deux - Les Grandes inventions du " Pêle-Mêle " , l’art de pêcher sans y mettre la main

La pêche à la ligne
(A) Se munir d'une ligne, d'une ficelle, d'un os et d'un mouchoir; placer la ligne en équilibre sur la branche fourchue d'un arbre; attacher à l'autre bout de la ligne une ficelle et à l'extrémité de celle-ci l'os qui reposera à terre et sera recouvert d'un mouchoir. Ceci fait, attiré par l'odeur de l'os, un chien ne manquera d'arriver; il flairera le mouchoir... (B) Ayant découvert l'os, il sautera dessus, s'en emparera... (C) et pour le ronger, tirant forcément sur la ligne, fera basculer celle-ci hors de l'eau... et le poisson sera pris.

 


Le Funi
Page deux - Les Petits et Grands faits de la semaine, sans commentaire

Petits et grands faits de la semaine
- En Syrie, nos troupes dispersent 1500 cavaliers Druses qui marchaient sur Damas.
- Dusseldorf, Duisbourg, et Ruhrort sont évacués par nos troupes.
- L'actrice Fabienne Mérindol meurt d'une embolie.
- Des communistes tentent de manifester devant le consulat de Pologne et sont repoussés par la police.
- Un capitaine de vaisseau meurt subitement dans le train venant de Laval.
- La grève des employés de banque continue.
- A Lons-le-Saunier l'auto de Mme Gémier heurte une autre voiture.
- Une dactylo anglaise tente de traverser la Manche à la nage et échoue.
- L'Angleterre accepte de participer à la conférence des douanes chinoises.
- Le sous-marin qui torpilla le Lusitania est détruit à Copenhague.
- Dix alpinistes disparaissent dans les Alpes.
- Un nouveau modèle de fusil mitrailleur est volé en gare de Brive.
- Un vapeur sombre au large de Brest.
- Tokio des inondations causent 26 morts.
- Le roi et la reine des Belges s'embarquent pour les Indes.
- Une famille d'Argenteuil est intoxiquée par les champignons.
- Rebeyrol et Me Lebrun gagnent la traversée de Paris à la nage.
- Un avion survolant les Alpes tombe dans un ravin.
- La « Bourgade libre de Charonne » fète sa naissance.
- A Rome, un aviateur italien descend en parachute d'une hauteur de 2.000 mètres.
- Un vapeur fait explosion et coule au Havre.
- Un fou tue le garde champêtre d'Orsay d'un coup de fusil.
- Le maire de Douarnenez supprime le bureau du commissaire de police.
- Des gaz explosent dans une fosse d'aisances de la rue d'Aboukir.
- Le raid Paris-Angora est interrompu par la tempête.
- Un avion militaire anglais tombe dans la Manche.

 


Le Petit Écho de la mode
Page six - Le carnet hebdomadaire de La Bignole et du Grillon du foyer avec cette semaine les recettes de - 209 concombres veloutés - 210 gigot de mouton à la génoise - 211 potage royale - 212 tomates aux anchois et aux crevettes - 213 epigrammes d’agneau à l’anglaise - 214 gâteau aux poires et aux pommes. Également de tout un peu avec un sirop de mûres, une crème de menthe et une crème de cassis.

  

Menus de la semaine
PLATS DE DÉJEUNER
Pâté chaud de lapin (137)
Truite à la Chambord (179)
Concombres veloutés (209)
Gigot de mouton à la génoise (210)
Cèpes à la crème (186)
Bavaroise aux fraises (194)
PLATS DE DÎNER
Potage royal (211)
Œufs pochés à la diable (57)
Tomates aux anchois et aux crevettes (212)
Epigrammes d'agneau à l'anglaise (213)
Cardons au jus (168)
Gâteau aux poires et aux pommes (214)
209. Concombres veloutés.
Concombres longs et étroits, beurre, sel, poivre, deux jaunes d'oeufs, un verre de crème double. Choisissez vos concombres longs et étroits, ils ont moins de graines, et toujours très verts et très fermes.
Pelez et coupez-les en tranches de 4 à 5 centimètres; enlevez les graines et les parties filandreuses et faites-les cuire à l'eau bouillante salée, pendant quelques minutes. Egouttez-les ensuite; faites-les revenir dans un bon morceau de beurre très frais, ajoutez un peu de poivre, faites bouillir quelques instants et liez au moment de servir avec deux jaunes d'oeufs délayés dans un verre de crème double.

210. Gigot de mouton à la génoise.
Un petit gigot, un verre de bonne huile d'olive, un verre de vin blanc, quelques rondelles d'oignons, de carottes, deux clous de girofle, une demi-gousse d'ail, céleri, cornichons, lardons, feuilles d'estragon, filets d'anchois, sel, poivre.
Faites mariner un gigot moyen avec un verre de bonne huile d'olive, un verre de vin blanc, quelques rondelles d'oignons, de carottes et deux clous de girofle; et, dans l'os, introduisez une demi-gousse d'ail.
Au bout de vingt-quatre heures, pendant lesquelles le gigot aura été retourné dans la marinade plusieurs fois, soulevez la peau, sans la détacher du manche, et lardez toute la chair, sous la peau, avec du céleri en tranches préalablement cuit dans du bouillon, de gros cornichons coupés en lamelles, des lardons, des feuilles d'estragon et des filets d'anchois. Recouvrez avec la peau, cousez-la pour qu'elle ne bouge pas, salez, poivrez et faites rôtir à feu vif.

211. Potage royal.
Quatre belles chicorées, 100 grammes de beurre, une grosse cuillerée de farine, un demi-litre de bouillon, sel, poivre, deux belles pommes de terre, muscade, quatre jaunes d'œufs, un demi-litre de lait bouillant, une pincée de cerfeuil, un grand verre de crème fraîche.
Epluchez quatre belles chicorées, lavez-les à plusieurs eaux et plongez-les dans deux litres d'eau salée en pleine ébullition. Laissez bouillir dix minutes environ; égouttez-les et pressez-les fortement entre les mains pour en extraire toute l'eau. Remettez alors les chicorées dans une casserole avec 60 grammes de beurre; remuez pendant quelques minutes sur, feu vif, afin de faire évaporer l'excès d'humidité; saupoudrez d'une cuillerée de farine, mélangez bien, ajoutez un demi-litre de bouillon, salez, poivrez et laissez cuire sur le côté du feu.
D'autre part, faites cuire deux belles pommes de terre rouges, très farineuses; pelez-les, passez-les et travaillez cette sorte de pâte avec sel, poivre, un peu de muscade, en y incorporant peu à peu 30 grammes de beurre, une petite cuillerée de farine et deux jaunes d'oeufs. Quand cette préparation est homogène et presque élastique, renversez-la sur une table saupoudrée de farine, roulez-la en forme de boudin et divisez-la en petites parties auxquelles vous donnerez la forme de petites quenelles longues. Au fur et à mesure, rangez-les sur un linge fariné. Puis passez vos chicorées au tamis et allongez le bouillon d'un demi-litre de lait bouillant. A part, faites tomber, dans une casserole d'eau bouillante salée, toutes vos quenelles, pendant quelques secondes.
Et, au moment de servir, mettez dans votre soupière une bonne pincée de cerfeuil haché, un grand verre de crème fraîche, dans laquelle vous aurez délayé deux jaunes d'œufs et un morceau de beurre. Versez doucement en remuant constamment votre potage et ajoutez les quenelles, après les avoir bien égouttées.

212. Tomates aux anchois et aux crevettes.
Quatre tomates de moyenne grosseur, une mayonnaise (poivre, sel, une cuillerée de vinaigre, un jaune d'oeuf, huile, deux cuillerées de moutarde, une pointe de Cayenne), persil haché, huit filets d'anchois, deux salades frisées, un quart de livre de crevettes.
Choisissez des tomates bien égales et de moyenne grosseur. Coupez-les en deux transversalement, en enlevant soigneusement les pépins. Retournez les tomates sur un tamis pour que le jus s'écoule et évidez un peu le coeur de chaque demi-tomate. D'autre part, préparez une belle mayonnaise très épaisse. Remplissez de cette sauce toutes les demi-tomates, pour qu'elles forment un petit dôme que vous saupoudrerez légèrement de persil haché. Sur chaque petit dôme, posez un filet d'anchois que vous roulerez sur votre doigt. Sur un grand plat rond, disposez les demi-tomates en couronne.
Ayez deux belles salades frisées, dont vous ne prendrez que les feuilles bien jaunes. Lavez-les, égouttez-les et posez-les en tas au milieu du plat.
Epluchez un quart de livre de crevettes, et parsemez-en le bouquet de salade; une petite branche de persil frisé sera glissée entre les tomates.

213. Epigrammes d'agneau à l'anglaise. Deux belles poitrines d'agneau, une carotte, un oignon, un poireau, un bouquet garni, une branche de menthe fraiche, une cuillerée à bouche d'extrait de viande, poivre, deux clous de girofle, 150 grammes de beurre ou de "Végétaline", deux jaunes d'oeufs, mie de pain fraiche, un jus de citron.
Faites cuire les poitrines d'agneau dans un bouillon composé d'environ 3 litres d'eau, une carotte, un oignon, un poireau, un bouquet garni auquel vous ajoutez une branche de menthe fraîche; ajoutez une cuillerée à bouche d'extrait de viande, très peu de sel, quelques grains de poivre, deux clous de girofle et laissez cuire trois heures. Ayez soin de bien écumer au premier bouillon. Après les trois heures de cuisson, retirez les poitrines, désossez-les et faites-les refroidir entre deux plats et sous une légère presse. Coupez-les ensuite, en carrés longs ou en cours. Délayez dans une assiette creuse
100 grammes de beurre fondu et deux jaunes d'œufs; trempez chaque épigramme dans cette sauce; roulez-les dans la mie de pain fraîche, faites griller à feu doux et dressez sur votre plat. Quant au jus de la cuisson, après l'avoir bien dégraissé, faites-le réduire à consistance de sauce et, au moment de servir, ajoutez une pincée de menthe fraîchement hachée, un jus de citron 50 grammes de beurre que vous incorporez au jus en dehors du feu. Versez à part dans la saucière et servez.

214. Gâteau aux poires et aux pommes.
Un kilo de belles pommes reinettes, 500 grammes de poires à cuire, 250 grammes de sucre, crème anglaise. Choisissez un kilo de belles pommes reinettes, 500 grammes de poires à cuire d'excellente qualité.
Épluchez ces fruits, coupez-les en quartiers, très minces et réguliers, et faites-les cuire à part, dans un sirop fait avec 250 grammes de sucre et un quart de litre d'eau. Faites cuire longtemps les poires, de façon qu'elles deviennent rouges, si l'espèce s'y prête. Retirez avec soin les quartiers sans les écraser et garnissez un moule, en alternant une couche de poires, une couche de pommes. Les poires doivent être déposées les premières. Démoulez quand les fruits sont très froids; versez sur ce gâteau le jus qui doit former gelée et servez avec une crème anglaise.

