| L'Œuvre - 20 septembre 1925 |

La viande de cheval atteint des prix prohibitifs
C'est le Conseil Municipal qui l'a voulu
La Ville de Paris a besoin d'argent et par tous les moyens elle cherche à s'en procurer, c'est entendu, mais tout de même il est certaines ressources qu'elle devrait s'interdire. Lors des relèvements récents des droits d'octroi, ce n'est pas sans une certaine stupéfaction que l'on a vu diverses denrées, exemptes jusqu'alors de tout droit, taxées assez sévèrement: tel est le cas pour la viande de cheval.
Depuis quelques années, la consommation de la chair de la plus noble conquête de l'homme a augmenté dans de considérables proportions. Et cela pour deux raisons, c'est que les médecins lui ont reconnu des qualités nutritives qui la rendent précieuse pour les malades et que, d'autre part, elle était à un prix abordsble pour les bourses modestes.
Les conseillers municipaux, en leur souveraine inconscience, ont décidé de pousser à l'augmentation de cette denrée qu'ils ne consomment pas et qui, par conséquent, ne les intéresse pas. Ils n'ont pas regardé qui la consommait, mais seulement combien de kilos en étaient vendus et se sont dit: «Bonne affaire, voici quelques centaines de mille francs facilement trouvés.» Et, sans plus réfléchir, ils ont décidé que la viande de cheval, pour laquelle jusqu'alors aucune taxe n'était perçue, serait désormais imposée de 0 fr. 25 par kilo. Nul n'ignore, hélas ! les cascades que font subir tous les intermédiaires aux moindres impôts qui les touchent. Une taxe de 0 fr. 25 par kilo perçue à l'abattoir se traduit par une augmentation d'un franc ou d'un franc cinquante chez les détaillants. L'administration de l'octroi en doutait tellement peu que, dans son projet d'augmentation des tariis, il n'était pas question de la viande de cheval, qu'elle considérait, étant donné les personnes par qui elle est consommée, comme devant continuer à échapper à toute taxe. Mais les conseillers municipaux veillaient et, pour bien prouver qu'ils avaient pris soigneusement connaissance des propositions administratives, ils demandèrent pourquoi la viande de cheval n'était pas taxée «Parce que c'est une nourriture à peu près exclusivement réservée aux malades et aux bourses modestes», leur fut-il répondu.
«Qu'importe objectèrent-ils, des municipalités communistes du département de la Seine n'hésitent pas à la taxer. pourquoi la Ville de Paris serait-elle plus soucieuse de décharger les humbles ?»
Et c'est en vertu de ce raisonnement assez spécieux que la majorité de droite de la commission imposa à l'administration une taxation de 0 fr. 25 par kilo de viande de cheval. Ceux qui la consomment ne sont pas les clients ou les électeurs des membres réactionnaires de la majorité, ils peuvent donc crier et protester, ces mes sieurs s'en moquent.
HENRY MONTAZEL,
| Aujourd'hui la Ville de Paris investit dans 23 logements sociaux |
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