LE GRILLON DU FOYER

DE TOUT UN PEU

Sirop de mûres - Ayez une certaine quantité de mûres sauvages, mettez-les dans une bassine de cuivre non étamé, à feu modéré, avec autant de kilos de sucre que de kilos de fruits; après quelques bouillons, passez au tamis de crin, laissez refroidir et mettez en bouteilles. Ce sirop constitue un excellent gargarisme pour les irrigations de la bouche et de la gorge
Crème de menthe - Faites infuser 60 grammes de feuilles fraiches de menthe dans 4 litres d'eau-de-vie. Faites fondre dans cette infusion 750 grammes de sucre concassé; ajoutez 30 gouttes d'essence de menthe poivrée, après avoir passé votre préparation, et mettez en bouteilles. Cette crème demande à vieillir et on doit la laisser près d'un an en réserve.
Crème de cassis - Faites macérer pendant deux mois I k. 500 de cassis dans 3 litres d'eau-de-vie à 60°; filtrez et ajoutez un sirop de 750 grammes de sucre fondu dans deux verres d'eau; mélangez bien, filtrez et mettez en bouteilles.

 


Candide
Page une - La doublure de Monsieur Painlevé et le problème de l’agenda présidentiel, il ne faut pas confondre pouponnière et monuments aux morts. Le change et l’argot. Savez-vous ce qu’est un coq, un cique, un naps. Nos jeunes espoirs dans la politique et dans le rayon souvenirs, le musée de l’ordre des avocats et une lettre de Jules Favre sous le sous-main de Waldeck-Rousseau. Aussi le contenu inédit de la missive, la science marine selon Emile Borel et d’autres mignardises. Également la fin des vacances Les vacances sont finies, avant d’avoir commencé, il n'y a plus de vacances.Et tous les ans les mêmes bilans, même un siècle plus tard.

 

Candide 1925 09 06 Page 01

Candide 1925 09 06 Page 02

Oui et Non
La dernière distraction de M. Painlevé
M. Painlevé a des occupations multiples, même pendant les vacances. Et comme il n'est pas doué du don d'ubiquité, il a souvent recours à ses ministres pour le remplacer.
L'autre jour, il demanda ainsi à M. Z..., qui est ministre pour la première fois, de bien vouloir aller à sa place à X..., dans le Centre.
- Vous aurez d'abord à présider un banquet, lui dit-il, à la fin duquel vous prononcerez un discours, naturellement. Et ensuite vous aurez à inaugurer un monument aux morts...
M. Z... accepte, prépare soigneusement ses deux discours. L'un pour le banquet, l'autre pour le monument. Et il part. Le banquet a lieu sans incident. Le discours aussi.
- Maintenant, dit le préfet au ministre, nous allons inaugurer la pouponnière...
- Quelle pouponnière ? fait le ministre ahuri.
- Mais... la pouponnière que vous avez bien voulu consentir à inaugurer aujourd'hui...
M. Painlevé s'était trompé. Ce n'était pas un monument aux morts que l'on devait inaugurer, mais une pouponnière. Le pauvre ministre, désemparé, tâta dans sa poche les feuillets de son beau discours ému. Avec la meilleure volonté du monde, il ne pouvait pas l'employer. Et, affolé, bégayant, il dut en toute hâte en improviser un plus approprié aux circonstances. Mais il a juré qu'il n'accepterait plus jamais de doubler M. Painlevé.
Promenade d'agrément
Ce ministre était allé, avec une jolie femme, visiter les environs de Paris dans sa voiture. Derrière l'auto ministérielle en venait une autre où trois graves policiers avaient pris place. Les voitures traversaient villes et villages; comme elles passaient devant un des plus beaux châteaux de France, la seconde, celle des policiers, fit une embardée et dut s'arrêter.
Les policiers, en hâte, téléphonèrent à la Préfecture qu'on leur envoyât une autre voiture, et, quand elle arriva, ils repartirent dans la direction prise par l'auto ministérielle. Le ministre dînait dans les bosquets fleuris d'une hostellerie. Les agents de la Sûreté parvinrent non loin de là; mais l'essence leur manqua et, de nouveau, ils ne purent continuer leur route. Vint à passer un gendarme à cheval. - Avez-vous vu une auto de telle forme avec deux personnes à l'intérieur? interrogèrent les agents en « bourgeois ».
- Il me semble bien, répondit le gendarme.
- Tâchez de retrouver le monsieur, qui est M. X..., le ministre, et dites-lui que nous sommes là.
Le gendarme donna de l'éperon et trouva bientôt l'Excellence.
- Votre collègue, M. le Ministre des Régions Libérées, vous attend à F..., monsieur le Ministre, dit-il en un garde-à-vous impeccable.
Le brave défenseur de l'ordre avait pris un policier pour le ministre des Régions Libérées. Aussi quelle ne fut pas sa stupéfaction de s'entendre répondre :
- Dites à mon collègue qu'il me f... la paix !
Le purgatoire
Dans un salon très « diplomatiquement fermé », un évêque parlait à une ancienne artiste de la Comédie-Française. Il était sans pitié pour les comédiennes des subventionnés.
- Monseigneur, lui disait sa charmante interlocutrice selon vous, toutes les actrices de la Maison de Molière, iront en Enfer?
- Elles sont déjà au Purgatoire, madame, répondit l'évêque.
Nos jeunes espoirs
Grand jeune homme blond et rose, M. Roger Joisson, sous-chef de cabinet de M. Painlevé, fut candidat au Conseil municipal dans le quartier de Saint-Germain-l'Auxerrois. Sa défaite fut des plus honorables. Aujourd'hui, prévoyant le retour du scrutin d'arrondissement, il cherche en province une circonscription législative dont il pourra, trois années durant, tel un bon laboureur, préparer le terrain.
Près de Châteaurenard, dans le Gâtinais, il possède une maison de vacances. Or, le bon M. Charles Roux, conseiller général du canton et député du Loiret, annonce qu'il ne se représentera pas aux prochaines élections. M. Roger Joisson entretient donc les relations les plus cordiales et les plus suivies avec M. Charles Roux, dont il espère bien recueillir la succession.
Mais le citoyen Eugène Frot, député socialiste du Loiret, qui voudrait bien faire de l'arrondissement de Montargis son fief électoral, surveille anxieusement l'ambitieux Chérubin
La curée
Il y a un mois, quand M. Painlevé répétait partout que le maréchal Lyautey avait la confiance du Gouvernement (c'est ainsi que M. Painlevé appelle son ministère), Candide a répondu qu'en réalité M. Painlevé cherchait à remplacer le maréchal par un bon camarade cartelliste. Nous avons même précisé que, pour masquer l'opération, le maréchal Pétain serait chargé de liquider l'affaire du Riff et s'installerait au Maroc pour un long temps.
Le plan est en cours de réalisation. Il ne reste plus qu'à s'entendre sur le nom du successeur : le camarade S. F. I. O. Paul-Boncour ou M. Sarraut qui s'ennuie à Angora et qui a fait oublier qu'il était ministre de M. Poincaré ? Quant au général Sarrail, il continue d'étouffer toutes les nouvelles de Syrie. Si la vérité perce et si on est alors obligé de le rappeler, il sera nommé gouverneur militaire de Paris et le général Gouraud paiera les frais de l'opération.
La « vertu » est, selon Montesquieu, le principe des gouvernements démocratiques.
Communistes
Il y a un mois, MM. Painlevé, Schrameck et Steeg proclamaient tous les matins qu'ils allaient pourfendre les communiste dans la journée. L'attentat contre le Président de la Chambre bulgare, la sanglante manifestation de l'Opéra ont montré ce que valent les déclarations du gouvernement. Au vrai, la propagande communiste ne s'est jamais moins gênée.
On donne en ce moment dans les théâtres de quartier une pièce intitulée « Fraternité et qui n'est qu'un ignoble ramassis d'injures contre l'armée et la France. La pièce se termine régulièrement aux cris de « Vive Abd-el-Krim! Mort à Lyautey! Vivent les Soviets ! ». L'autre soir, devant la Gaîté-Montpar nasse, une « cellularde » zélée recrutait des spectateurs : Viens, criait-elle à une amie, c'est
beau... Y a du sentiment... Et pis y a pas de patrie... Pauvres gens !
Le chapeau (vieille histoire)
Madame est au bain. A côté d'elle, sur une chaise, fort à l'aise, un tout jeune homme bavarde, son chapeau déposé nonchalamment à ses pieds. La soubrette entre: Madame, monsieur monte, je l'ai vu par la fenêtre qui arrivait en auto. Sors! crie madame au jeune homme, Celui-ci s'enfuit à l'étage supérieur, mais, dans sa hâte, il laisse son chapeau.
Madame se lève, prend le chapeau, le met dans l'eau et s'asseoit dessus. Monsieur entre et s'écrie: Je suis nommé ministre. Madame, tout émue, se lève pour embrasser son glorieux époux. Et le chapeau remonte doucement à la surface de l'eau. Monsieur voit tout et dit simplement
- Dire qu'on veut faire passer cela pour de l'eau filtrée !
Le change et l'argot
L'argot est une langue délicieusement imagée. Avant la guerre, un «<coq » était synonyme de vingt francs, en raison du coq symbolique, gravé sur nos beaux louis d'or. Aujourd'hui, les affranchis appellent le billet de vingt francs un «cigue» ou un naps ». Ce dernier mot est surtout usage à la Villette. Une thune ou une « bougie », c'est cent sous. Un «talbin», c'est un billet de banque, d'une valeur quelconque, mais un sac veut dire mille francs. Une livre veut dire cent francs; une demi-livre, cinquante francs. Ces mots sont en usage depuis fort longtemps; ils avaient déjà droit de cité dans les bars de la Chapelle, à l'époque heureuse où un chou à la crème coûtait deux sous et un bon complet de drap d'Elbeuf soixante francs. Aujourd'hui que la livre anglaise oscille autour de cent francs, l'argot s'accorde avec le change. Avait-il donc prévu les malheurs de notre franc, l'homme tatoué qui, un jour, baptisa «une livre » l'honnête billet de la Banque de France ?
Souvenirs
L'Ordre des Avocats possède, au-dessus de sa bibliothèque, un musée où sont réunis tous les souvenirs du barreau. Ces souvenirs sont généralement donnés par des mains pieuses. C'est ainsi que, ces jours derniers, un vieil avocat, qui avait retrouvé une lettre de Jules Favre, vient d'en faire don au musée. Mais on n'a mis dans la vitrine qu'une partie de la lettre, l'autre étant cachée par le sous-main de Waldeck-Rousseau. Et cette partie cachée est, en effet, pittoresque; on y lit:
«A...
Vous ne trouverez pas exagéré, vénérée madame, que pour aller plaider votre affaire devant la Cour d'Appel de Bordeaux, je vous prie de consacrer une somme de 500 francs pour mes honoraires : vous aurez sans doute saisi qu'il y a un voyage assez long, avec des frais de séjour onéreux...». Cela se passait en 1868. Aujourd'hui, un stagiaire, pour plaider trois minutes en correctionnelle, n'hésite pas à réclamer plusieurs billets de mille. Et quand on veut un membre du Conseil de l'Ordre, il n'y a pas de limites, surtout quand il a été bâtonnier !!!
Science maritime
M. Emile Borel ne s'est pas encore consolé d'avoir révélé de si faibles compétences sur la question des sous-marins. Il a voulu se rattraper et il a pioché dur le sujet. Sa récente tournée dans les ports et bord de l'escadre lui a été profitable. C'est pourquoi il confiait dernièrement à un ami ces paroles textuelles : « Un sous-marin est presque aveugle, mais il n'est pas sourd; si on le tenait en lisière, il ne serait plus qu'un enfant impropre au rôle qui le place si haut dans l'estime du pays et, d'ailleurs, il n'accepterait pas d'être ainsi entravé et humilié. »N'est-ce pas, on est ministre de la Marine ou on ne l'est pas ?
Fétiches
Quelques fétiches trouvés devant les joueurs assis autour des tables de jeux d'une de nos plus célèbres villes d'eaux: Un portrait d'Alan Kardec; une photo de miss Campton; une talonnette; un rasoir mécanique; une boucle de ceinture; une bague en poil de chameau; une griffe de tigre; des poils d'éléphant; une tire-lire en terre cuite; un gant gris; un morceau d'étoffe vert et rouge; un ticket d'autobus le numéro 13131313; une enveloppe avec des timbres-poste disposés en croix; un trousseau de clefs minuscules; un flacon contenant un petit insecte conservé dans l'alcool, etc., etc. Les joueurs sont crédules, perdent leur argent, mais gardent leurs fétiches...

Profession
M. Mesureur, qui vient de disparaître à près de quatre-vingts ans, était le seul membre de l'Académie de Médecine qui ne fût pas docteur ou pharmacien : il le devait à son titre de Directeur de l'Assistance Publique. Lorsqu'on lui fit remplir sa fiche au lendemain de son élection, il inscrivit ces deux titres auxquels il tenait par-dessus tout: Dessinateur (qui lui rappelait son métier d'origine) et ancien ministre (qu'il n'oubliait jamais de rappeler !)
Puis le diable les tenta
Ce sont trois frères, trois coureurs cyclistes les populaires, spécialistes des courses sur soute, qui sont au service d'une maison de cycles. Celle-ci leur verse des appointements très, très confortables et les habille d'un maillot de couleur épiscopale. Mais entre employeurs et employés il y a parfois des nuages et des malentendus. Le dernier de ces nuages, maintenant dissipé, était particulièrement noir. Ne dit-on pas, en effet, qu'une maison allemande, dont les cycles utilisent des pneus d'une réputation... continentale, a fait à nos trois mousquetaires, ou tout au moins aux deux plus célèbres d'entre eux, des offres très alléchantes et leur a proposé un contrat infiniment plus avantageux que celui de la marque parisienne et même que celui, pourtant fabuleux, qui lie Girardengo à sa maison italienne. Nos as faillirent ne pas résister à cette tentation. Leur directeur de conscience lui-même en fut un moment ébranlé. Ils allaient céder. C'est un de nos confrères qui, paraît-il, parvint à les dissuader in extremis de donner leur signature. Etait-il possible que des coureurs français fissent applaudir des victoires sportives allemandes et que les accents de la « Marseillaise » pussent saluer le triomphe d'un maillot bordé d'un liseré tricolore, mais germanique quant au reste? Héroïquement nos trois spartiates refusèrent.
Invasion allemande
Le football allemand fait prime dans les stades de France. Nous allons avoir probablement, dès dimanche prochain, la visite, à Paris, du champion de l'Allemagne du Sud, le V. F. R. de Mannheim. Puis ce sera la venue d'un club de Fribourg. Enfin des pourparlers sont engagés pour que le 1er novembre l'équipe représentative de Berlin soit opposée, au stade de Colombes, à celle de Paris. On sait que le 1er novembre était, jusque-là, réservé à une rencontre Paris-Londres qui a cessé de plaire. Et puis, un peu plus tard, ce sera le tour du Rapid, de Vienne, champion d'Autriche. Les sportifs auront bien mérité de la Société des Nations.
Ad-mi-nis-tra-tion ferroviaire
A D..., ville maritime importante de l'Ouest et point de départ de trains pour Paris. Dimanche matin, un voyageur qui désire regagner la capitale, s'approche du chef de gare.
- Pardon, monsieur, le train pour Paris ?
Le chef de gare le regarde, regarde les trains, hoche la tête,
- Ecoutez, lui dit-il, c'est sûrement un de ces deux-là, seulement... je ne sais pas lequel!!
A l'heure prévue par l'horaire, il n'était pas encore fixé. Alors, pour être certain de ne pas se tromper, il fit partir les deux trains.

MARTIN.


Et plus d’un siècle plus tard, la rémunération des baveux est toujours d’actualité: “Ce procès, c’est David contre Goliath” : les avocats de l’anesthésiste Frédéric Péchier dénoncent toujours leurs indemnités insuffisantes

Procès Péchier : après avoir menacé de se retirer maître Schwerdorffer sera présent pour l'ouverture du procès

Le musée du barreau de Paris

Jules Favre, avocat 


Excelsior
Page deux - Echecs, la partie jouée entre Krejck et Réti et le problème n°249 par Gilbert Dobbs problémiste Américain

 


Journal des Débats
Page une - L'idée de procéder à l'inventaire des immeubles nationaux et à l'aliénation de ceux qui ne sont pour l'Etat d'aucune utilité a été émise, avec documentation à l'appui, par M. de Fels, au lendemain de la guerre, et nous avons été des premiers à l'appuyer. Elle entre dans la période de réalisation, et l'on ne peut qu'applaudir la commission de Monzie, qui paraît désireuse de faire vite et bien. Il faut cependant que certaines précautions essentielles soient prises pour éviter les repentirs de l'escalier. Il nous semble que quelques principes généraux devraient rester toujours présents à l'esprit de M. de Monzie et de ses collaborateurs.

L'inventaire national
D'abord, il faut se garder d'aliéner, sous prétexte d'économie, un immeuble qu'il faudrait remplacer. Qu'on ne recommence, sous aucun prétexte, «le coup» de l'Imprimerie nationale. Son transfert ne devait rien coûtter, l'opération serait blanche, la vente de l'immeuble occupé devant payer amplement celui qui serait bâtir. En fait, on s'est aperçu, un peu tard, que l'immeuble évacué avait un intérêt historique; on l'a gardé, et le nouveau a coûté au contribuable une somme qui n'a jamais été connue, qu'on n'ose pas avouer, mais dont les fractions, votées sous forme de crédits annuels au cours de cette interminable construction, ont fait scandale. Un bon averti en vaut deux: pas d'« opérations blanches ». L'Etat est incapable d'en faire. Pas de déménagements s'il faut emménager ailleurs. N'aliénons que ce qui ne sert de rien, ce dont nous n'avons pas besoin: ce sera déjà beaucoup, et au moins nous n'aurons pas de surprise. Second principe: n'aliénons qu'avec la plus extrême circonspection les espaces libres. Ne nous exposons pas à les racheter plus tard, pour faire des squares, des terrains de jeux, des réservoirs d'air indispensables aux poumons d'une grande ville. Soyons bien sûrs, avant de nous en défaire, que nous n'aurons pas à les regretter. Il est des cas, assurément, où ce danger n'est pas à craindre, mais regardons-y de près. Vendons les terrains qui ne sont réellement bons qu'à bâtir; réservons les jardins, les plantations, tout ce qui fait la santé et le charme d'une capitale. Et ensuite, troisième principe, que le produit des aliénations reconnues possibles ne tombe pas dans le gouffre du budget. Qu'il soit férocement réservé à l'allégement de la dette. Il est bon de convertir la dette à court terme en rente perpétuelle, il est meilleur de la rembourser.

Anatole de Monzie 

Cardinal de Richelieu 

Imprimerie Nationale (bâtiment)

Imprimerie Nationale 


Page une - Paris commence à s'étonner d'un phénomène assez bizarre. Depuis quelques. semaines, il ne se passe pour autant dire pas de jour sans qu'on ait la surprise d'y découvrir un animal tout à fait étranger à la faune de l'Ile-de-France.

 

AU JOUR LE JOUR Migrateurs mystérieux
Volatiles et quadrupèdes qu'oncques ne vit jamais en liberté dans les rues de la capitale se succèdent avec une régularité déconcertante. Il en est d'espèces connues, comme le cygne ou le canard; d'autres, un calao, par exemple, requièrent, pour être identifiés, l'intervention d'un ornithologiste. On a capturé, hier, un renard dont le propriétaire s'est fait connaître; mais nul ne sait à la suite de quel périple un garrulus est venu échouer dans le Métro, ni d'où provient l'oiseau d'espèce inconnue qu'on a trouvé au quatrième étage d'un hôtel de la rue de Clisson. Tous ces nomades sont envoyés à la Fourrière qui, si la série continue, va bientôt concurrencer le Museum. Ces animaux, jusqu'ici, sont d'un caractère pacifique et se laissent conduire rue de Poissy sans trop de mauvaise volonté; un oiseau seul, plus réfractaire sans doute à l'internement, s'est enfui à tire d'ailes quand on a voulu se saisir de lui. Les autres attendent paisiblement les résultats de l'enquête motivée par leur apparition insolite. On se perd en conjectures sur ces arrivages continus. Ces specimens de la faune des deux mondes abordent-ils par hasard aux rives de la Seine et n'entendaient-ils y faire qu'une courte pause entre deux voyages? Sont-ce les fourriers annonciateurs d'une invasion zoologique ? Faut-il voir dans leur exode un témoignage de l'état effervescent de la planète qui chasse ces bêtes de leur terre natale et les pousse à chercher ailleurs des cieux plus cléments? Cette petite migration serait-elle un indice venant corroborer la révélation sensationnelle du savant américain qui nous annonçait naguère une perturbation climatérique considérable à la suite de laquelle nos régions tempérées allaient redevenir glaciaires et les terres du pôle passer au régime équatorial? Le champ des hypothèses est ouvert en même temps que celui des inquiétudes, car nous inclinons volontiers aux explications catastrophiques : Ça arrivera plutôt qu'une bonne année de prunes », concluent, en rééditant ce vieux proverbe, les gens timorés, qui repèrent un signe néfaste dans une foule de petits faits et qui ne sauraient voir hasard pur ou simple coincidence dans celui qui excite actuellement la curiosité des Parisiens. On parle maintenant autour de ceux-ci tant de langues, que leur ville évoque déjà la Tour de Babel, de sinistre mémoire. Ses visiteurs ailés proviennent-ils de quelque nouvelle Arche de Noé qui s'apprête à débarquer ses passagers? Qu'elle se presse alors de nous dépêcher la colombe annonciatrice de la paix. R. N.


Page une - Au cours de la journée de mercredi le Conseil a constaté à la fois l'impossibilité d'un accord entre l'Angleterre et la Turquie, et la volonté du gouvernement britannique de faire trancher la question de Mossoul au cours même de cette session.

 

La question de Mossoul
En conséquence il a décidé de procéder sans retard à l'audition des parties, en se réservant de confier ensuite à un comité. de trois membres le soin de présenter un rapport avec des conclusions. Jeudi matin la parole a été donnée tout de suite au premier délégué de la Turquie. Rouchdi Bey a pris position avec une netteté qui confirme entièrement le langage qu'il tenait naguère à Angora. Il a commencé par exposer avec véhémence une longue série de griefs contre les autorités de l'Irak et les agents britanniques: agressions de tribus de l'Irak contre les Turcs, violation de la frontière provisoire dite de Bruxelles, manoeuvres hostiles de bateaux de guerre britanniques, vexations contre les populations turcophiles, etc. M. Amery, ministre des colonies, qui siège à la place de M. Chamberlain pendant ces débats, a réfuté point par point ces accusations. Si l'on se rappelle les accusations ébouriffantes que le gouvernement d'Angora formulait contre les autorités et les officiers français en Syrie du temps du général Gouraud et du général Weygand, on ne s'étonnera pas de la vigueur de la réponse de M. Amery. Quoique le ministre des colonies parlât lentement et sans éclats, il démontra clairement l'inexactitude de la plupart des griefs d'Angora. Rouchdi Bey avait exprimé le désir que le Conseil ne passât point à l'examen du fond avant que ses accusations fussent tirées au clair. S'il avait été suivi dans cette voie, une décision au cours de cette session eût été rendue impossible. Aussi M. Briand a-t-il déclaré que les incidents soulevés par la délégation turque devaient être considérés comme clos, et a-t-il donné la parole au rapporteur, M. Unden, le successeur du regretté M. Branting. M. Unden s'est borné à résumer très brièvement les conclusions du rapport de dont je vous ai parlé avant-hier. Le reste de la séance du matin a été consacré à l'exposé de la thèse britannique.
la Commission d'enquêtes M. Amery a été substantiel et prudent. Sans faire état des éléments d'appréciation recueillis par les agents anglais, il a mis en relief les points du rapport de la Commission d'enquête concordant avec sa thèse. Il a adhéré aux conclusións du rapport, et a déclaré, tant au nom du Cabinet de Londres qu'en celui «du gouvernement et du Parlement» de l'Irak, qu'il acceptait la prolongation du mandat effectif de la S. D. N. et l'octroi de garanties aux Kurdes. Puis il a relevé les graves et multiples inconvénients du partage du territoire contesté. Après avoir affirmé que l'amputation des territoires les plus fertiles et les plus peuplés du vilayet de Mossoul mettrait l'Irak dans une situation si précaire que le jeune royaume serait menacé dans son existence, il a fait valoir les prétentions irako-britanniques sur un territoire situé au nord de la ligne conventionnelle de Bruxelles, patrie des Assyro-Chaldéens. A cette occasion il a relevé un singulier argument énoncé dans le Livre rouge turc publié récemment. La Turquie défend son droit de conserver le territoire en question en alléguant que les Assyriens ont pris les armes contre les Turcs pendant la grande guerre. Cet argument se retourne contre ses auteurs : si les Assyriens se sont rangés pendant la guerre du côté des Alliés, c'est une raison, de plus pour ceux-ci de les protéger, et cela prouve que cette partie de la population ne veut plus vivre sous le régime turc. En fait les habitants de ce territoire se sont réfugiés en Irak. Ils ne veulent retourner chez eux que sous la protection de la S. D. N. En terminant M. Amery a déclaré dans les termes les plus catégoriques que le gouvernement britannique accepterait la décision du Conseil, quelle qu'elle fût, et qu'il insistait pour qu'une décision définitive fût prise pendant cette session. Toute la séance de l'après-midi, qui s'est prolongée jusqu'à sept heures passées, a été remplie par l'exposé turc. Rouchdi Bey s'est montré pressant, presque violent, et assez habile. Après s'être réservé la faculté de revenir sur ses récriminations de la matinée, il a constaté que la souveraineté turque subsistait en principe sur le vilayet de Mossoul, et il a déduit de cette situation théorique que le Conseil ne saurait attribuer tout ou partie de ce vilayet à l'Irak sans violer cette souverai- neté. Il a ensuite soutenu que les objections tirées de la solidarité économique du vilayet de Mossoul avec l'Irak deviendraient sans objet si des accords économiques régionaux étaient conclus. Il a protesté avec indignation contre les arguments britanniques que M. Amery n'avait pas mis en avant, découlant de la civilisation supérieure de la puissance mandataire. Mais il a compromis sa cause en invoquant en sa faveur de prétendues opinions de la Commission d'enquête, en faisant des citations tronquées du rapport, et en mêlant de telle manière les constatations des commissaires avec les notes d'un carnet de route du général Djévad Pacha, que des auditeurs mal avertis auraient confondu celles-ci avec celles-là. Cette tactique aurait peut-être réussi dans un Parlement ou dans une réunion publique. Elle était dangereuse devant le Conseil. La fin de cet immense discours, lu avec une verve combattive, recélait deux avertissements: l'un formel, l'autre sous-entendu. Rouchdi Bey a protesté contre la compétence de la Commission d'enquête et du Conseil au sujet de la prolongation du mandat de la S. D. N. Il a rappelé justement que ni à Lausanne, ni à Genève l'an dernier, il n'avait été question de cela, et que le Conseil était appelé seulement à fixer, sans conditions, la frontière entre l'Irak et la Turquie. Puis il s'est tu en s'abstenant de mentionner l'engagement antérieur de la Turquie d'accepter la décision du Conseil. On concluait naturellement de ce silence que, si le Conseil adjugeait le vilayet de Mossoul à l'Irak avec la prolongation de mandat proposée par la Commission d'enquête, la Turquie pourrait refuser de s'incliner d'où nouvel imbroglio.
Aussi la séance a-t-elle été levée hier soir dans une certaine émotion. On attendait avec curiosité celle de ce matin. Elle a commencé par une protestation du ministre des affaires étrangères de Turquie contre certains passages du discours de M. Amery relatifs à la protection des minorités. S'appuyant sur. le traité de Lausanne, et d'accord avec les déclarations d'Ismet Pacha dont je parlais avant-hier, Rouchdi Bey a dit que son gouvernement ne tolérerait aucune atteinte, directe ou indirecte, aux dispositions du traité de Lausanne. M. Amery a pris aussitôt sa revanche. Comparant page par page le rapport de la Commission d'enquête avec l'exposé turc, il a prouvé à l'évidence que le délégué turc avait extrait du rapport une série de phrases isolées en leur donnant un sens contraire à l'opinion des commissaires. S'il était resté impassible la veille, il a relevé avec une force qui touchait à l'âpreté de nombreuses inexactitudes matérielles. Quant aux appréciations et supputations turques en ce qui touche la nature et le nombre des populations, il les a de même réduites à leur juste valeur. Il a établi que la population turque du vilayet contesté s'élevait seulement à 38.500 âmes, et que la ville de Souleimanié, où le général Djévad Pacha avait prétendu reconnaître des milliers de Turcs, comptait seulement un ou deux Turcs. Plusieurs rectifications analogues ont produit sur le Conseil une impression très différente assurément de celle que souhaitait Rouchdi Bey. Au sujet du maintien de la souveraineté turque sur le vilayet de Mossoul, M. Amery a soutenu, avec pièces à l'appui, que cette souveraineté, maintenue théoriquement jusqu'à la décision du Conseil, ne pourrait plus ensuite dépasser la frontière fixée par celui-ci. Il a conclu par une déclaration formulée avec une force particulière : «Le gouvernement britannique, a-t-il dit en scandant ses mots, renouvelle son engagement d'accepter telle quelle la décision du Conseil; je n'ai trouvé nulle trace d'une déclaration parallèle dans le discours du délégué turc; j'attends que, conformément à l'engagement formel pris l'an dernier par le délégué turc, Rouchdi Bey la confirme nettement aujourd'hui.» Le ministre britannique des colonies a ajouté que le Conseil n'avait pas à poser la prolongation du mandat comme condition de l'attribution du territoire contesté à l'Irak et qu'il fixerait sans condition la frontière comme il le jugerait convenable, tout en sachant que le gouvernement britannique prolongerait le mandat, expirant en 1928 d'après le traité avec l'Irak, aussi longtemps que ce serait jugé nécessaire, et que l'Irak octroierait aux Kurdes toutes les garanties désirées. Cette double déclaration déjouait la tactique turque. Aussi Rouchdi Bey a-t-il demandé le temps de la réflexion. Toutefois, comme le Conseil est résolu maintenant à conclure sans retard, il a décidé de continuer cet après-midi la discussion sur Mossoul, au lieu d'examiner en comité privé la question de l'Autriche, comme il avait été convenu hier.
AUGUSTE GAUVAIN.
Auguste Gauvain 


Page une - On a fixé à la balustrade du Secrétariat de la Société des nations une plaque de marbre blanc où se lisent ces mots : « A la mémoire de Woodrow Wilson, fondateur de la S. D. N. »

 

A la mémoire de Woodrow Wilson
Alors que le passage de Woodrow Wilson au pouvoir ne rappelle guère à la plupart des Américains que d'assez mauvais souvenirs, il est bon que sa mémoire soit honorée en Europe, surtout en pays neutre, surtout à Genève. Aussi bien Woodrow Wilson ne manque pas d'admirateurs, si l'on en juge aux apparences. Une main pieuse avait, dès hier matin, fleuri la plaque de marbre blanc destinée à rappeler le principal titre du président Wilson à la gratitude des pacifiques. Une gerbe de reines-marguerites blanches et une gerbe de reines-marguerites bleues montraient aux promeneurs, qu'une journée splendide et un panorama unique avaient attirés sur les quais, qu'à Genève au moins le nom de Woodrow Wilson ne suscite pas les mêmes discussions passionnées qu'ailleurs. Les Américains du Nord, eux-mêmes, ont bien pu refuser de s'incliner devant l'œuvre accomplie en 1919 à Paris par l'homme d'Etat qui les représentait officiellement, ils ont bien pu, après sa chute, s'abstenir dans une attitude boudeuse, même par moments hargneuse, à l'égard de ce «Covenant pays libres» dont leur premier magistrat avait jeté les fondements et qui s'est réalisé dans la League dont la VIè assemblée plénière va s'ouvrir les Américains semblent moins unanimes qu'on l'a prétendu dans la méfiance et la réprobation envers la Société des nations. Parmi la foule disparate et bigarrée que les travaux de l'Assemblée ont attirée sur les bords du Léman, les citoyens de la libre Amérique sont extrêmement nombreux. Et ce n'est pas seulement la curiosité ou le snobisme qui les appellent ici à Genève. Chez beaucoup d'entre eux, une chaude. sympathie se mêle à cette curiosité d'esprit qu'ils témoignent, dans le domaine politique, à toutes les nouveautés attestant un effort dans le sens idéaliste. Woodrow Wilson était allé dans cette direction trop loin et trop vite au gré de la majorité de ses concitoyens. Aussi la réaction a-t-elle été immédiate et puissante. Les Etats-Unis observent, en conséquence, depuis 1919, une politique strictement réaliste, mais il n'en résulte pas que cette attitude soit définitive. On parle moins que jamais de l'entrée de l'Union nord-américaine dans la League. Excellent signe! Si jamais elle se décide à figurer parmi les nations assemblées à Genève, c'est parce que les polémiques dont la S.D.N. a formé l'objet auront été oubliées, c'est surtout parce que la S.D.N. aura fait de si bonne besogne qu'une grande puissance comme les Etats-Unis ne saurait plus rester en dehors. Bien qu'il n'y ait pas lieu de croire à l'adhésion prochaine des Etats-Unis, il faut donc souhaiter des conjonctures favorables qui permettraient quelque jour ce grand événement.
MAURICE MURET.

Woodrow Wilson 

Maurice Muret 


Page deux - On a publié, hier, à Pékin, le texte des notes identiques remises au gouvernement chinois par les puissances signataires du traité de Washington.


Chine La note des puissances
Comme nous l'avons indiqué hier, les puissances se déclarent prêtes à prendre en considération la demande de révision des traités faits par la Chine, dans la mesure où celle-ci se montrera disposée à exécuter ses obligations et capable de s'en acquitter et de se charger de protéger les droits et les intérêts des étrangers. Les puissances désirent répondre aux aspirations de la Chine, mais, en même temps, elles veulent que le gouvernement chinois comprenne bien la nécessité de donner des preuves pratiques et concluantes de sa bonne volonté et de ses capacités pour sauvegarder la vie et les biens des étrangers et pour réprimer les désordres et l'agitation xénophobe. Les puissances sont prêtes, comme il a été dit, en ce qui concerne l'exterritorialité, à nommer des représentants à la commission constituée en conformité des résolutions de Washington. Elles espèrent que cette commission pourra commencer ses travaux à une date prochaine. Mais les puissances, estimant qu'il est essentiel qu'elles soient bien renseignées pour déterminer jusqu'à quel point elles peuvent accéder au désir de la Chine, jugent que dans ce but il est nécessaire d'envoyer en Chine une commission d'enquête dont le rapport servira de base à des discussions. Les puissances sont prêtes à désigner leurs commissaires. Elles insistent pour que cette enquête, ait lieu le plus tôt possible. Les puissances se disent également disposées à examiner et à discuter toute proposition chinoise raisonnable pour la revision des traités établissant les droits de douane. Mentionnons enfin que le ministre britannique à Pékin, qui est actuellement en congé à Londres, repartira le 16 courant pour rejoindre son poste et assister à la conférence des tarifs douaniers chinois.


Page deux - Les préparatifs pour la réception des délégués aux fêtes du bicentenaire de l'Académie des sciences de l'U. R. S. S. à Léningrad, seront bientôt terminés.

 

Russie Le bi-centenaire de l'Académie des Sciences
Les professeurs Chatelain et Silvain-Lévy, membres de la délégation du ministère français de l'instruction publique, sont arrivés. Dans un entretien avec les représentants de la presse de Leningrad, M. Chatelain a exprimé son admiration pour l'art russe dont il a visité les chefs-d'œuvre dès le premier jour de son arrivée. Après les fêtes du bicentenaire, il fera un voyage sur le Volga et au Caucase. M. de Monzie et M. Aulard ont envoyé des lettres de félicitations, regrettant d'être privés du plaisir d'assister aux fêtes académiques. Ces deux derniers jours, de nouveaux délégués du Japon, d'Allemagne, de Norvège sont arrivés à Leningrad pour les fêtes du bicentenaire de l'Académie des sciences. M. Maxime Gorki, qui est en Italie, a envoyé une lettre exprimant son regret de ne pouvoir arriver. On prépare pour ces fêtes une exposition d'ouvrages littéraires et de livres scientifiques publiés dans l'U. R. S. S. de 1918 à 1925.
Alphonse Aulard 


Page trois - Journal des Débats du mardi 6 septembre 1825

 

Il y a Cent Ans
Journal des Débats
du mardi 6 septembre 1825
Saint-Cloud, 5 septembre.
- Le Roi et Mgr le Dauphin sont partis ce matin pour aller chasser dans les bois de Satory.
- Paris, 5 septembre. - M. le Président du Conseil aime les entreprises colossales et les pas de géant; mais, avec de petits pieds et de petites mains, on n'avance pas et l'on remue peu de chose.
Pour éviter des malheurs possibles, les puissances qui ont des colonies doivent se hâter de les émanciper. On se rappellera peut-être un jour trop tard le conseil que nous osons donner ici aux gouvernements.
BOURSE DE PARIS, du 5 septembre 1825. Cinq pour cent, 102 fr.; 101 fr. 90. Trois pour cent 70 fr. 90; 70 fr. 80.
Joseph de Villèle président du Conseil en 1825


Page trois - Pénétrant, hier matin, dans une chambre de son immeuble, 12, rue Clisson, Mme Vidalong y découvrit un volatile étrange... Un parmi les faits divers relevés par le Journal des débats, sans oublier la météo

Faits divers
Office national météorologique
Les maxima de la veille ont été de 17° à Paris, Strasbourg, 18° Brest, Nantes, Clermont, Argentan, Orléans, 19° Bourges, Besançon, 20° Le Mans, Lyon, 21° Dijon, 22° Bordeaux, 24° Toulouse, 25° Nice, 16° Chartres, Beauvais, Cherbourg, 15° Metz.
Minima de 6° à Paris, Rennes, Bordeaux, Clermont, 9° Lyon, 10° Brest, Toulouse, 11° Cherbourg, 15° Marseille, 16° Perpignan, Nice, 5° Le Mans, 4° Bourges, Strasbourg, Besançon, 3° Dijon, Metz, Nancy, Mulhouse, 2° Beauvais.
Probabilité pour la journée du 6 septembre:
Région parisienne: vent Sud-Ouest faible ou modéré, quelques pluies et temps plus doux à éclaircies et rares ondées.
Même temps régions Nord. Beau et plus doux régions Sud.
Dates critiques, selon la méthode d'Henri de Parville et la Connaissance des temps : 6, 13, 14, 19, 20, 26, 27 septembre.
PARIS ET BANLIEUE
- Tentative de meurtre. L'autre nuit, M. Alexis Thérizols, ancien officier aviateur, chevalier de la Légion d'Honneur, débitant de vins, rue Basfroi, voyait entrer chez lui deux individus de mauvaise réputation, Félix Le Hir et Alexandre Berg, tous deux amnistiés. M. Thérizols refusa de leur servir à boire. L'un deux tenta, alors, de blesser le tenancier, à l'aide d'un couteau. Les deux individus ont été arrêtés.
- Un homme tué dans le bois de Vincennes. Dans un taillis du bois de Vincennes, près de la route de Saint-Louis, des gardes ont découvert le cadavre d'un homme portant sur le côté droit de la tête une blessure faite par une arme à feu. Des papiers trouvés sur le corps ont permis d'identifier le mort: Morias Mariano, Espagnol, maçon, domicilié à Gentilly. Malgré toutes les recherches on n'a pu découvrir l'arme meurtrière, ce qui autorise l'hypothèse du crime. Mariano travaillait dans un chantier du boulevard Raspail; samedi dernier, il s'était fait régler son compte. Certain papiers indiquent qu'il était aller jouer jeudi aux courses de Vincennes. C'est au retour qu'il a dû être assailli dans le bois.
- La faune de Paris. Des ouvriers ont abattu, hier matin, rue Martin-Bernard, un renard qui s'enfuyait. L'animal appartenait à M. Bégré-Maréchal, demeurant 22, rue Martin-Bernard.
- Au commissariat du Palais-Royal, un employé du Métro a apporté un oiseau, un garrulus, qui avait été découvert la veille sur le quai de la ligne Saint-Gervais-Porte de la Villette.
- Pénétrant, hier matin, dans une chambre de son immeuble, 12, rue Clisson, Mme Vidalong y découvrit un volatile étrange. De couleur beige clair, avec des rayures grises tachetées de noir, la queue en éventail, cet oiseau a la tête blanche, le bec crochu et le ventre blanc. Ses ailes mesurent 75 cm d'envergure. Il a été porté à la fourrière.
DEPARTEMENTS
- Le voyage de M. Doriot. On sait que M. Doriot, député communiste, a été l'objet à Oran d'une manifestation hostile. La police dut le prendre sous sa protection. Il est bon de remarquer, à ce sujet, que M. Doriot avait, la veille, adressé à Paris une protestation contre la surveillance dont il est l'objet de la part de la police. Cette surveillance a été, en effet, des plus actives. M. Doriot a quitté Paris, accompagné par un délégué de la Sûreté générale qui l'a suivi à Bordeaux où il a fait mine de s'embarquer, en Lot-et-Garonne, où il a essayé de le dépister; à Marseille, où il a pris passage sur le même paquebot que lui, et en Algérie, où il ne le quitte pas d'une semelle. Cette surveillance, on le voit, a eu son utilité pour M. Doriot lui-même.
- Un jaloux tué par sa femme. Hier matin, le manoeuvre Léopold Meuret, de Cély-en-Bière (Seine-et-Marne), était transporté à l'hôpital de Melun, gravement blessé par deux balles de revolver. Marié avec une femme déjà mère de quatre enfants, et dont il avait eu lui-même un enfant, il s'était séparé d'elle à la suite de violentes scènes de jalousies. Mais, après la séparation, il avait continué de quereller sa femme. Celle-ci se voyant menacée avec une serpe, saisit un revolver et tira sur son mari. On désespère de sauver le blessé. La meurtrière a été écrouée à la maison d'arrêt.
- Accident de montagne. M. l'abbé Champetier, de Paris, qui villégiaturait à Arrens (Hautes-Pyrénées), s'était rendu en excursion au lac Miguelo, situé à 2.000 mètres d'altitude, dans la vallée d'Azun, lorsqu'il fit une chute dans un précipice. Il a été retrouvé au fond du ravin, où il était. La victime avait cessé de vivre.
- Un député communiste conspué. M. Renaud Jean, député communiste du Lot-et- Garonne, qui faisait à Villaudrant (Gironde), une conférence contre la guerre au Maroc a été à diverses reprises interrompu et conspué. Il quitta la salle sous les huées de la grande majorité de l'assistance.
- Statue volée puis retrouvée. Une statue de bronze vert indochinoise, de grande valeur, appartenant à M. Baudoin, résident supérieur au Cambodge, avait disparu dernièrement de la villa de son propriétaire, à Nice. Elle vient d'être retrouvée chez un antiquaire de la ville. Elle avait été volée par un nommé Baptistin Ciochetti, vendue 270 francs à un brocanteur et cédée de nouveau pour 4.000 fr.
- Attentat contre un directeur de manufacture de tabac. Hier matin, au cours d'une tournée de M. Lacraute, directeur de la manufecture des tabacs de Dijon, dans les ateliers, un ouvrier, Joseph Finelli, armé d'un 1evolver, se précipita sur son directeur, et, par deux fois, déchargea son arme sur lui, le blessant légèrement. Finelli, âgé de 35 ans, qui est un bon ouvrier, mais de caractère sombre et réservé, était considéré par ses camarades comme un détraqué. Le mobile de son acte semble dû à un dérangement cérébral.
- Un violent incendie a détruit la tuilérie mécanique de Leforest, près de Carvin (Pas-de-Calais). Cet établissement occupait 600 ouvriers qui sont réduits au chômage. Les dégâts sont évalués à deux millions.
- Déraillement. Hier matin, un train de marchandises allant de Rouen à Longueau a déraillé à la bifurcation des lignes Amiens-Rouen et Amiens-Beauvais. Des wagons ont été démolis et la circulation a été interrompue sur les deux lignes. Il n'y a pas eu d'accident de personne, mais les dégâts matériels sont très importants. Les causes de l'accident ne sont pas encore connues.
- Un médecin victime de la science. Le docteur Bacquelin, médecin radiologiste à Nevers, vient de mourir des suites d'une radio-dermite contractée dans la pratique de son art. Ancien élève de la Faculté de Paris, le docteur Bacquelin était très estimé dans toute la région; il laisse une veuve et six enfants.
- La foudre. Dans le sud tunisien, la foudre a tué un berger et son troupeau composé de 22 brebis et de 38 chèvres.
Les accidents de la route
- A Bournon-de-Saint-Julien, près de Brioude, M. Aristide Peycelon, filleul de M. Aristide Briand et fils de M. Robert Peycelon, directeur des journaux officiels, a été victime d'un accident d'automobile; en voulant sauter de voiture, il tomba si malencontreusement qu'il se fractura l'avant-bras droit.
- Aux environs de Gap, l'automobile de M. Bertrand Ibos, voyageur de commerce, s'est écrasée contre un arbre. M. Ibos a été tué sur le coup.
- Par suite d'une rupture de la direction, l'automobile de M. Henri Jeanrenoud, représentant de commerce, a capoté à Neuilly-lès-Dijon. Le conducteur et un ingénieur suisse, M. Robert Margot, qui l'accompagnait, ont été grièvement blessés. On les a transportés à l'hôpital de Dijon.
- Une collision s'est produite près de Vendôme entre l'automobile de M. Grelet, notaire à Saint-Amand, et celle du général cubain Mathias Betuncourt. Ce dernier, grièvement blessé, a été transporté à l'hôpital de Vendôme.
- A Saint-Briac (Ille-et-Vilaine), M. Robert Watling, fils du chef de la police des Indes anglaises, a été renversé par une automobile. Il. a eu le péroné gauche brisé et la base du crâne fracturée.
- Au passage à niveau de Saint-Chéron, près de Rambouillet, l'automobile de M. Benoist, imprudemment engagée sur la voie ferrée, a été tamponnée par un train de ballast. M. Benoist fut tué. Le garde-barrière est inculpé d'homicide par imprudence.
- Près de Perpignan, entre Llaure et Ponteilla, le motocycliste Etienne Puig a glissé sous sa machine qui l'a traîné et scalpé. Le crâne entièrement mis à nu, M. Puig a été transporté à l'hôpital dans un état alarmant.
- Dans le Biterrois, un camion automobile. transportant des vendangeurs, s'est précipité dans un fossé. Deux des occupants, grièvement blessés, ont été transportés à l'hôpital de Montpellier.
- A Lunas (Hérault), une automobile que pilotait M. Jean Maichtry, 39 ans, voyageur de commerce à Marseille, par suite de la rupture de la direction, alla se briser contre un rocher bordant la route. M. Maichtry a été relevé avec de graves blessures.
- A Montpellier, un enfant de trois ans et demi, Francis Sentenac, a été écrasé par une auto qui se dirigeait vers Castelnau-le-Lez. La mort a été presque instantanée.
A L'INSTRUCTION
- Une affaire d'escroqueries en Alsace. On connaît l'importante affaire de fraudes et d'escroqueries dans laquelle est inculpé l'administrateur délégué de la Boumey, maison d'importation et de vente de viandes frigorifiées, Jacques Meyer, âgé de 31 ans, demeurant à Mulhouse. Il vient d'être arrêté, après-midi, à Antibes. On ne peut encore fixer le chiffre exact des sommes qu'il a détournées, mais elles atteindraient plusieurs millions. Meyer est notamment accusé de fausses traites, de détournements de viandes congelées commandées à la Société Wilson, de Paris, etc. Se voyant pris, l'escroc se disposait à passer en Italie pour gagner, de là, l'Argentine, quand deux inspecteurs de la Sûreté sont venus l'arrêter. Il va être transféré à Mulhouse où il sera traduit devant le tribunal correctionnel pour escroqueries, et ensuite devant la Cour d'assises pour faux et usage de faux.

Henri de Parville 


Page quatre - Série de suicides à Toulouse.

 

Série de suicides à Toulouse.
Depuis le début du mois, plusieurs suicides se sont produits à Toulouse. Le 1er septembre, un jeune homme de 22 ans a tué sa maîtresse, âgée de 17 ans, et s'est jeté volontairement dans la Garonne, quai Daurade. Le 2, un jeune homme de 17 ans s'est tué d'une balle de revolver dans la tempe. Le 3, une jeune fille de 15 ans s'est jetée dans le canal. Enfin, hier, un garçon de magasin, âgé de 17 ans, a tenté de se donner la mort en absorbant un toxique, Son état est grave.

 


Les Annales politiques et littéraires
Page neuf - On s'étonnait, en 1889, de voir Sarasate acquérir un des admirables instruments du luthier de Crémone pour vingt mille francs.

Les Annales politiques et littéraires 1925 09 06 page neuf

Violons d'or
On s'étonne à peine, aujourd'hui, d'apprendre que le violoniste Mistra Eiman n'a point hésité à consacrer un million à l'achat d'un Stradivarius. Un million! La somme est d'importance. Il est vrai que ce violon est doublement précieux, puisque, signé du maître illustre, il a appartenu à Mme Récamier. Stradivarius de son vrai nom Stradivari fabriqua son premier violon à l'âge de vingt-deux ans, exactement en 1666, et le dernier, à quatre-vingt-treize ans. De son vivant, le prix de ses instruments ne dépassa jamais quatre louis d'or. Sur les quelque onze cents ceuvres sorties de ses mains, six cents existent encore, dont cinq cent quarante violons, gloire des musées, orgueil des artistes, et désespoir des luthiers modernes pour qui le secret du génial Italien demeure inviolé... 

L'Orgueilleuse Solitude
Maints pèlerins, fervents de l'auteur des Désenchantées, désiraient aller saluer la dépouille du maître en l'île d'Oléron. Vainement. L'accès de la maison des aïeules leur fut constamment interdit. Ils s'en indignèrent. Pour couper court à leurs réflexions désobligeantes, le secrétaire de Pierre Loti a fait connaître les dispositions testamentaires du défunt. Elles sont très nettes. Pierre Loti lui- même a souhaité que le public ne fût pas admis à visiter sa tombe. Deux grands morts dorment dans nos îles: celui d'Oléron, celui du Grand-Bé. Qui des deux est le plus modeste? Ou le plus magnifiquement orgueilleux?L'Orgueilleuse Solitude
Maints pèlerins, fervents de l'auteur des Désenchantées, désiraient aller saluer la dépouille du maître en l'île d'Oléron. Vainement. L'accès de la maison des aïeules leur fut constamment interdit. Ils s'en indignèrent. Pour couper court à leurs réflexions désobligeantes, le secrétaire de Pierre Loti a fait connaître les dispositions testamentaires du défunt. Elles sont très nettes. Pierre Loti lui- même a souhaité que le public ne fût pas admis à visiter sa tombe. Deux grands morts dorment dans nos îles: celui d'Oléron, celui du Grand-Bé. Qui des deux est le plus modeste? Ou le plus magnifiquement orgueilleux?

Antonio Stradivari 

Mischa Elman 

Plus récemment dans le Figaro : un Stradivarius vendu 23 millions de dollars

Concerto pour violon de Mendelssohn par Mischa Elman

Pierre Loti 

François-René de Chauteaubriand 

Et une petite surprise dans l'édition de La Bignole du 10 septembre 2025

 


L'Oeuvre
Page une - Les attentats à la pudeur se multiplient ces temps-ci. Une vieille demoiselle de soixante-cinq ans en est morte, une gamine de neuf ans va probablement en mourir.

LOeuvre 1925 09 06 Page une 1 

Eros
Les agresseurs sont éclectiques. Quand ce qu'on ne saurait appeler l'amour les embrase, ils ne se connaissent plus. Je ne veux pas prétendre qu'avant l'envahissement des campagnes par des ouvriers venus de tous les bouts du monde notre pays ignorait le geste précipité des satyres; malheureusement l'homme d'où qu'il vienne est la proie du démon de midi. Toutefois, il est bien certain que tant d'émigrés jeunes, pleins de force, dont la fièvre bat les artères, doivent subir des tentations plus fortes que ceux qui sont nés dans le pays, qui comptent fleurette à des promises et qui savent les manières de parler aux filles de chez eux. C'est généralement des errants, des chemineaux, qui se jettent sur les pastourelles, parce qu'ils n'ont pas de foyer, parce qu'ils vont à l'aventure et que, lorsque le vent souffle qui les brûle, ils n'ont ni la force ni la patience d'y résister. Or tous ces ouvriers, venus de tant de contrées diverses, qui travaillent loin des villes, trouvent bien rarement des jouvencelles prêtes à les écouter. Autour des cantines traînent quelquefois de pauvres filles résignées, qui font un bien fichu métier... Par des soirs d'été alanguissants, après un litre bu un peu vite, il semble que la nature soit traversée d'ondes bien dangereuses. Rentrez vos petites filles, bonnes mères Fermez vos portes, braves femmes. Des gars aux coeurs chauds parcourent les chemins, poussés par le dieu mystérieux. Des cerfs brament à la lisière de la forêt, le taureau gratte le sol de son pied exaspéré...
Eros n'est qu'une brute déchaînée... D.


Page deux - On lit dans les journaux : M. Paul Painlevé, président du Conseil, a passé sa journée de dimanche en Seine-et- Oise, chez des amis personnels.

LOeuvre 1925 09 06 Page deux 2

Hors d'Oeuvre
Des amis personnels
Il faut féliciter M. Painlevé, tout d'abord, d'avoir conquis le droit au repos du dimanche, exceptionnel dans les hautes sphères politiques; car les hautes sphères politiques, soumises aux lois de la gravitation universelle comme les autres mondes de l'univers, tournent également le septième jour, et quiconque est ministre ou président de quelque chose doit présider, discourir et inaugurer par contrainte dominicale.
Il faut surtout féliciter M. Paul Painlevé de ce qu'il a des amis personnels.
Un ami personnei n'est pas un pléonasme lorsqu'il s'agit d'hommes politiques. Ce n'est pas toujours un mythe. C'est une rareté très précieuse.
La camaraderie sévit à l'état endémique dans la République des camarades; la camaraderie est le phylloxéra de l'amitié, comme le flirt est le phylloxéra de l'amour. La camaraderie, en politique, ne comporte ni sincérité ni désintéressement; c'est une réciprocité d'indulgences, une association de complicités, une mutualité de tolérances. C'est quelque chose dans le genre de la confraternité des médecins, des avocats et des hommes de lettres: une hostilité affectueuse, une rivalité féroce et souriante... C'est quelque chose dans le genre de la comédie que se donnent les autres cabotins dans les coulisses des théatres: encore les cabots ont-ils une sorte de sincérité momentanée, et c'est seulement après s'être embrassés qu'ils ont envie de se mordre,
Il ne peut y avoir de véritable amitié entre deux hommes exerçant la même profession et ayant les mêmes intérêts, les mêmes ambitions. Car alors les deux amis sont constamment obligés de se mentir; et le mensonge, qui est l'essence même de l'amour, est incompatible avec l'amitié,
On ne choisit pas ses amis, quoi que prétendent les psychologues. Un choix est une manière de calcul. Or la sympathie est instinctive, et l'amitié est une sympathie qui est durable..
L'amitié ne repose pas sur une communauté d'idées; deux amis peuvent avoir des idées fort différentes sur toutes choses de même deux êtres qui ne peuvent pas se souffrir peuvent avoir d'exactes coincidences de jugement.
L'amitié repose sur un synchronisme de sentiments; on a de l'affection pour un ami parce qu'il a les mêmes réactions sous les mêmes souffrances, parce qu'il est bête de la même manière sous le coup des mêmes indignations, des mêmes enthousiasmes, des mêmes attendrissements. Avec de bons camarades, ce qui est ennuyeux, c'est qu'on est obligé d'être aimable, gai, obligeant, attentif.
Avec un ami, ce qui est bien agréable, c'est qu'on peut se montrer impunément désagréable, cafardeur, taciturne. C'est une preuve d'amitié qu'on donne ainsi à ses amis en se montrant tel qu'on est à tout moment, sans l'hypocrisie d'un masque..
Et, pour peu qu'on ait quelque délicatesse de sentiment, on doit emprunter de l'argent à un camarade pauvre plutôt qu'à un ami riche. Car le plus petit soupçon d'une intention intéressée salit l'amitié comme il gâche l'amour.
C'est pour ça qu'il est très gênant d'avoir des amis trop riches. Quand on a des amis riches, on est privé de les voir souvent; on évite de les rechercher; on a l'air de se faire prier... Autrement, on aurait l'air de vouloir profiter de leur richesse.
Les hommes trop riches, de leur côté, sont bien malheureux, parce qu'ils ne savent jamais à quoi s'en tenir sur la sincérité de leurs amis. Il en est de même, à plus forte raison, des hommes puissants ou influents, dont on ne s'approche que pour leur demander quelque chose... Ils savent que, s'ils ont de véritables amis, ceux-ci se tiennent à l'écart tant que l'ami puissant est au pouvoir.
Il était une fois un Hébreu très riche et très pieux, qu'on appelait le saint homme Job...
Ne parlez pas pour l'instant des «amis personnels» de M. Paul Painlevé. Occupez-vous plutôt à compter les «amis personnels» de M. Georges Clemenceau.

G. de la Fouchardière.

 


Le Figaro
 Page une - Ce fut à Genève, il y a bon nombre d'années, tout au début de ce siècle, que je pris connaissance chez un vieil ami, bibliophile et artiste qui m'avait ouvert son cabinet de curiosités, d'une très énergique lettre de Maupassant, caractérisant tout particulièrement l'esprit passionné d'indépendance du maître écrivain

Le Figaro littéraire 1925 09 06 article : lesprit dindépendance de Guy de Maupassant

Le Figaro littéraire 1925 09 06 page une

L'esprit d'indépendance de Guy de Maupassant
Ce fut à Genève, il y a bon nombre d'années, tout au début de ce siècle, que je pris connaissance chez un vieil ami, bibliophile et artiste qui m'avait ouvert son cabinet de curiosités, d'une très énergique lettre de Maupassant, caractérisant tout particulièrement l'esprit passionné d'indépendance du maître écrivain, dont la gloire subit actuellement une éclipse fort injustifiée, mais assurément peu durable, car, à l'étranger, la célébrité du maître conteur est demeurée intangible.
Cette lettre, autographe de quatre pages, se trouvait jointe à un exemplaire d'une des œuvres de l'admirable conteur, richement enclose sous une reliure à mosaïques polychromes d'un goût oriental incomparable. La belle écriture, nette, courante, penchée à l'anglaise, de l'auteur d'Une Vie, s'y comprime pour ne pas dépasser les quatre rectangles du vergé d'Angoulême où il devait s'être promis de se limiter. Datée d'octobre 1876, et écrite, comme la plupart de ses correspondances d'alors, sur papier format commercial à en-tête du Ministère de la Marine et des Colonies, dont était alors fonctionnaire le futur auteur de la Vie Errante, cette épître était adressée à l'un de nos confrères qui, avec un égal bonheur, fut poète, romancier, auteur dramatique, critique et journaliste de talent. J'ai nommé Catulle Mendès.
Guy de Maupassant, sollicité par son ancien dans les lettres de devenir franc-maçon, donne à son refus de s'enrégimenter dans la grande Confrérie, des raisons qui indiquent (à peine avait-il alors 25 ans) un profond dédain des coteries, une volonté d'indépendance que la vie ne fit que consolider en son âme altière, toujours prompte à s'évader des groupes pour retrouver cette solitude sacrée qui est souvent la sauvegarde de la médiocrité et l'inspiratrice des plus nobles pensées.
Cet écrit juvénile de Maupassant, trouvé déjà jaunissant dans les feuillets d'un de ses livres, vaut d'être publié en partie, non pas que le style s'y soit par coquetterie évertué à la toilette des pensées, mais parce qu'un clair et décisif esprit d'homme vraiment amoureux d'indépendance s'y manifeste et s'y affirme avec une fougue instinctive vraiment rare et supérieure.
Voici, écrit Maupassant, les raisons qui me font renoncer à devenir franc-maçon :
1° Du moment qu'on entre dans une société quelconque, surtout dans une de celles qui ont des prétentions, bien inoffensives du reste, à être sociétés secrètes, on est astreint à certaines règles, on promet certaines choses, on se met un joug sur le cou, et, quelque léger qu'il soit, c'est désagréable. J'aime mieux payer mon bottier qu'être son égal, 2° Si la chose était sue, et elle le serait fatalement car il ne me conviendrait pas d'entrer dans une réunion d'honnêtes gens pour m'en cacher comme d'une chose honteuse, je me trouverais, d'un seul coup, à peu près mis à l'index par la plus grande partie de ma famille, ce qui serait au moins fort inutile, si ce n'était, en outre, fort préjudiciable à mes intérêts. Par égoïsrne, méchanceté ou éclectisme, je veux n'être jamais lié à aucun parti politique, quel qu'il soit, à aucune religion, à aucune secte, à aucune école; ne jamais entrer dans aucune association professant certaines doctrines, ne m'incliner devant aucun dogme, devant aucune prime et aucun principe, et cela uniquement pour conserver le droit d'en dire du mal. Je veux qu'il me soit permis d'attaquer tous les bons Dieux, et bataillons carrés, sans qu'on puisse me reprocher d'avoir encensé les uns ou manié la pique dans les autres, ce qui me donne également le droit de me battre pour tous mes amis, quel que soit le drapeau qui les couvre.
Vous me direz que c'est prévoir bien loin, mais j'ai peur de la plus petite chaîne, qu'elle vienne d'une idée ou d'une femme.
Les fils se transforment tout doucement en câbles, et un jour qu'on se croit encore libre, on veut dire ou faire certaines choses ou passer la nuit dehors, et on s'aperçoit qu'on ne le peut plus. J'ai peur de vous traître prêcheur en cette énumération de causes et de motifs. Tout cela a l'air plus sérieux que ça ne l'est, soyez-en persuadé. Et puis... j'ai gardé la bonne raison pour la dernière, et la voici :
Je ne suis pas encore assez grave et assez maître de moi pour m'engager à faire sans rire un signe maçonnique à un frère il (voire à mon garçon de restaurant) l'est et me l'a dit (ou même à mon vé- nérable) et ma gaieté d'augure pourrait m'attirer des vengeances, peut-être me faire «sabler» par le marchand d'anguilles qui passe rue Clauzel où j'habite. Surtout, conclut l'écrivain de Notre Coeur, ne vous fâchez pas contre moi. Je vous ai dit oui trop vite, l'autre soir, devant une consommation que vous m'offriez !!!... Mais, plutôt que de vous blesser en quelque chose, je serais prêt à me faire maçon, mormon, mahométan, mathématicien, matérialiste en littérature, ou même admirateur de Rome vaincue.
A la lecture de cette lettre où l'esprit lu cher Maupassant que je fréquentai, connus et prisais si fort à ses débuts, revit par le scintillement de sa facette l'homme libre, il me vint une réminiscence du rieux Montaigne, qui certes, eût dédaigné également d'être franc-maçon. La Voici :
« Celui qui va en la presse, il faut qu'il gauchisse, qu'il serre ses coudes. qu'il recule ou qu'il avance, voire qu'il quitte le droit chemin selon ce qu'il y rencontre, qu'il vive non tant selon soy que selon autruy, non selon ce qu'il se propose, mais selon ce qu'on lui propose, selon le temps, selon les hommes, selon les affaires.
Montaigne est plus synthétique, sa pensée est la même.
On ne manquera pas de nous citer parmi les maçons célèbres des philosophes et même des contempteurs d'humanité : Condorcet, Voltaire, de Humbolt, Chamfort, Helvétius, des manieurs d'hommes et d'idées tels que Frédéric le Grand, Napoléon, Siéyès, Hoche, Lavater; des poètes même comme Henri Heine. Cependant, dans l'extraordinaire variété d'éléments parmi lesquels se recrute la franc-maçonnerie depuis plus de deux siècles qu'elle s'enracine en France, il serait aisé de démontrer par quelles médiocres raisons ambitieuses ceux qu'on s'étonne d'y rencontrer y furent conduits et aussi de dénombrer les personnalités purement intellectuelles qui s'en écartèrent avec le sentiment qu'en s'assimilant à une société plus ou moins secrète, elles feraient abandon à la masse de la majeure partie de leur individualité, sans que cette abnégation de soi-même puisse profiter réellement aux principes humanitaires dont on enfle le programme.
« Ce qui dégoûte les grands esprits des sociétés, écrivait Schopenhauer, c'est l'égalité des droits et des prétentions qui en dérivent, en regard de l'inégalité des facultés et des productions sociales des autres, Peu de sociétés, poursuit le philosophe de Francfort, peuvent apprécier les mérites intellectuels qui y apparaissent comme de la contrebande. De plus, chacune d'elle ose le devoir de témoigner une patience sans bornes pour toute sottise, folie, absurdité ou stupidité, et les mérites personnels, loin de s'y imposer, y sont tenus de mendier leur pardon ou de se dissimuler, car toute supériorité morale, sans aucun concours de la volonté, blesse par sa seule existence.
Dans cette contemporaine cohue des lettres et des arts ou les faibles tyrannisent les forts, ou les défaillants s'accrochent aux robustes sans préoccupation de ne les pas étouffer, Guy de Maupassant demeura toujours l'être le plus détaché des pusillanimes ambitions, le plus intensément soucieux d'assurer l'indépendance de ses actes, de ses mouvements, de son atmosphère respirable. Il voulut marcher seul, déclara toujours vouloir répudier le ruban rouge, considéré par lui comme joujou d'écolier; il fut hostile au mariage, dédaigneux des Académies, originalement insociable, imperméable à ces honneurs qui, disait ironiquement son maître, Flaubert, ne conviennent qu'aux modestes, assez humbles d'esprit pour se croire honorés d'une distinction quelconque provenant d'un gouvernement démocratique ou d'un groupe aristocratique. Il fut donc en cela, par sa vie même, un exemple d'homme de lettres digne de toutes les admirations et de tous les respects. Aussi le monde qui essaie de subir les bonheurs qu'il ne partage pas, et d'envahir les retraites où s'isolent ceux en qui la conscience humaine représente une entière unité, le monde qui ne peut comprendre qu'on ne se mêle pas à son tourbillon vide, aurait certes fait grise mine au grand romancier, constant franc fileur sur le Bel Ami si l'extériorité du maître ne lui était apparue s'être un moment familiarisée avec le snobisme de son temps, et si le destin cruel ne lui avait réservé un lent et atroce supplice d'agonisant susceptible d'en imposer à toutes les inconscientes rancunes des collectivités qu'on néglige.

Octave Uzanne.


 Page deux - Le plus ancien de tous, nous le méconnaissions d'Homère lui-même, du géant dressé sur cette ligne idéale qui partage l'histoire des hommes et leur préhistoire, nous nous formions une image où les préjugés de trente siècles s'étaient tous reflétés</strong

Le Figaro littéraire 1925 09 06 article 02 lOdyssée traduction Victor Bérard 2

Le Figaro littéraire 1925 09 06 page deux

HOMERE ?.... «AH ! MISERE !»
Le plus ancien de tous, nous le méconnaissions d'Homère lui-même, du géant dressé sur cette ligne idéale qui partage l'histoire des hommes et leur préhistoire, nous nous formions une image où les préjugés de trente siècles s'étaient tous reflétés; en lui nous vénérions à la fois un inspiré, un savant, une sorte de prophète antique, demi-dieu imprégné du mystère des choses; à quel point nous nous abusions, M. Victor Bérard vient de nous le démontrer en publiant enfin, dans la collection maintenant fameuse de la Société « Belles-Lettres », la traduction de l'Odyssée, à laquelle il travaillait depuis plus de trente ans. Les mérites de cette traduction exactitude en même temps psychologique et littérale, verve, vie, pittoresque, et même une pointe de bonne humeur que nul encore n'avait aussi nettement discernée dans le texte séculaire M. Albert Thbaudet les met joliment en lumière dans la Nouvelle Revue Française. Nous avions, explique-t-il, autant d'Homère en France que de traductions d'Homère: or, on en comptait deux principales:
L'Homère de Mme Dacier reste un ci-devant qui n'est point revenu de l'émigration, et celui de Leconte de Lisle a sa place au Jardin d'Acclimatation.
Le nouveau, celui que M. Victor Bérard vient d'arracher aux bandelettes d'une tradition maladroite, en quel lieu le placer? En plein centre de la cité moderne, sur un tréteau de théâtre ; car en ce demi-dieu qui intimida nos enfances écolières, M. Victor Bérard montre avec raison un homme de lettres astucieux et un auteur dramatique débordant de roueries; le moins gourmé, surtout, des écrivains ; tout au contraire, un observateur des moeurs aristocratiques et populaires, attentif à les peindre en un langage vivant. En conséquence, M. Victor Bérard a traduit l'Odyssée en renonçant aux fausses élégances de la rhétorique pseudo-classique ; et il l'a traduite en une prose rythmée où les vers blancs de douze syllables, rompus çà et là par des dissonances recherchées, imitent le large déroulement des hexamètres grecs. Lire cette nouvelle version du vieux texte, c'est un régal pour ceux qui peuvent sans cesse la comparer à l'original:
Pour goûter ce vers blanc, il faut avoir surmonté certaines habitudes, certains préjugés de l'oreille française et je crois pouvoir assurer qu'on ne les surmonte entièrement qu'au contact de l'hexamètre grec, et à condition de se reporter à lui, en un mouvement alternatif qui n'est pas sans charme. Athéna, la déesse aux yeux pers, leur envoya la brise, un droit Zéphir chantant sur les vagues vineuses, perd la moitié de son prix, ne donne, en français isolé, qu'une versification élégante et molle, si on n'y admire pas la réussite de la transposition.

 


Paris-Soir
 Page deux - Décidément, M. Joseph Caillaux est mieux qu'un grand financier, c'est une manière d'alchimiste! N'annonce-t-on pas qu'il vient de découvrir une nouvelle matière imposable !

 Paris soir 1925 09 06 article : les biens oisifs

Paris soir 1925 09 06 Page une 

Araignées du soir
Biens oisifs
Décidément, M. Joseph Caillaux est mieux qu'un grand financier, c'est une manière d'alchimiste! S'il n'a pas encore réussi le grand œuvre de transmutation qui permettrait de changer en or tous nos francs-papier, son génie inventif n'en est pas moins venu à bout d'une entreprise tout aussi ardue. N'annonce-t-on pas qu'il vient de découvrir une nouvelle matière imposable !... Le nouveau corps a reçu de son inventeur le nom de biens oisifs; sous ce terme, il faut comprendre l'ensemble des valeurs mobilières improductives, c'est-à-dire de celles que leurs possesseurs ont amassées par pur désintéressement, sans espérer en tirer jamais un revenu quelconque, par exemple les bijoux, les objets d'art, les collections et, je pense aussi, les liasses de billets de banque entassées dans un bas de laine.
Loin de moi l'idée de chercher une dangereuse querelle à M. Caillaux qui l'aurait vraiment trop belle pour me repincer au tournant. Notre argentier a raison de prendre l'argent où il se trouve, que ce soit dans l'écrin des belles madames, dans l'album des philatélistes ou dans les casiers des numismates. Si donc j'avais une critique à formuler, elle viserait uniquement l'appellation péjorative donnée aux objets improductifs. A mon avis, l'expression « biens oisifs » est malheureuse en ce qu'elle peut faire naître ou entretenir une fâcheuse équivoque. En réalité, tous les biens sont oisifs. Dire que des capitaux travaillent, c'est abuser des mots, prétendre qu'il faut les rémunérer, c'est abuser de la crédulité humaine. Les capitaux ne travaillent pas, par le jeu des intérêts, ils prélèvent au profit de leur maitre, une dime sur le travail d'autrui. C'est pourquoi, entre les différentes formes de la richesse acquise, la sympathie publique devrait aller de préférence à ces biens réputés oisifs qui, s'ils ne fichent rien, ne se font servir de rentes par personne.

Bernard GERVAISE.


 Page deux - Ce matin, en m'en allant sur les routes pour m'y consacrer à ma promenade matinale, je me suis mis, jarrets tendus, torse bombé, tête droite, à marcher sur mes « avant-pieds » pendant près d'un quart d'heure, comme le recommandent nos augures scientifiques.

DU POINT DE VUE DE SIRIUS
On nous fait marcher
Ce matin, en m'en allant sur les routes pour m'y consacrer à ma promenade matinale, je me suis mis, jarrets tendus, torse bombé, tête droite, à marcher sur mes « avant-pieds » pendant près d'un quart d'heure, comme le recommandent nos augures scientifiques. J'ai compté, en une minute, cent trente-deux pas, deux de plus, je crois, qu'il n'est prescrit. Puis je suis rentré chez moi, légèrement courbaturé, pas mal éreinté.
Je recommencerai demain. Je veux voir où me mènera cette balade sur mes extrémités. J'estime, néanmoins, qu'on aurait tort de nous faire trop marcher.
Il n'est pas mauvais de pratiquer un peu certains sports. Il est très possible que certaines façons de manoeuvrer ses pattes aboutissent à régulariser notre harmonie anatomique. Toutefois, cette marche sur les avant-pieds me laisse perplexe.
J'ai connu un excellent garçon qui sacrifiait toutes ses matinées à une gymnastique très compliquée. Il se plaçait devant son armoire à glace, nu comme un ver et faisait exécuter à ses bras, à ses jambes, à son torse, les mouvements les plus divers et, affirmait-il, les plus rythmiques. Il paraît que cette gesticulation entretenait chez lui force et souplesse de jeunesse. Moi, je veux bien. Mais l'excellent garçon n'en a pas moins pris du ventre et se plaint de sourdes douleurs dans les genoux.
Un autre excellent garçon se glissait dans sa baignoire, s'oignait les orteils déjà agrémentés d'oignons, d'une huile rare, puis, pendant près d'une heure, d'un pouce habile, assouplissait ses doigts de pied. Après quoi, il passait aux poignets. C'était, expliquait-il, pour les articulations.
Il est évident qu'il n'y a que la foi qui sauve et mieux vaut culture physique que purges et médicaments. Mais la culture physique touche de très près à la culture des poires.
Toute cette gymnastique plus ou moins scandinave, toute cette désarticulation savante, tous ces mouvements qui doivent contribuer à notre développement musculaire, thoracique et, par voie de conséquence, cérébral (mens sana... etc.) sont d'invention récente.
Des générations ont passé qui dédaignaient de se livrer à ces petits jeux et qui ne s'en portaient pas plus mal: De tels exercices en vase clos ne valent pas la bonne barre fixe, le trapèze volant et les parallèles de notre enfance.
Cependant, cette marche sur les avant-pieds risque de devenir dangereuse. Pour peu que cette mode prenne et que le snobisme s'en mêle, vous verrez des savants et des journaux qui voudront encore compliquer les choses. L'un nous enseignera à sauter, alternativement, sur un pied et sur l'autre. Un deuxième nous fera marcher à reculons, le mouvement imprimé par cette marche pouvant fortifier les reins et creuser le ventre. Un troisième estimera, peut-être, qu'il y a intérêt, de temps en temps, à marcher sur les mains.
N'importe ! Marchons, puisqu'on nous conseille de marcher. Marchons, marchons, comme chante Mme Marthe Chenal. Après tout, si ça ne fait pas grand bien, ça ne peut pas faire beaucoup de mal.
Nous avons, d'ailleurs, l'exemple du fameux Ahasvérus. Si le Juif Errant a vécu si vieux, si vieux, c'est qu'il a constamment marché sur les avant-pieds.
Seulement toujours la même marche, ça devient fastidieux. Demain, pendant un bon quart d'heure, je vais marcher sur les talons.

Victor MERIC.

Dans les archives de Louis Vuitton, le nécessaire Milano, conçu en 1925 pour la soprano Marthe Chenal, en photo. 

Marchons, Marchons chanté par Marthe Chenal en 1915

 


06 septembre 1925 

En Afrique du Nord à l'époque de la colonisation : Contingent de combattants recrutés parmi la population indigène.
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DR. MUSULMAN. Octroi de la vie sauve ou amnistie concédée à un ennemi, à une tribu ou à un peuple à la suite de faits insurrectionnels, à l'exclusion d'actes de brigandage. Demander l'aman, accorder l'aman :
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