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Excelsior 02 novembre 1924


Excelsior Seznec : Des fouilles dans le jardin de M. Christofleau

QUIMPER, 1er novembre.
Le procureur de la République de Rambouillet a fait procéder. ce matin, par la gendarmerie, à des fouilles dans le jardin de M. Christofleau, à Saint-Léger-les-Yvelines. Ces recherches n'ont donné aucun résultat. Il est probable que la lettre anonyme adressée au président des assises de Quimper était l'œuvre d'un voisin de M. Christofleau, désirant se venger de ce dernier. Le président annonce, dès le début de cette douzième audience, ces résultats négatifs. Il a, d'ailleurs, reçu un grand nombre de lettres et il n'a pas caché que chaque courrier lui en apportait tout un stock; il donne communication de quelques- unes d'entre elles. Ni l'accusation, ni la défense ne semblent y attacher d'importance. Puis, on reprend le défilé des témoins.

Ce sont des témoins de seconde et de troisième main qui viennent à la barre. Ils parlent sur la présence de Seznec au Havre, le 13 juin. L'un vient conter au milieu des rires qu'il avait eu une conversation avec une débitante de tabac du Havre, Mme Bastard. Cette dame qui avait lu les journaux relatifs au cas Seznec, aurait aperçu ce dernier au Havre le 13 juin. Elle en était sûre. Elle donnait sur Seznec des renseignements précis.
Me Kahn demande avec quelque ironie si l'on va faire défiler ici un échantillon des lecteurs des différents journaux. (Rires.)
Mme Brébant, du Havre, se plaint qu'on ait mal interprété ses paroles. Elle n'a pas vu M. Quémeneur au Havre. Elle le connaît cependant. Mais elle n'a pas vu M. Seznec dans cette ville. On la confronte avec M. Georges Marie qui maintient ses premières déclarations. Chacun des deux témoins reste sur ses positions.

La valise
M. Dumontel, employé à la gare du Havre, a trouvé la fameuse valise jaune. Il a vu un voyageur de vingt à vingt-cinq ans couché sur la banquette. Ce n'était pas Seznec. Un second, Pierre Achille, dépose dans le même sens. Un troisième cheminot, M. Eugène Le Roy, a remarqué, lui aussi, un individu près de la valise. Cet individu s'est d'abord servi de celle-ci comme d'un oreiller, puis il l'a ouverte et, enfin, l'a repoussée du pied. J'ai eu l'impression, dit le témoin, que cet individu essayait de fouiller dans une valise qui ne lui appartenait pas.

La journée du 20 juin
Mais voici M. Le Bars, huissier à Morlaix, qui dépose. Avec lui, nous revenons à la journée du 20 juin. Ce jour-là, il se rendait à la scierie de Traon-Ar-Velin pour signifier un acte, lorsqu'il croisa un ingénieur, M. Testeven, qui en revenait et qui lui dit : « Seznec n'est pas à Traon, il est à Brest. »
M. Testeven confirme la déposition précédente. Puis on entend un deuxième huissier de Morlaix, qui instrumenta contre Seznec.

Une voisine d'Angèle Lebigou, Mme Le Flohic, vient ensuite déclarer que, le 20 juin, dans la soirée, Angèle Lebigou lui a dit : « Ma patronne est couchée depuis deux heures et M. Seznec est en voyage. » A ces mots, Angèle Lebigou crie de sa place: C'est des mensonges!
— Comme vous êtes pressée, mademoiselle, dit le président. Vous viendrez à la barre, soyez tranquille.
Elle y vient, en effet, suivie de Mme Seznec, et c'est à laquelle des deux, de la maîtresse ou de la servante, tombera sur l'infortunée Mme Le Flohic à coups d'épithètes désobligeantes.
Et Angèle, toujours plus furieuse, lance au président :
— Vous n'avez que de faux témoins avec vous.
Pour le coup l'assistance trouve qu'Angèle va un peu fort. Elle manifeste contre elle et contre Mme Seznec. On crie, on siffle. L'avocat général est obligé de menacer les perturbateurs de les condamner séance tenante.
— Alors il n'y a que vous qui disiez la vérité, reprend le président.
— Oui, monsieur, et les autres témoins ne vous disent pas la vérité.

L'audience est suspendue à 15 h. 15. A la reprise, on entend M. de Jaegher, courtier à Morlaix, qui devait, croyait-on, faire des déclarations sensationnelles et qui, en réalité, n'a eu que des conversations sans grand intérêt avec Seznec, qu'il fréquentait depuis longtemps.
M. Begnet, commis des postes à Paris, à qui un inconnu a réclamé, au bureau de poste du boulevard Malesherbes, le pli recommandé contenant le chèque, ne reconnaît pas Seznec.
— Cet inconnu n'ayant pas autrement insisté, je n'ai guère eu le temps de le dévisager.

La valeur de la maison de Traorez
Est-il vraisemblable que M. Quémeneur ait pu vendre au prix de 100,000 francs la propriété de Troanez? Plusieurs témoins affirment que le conseiller général leur en avait demandé un prix plus élevé et qu'il avait même refusé une offre d'achat à 120,000 francs dans les premiers jours de mai.

A la recherche de faux témoins

Pouliquen, trois fois Breton, par le nom, l'accent et le costume, ancien codétenu de Seznec, a reçu de ce dernier l'offre de lui procurer de faux témoins, Il s'agissait de prouver que Seznec était à Brest le 13 juin; Seznec était disposé à donner. 5,000 francs à chacun des témoins qu'on aurait pu trouver, et Pouliquen aurait reçu une somme égale pour sa rémunération,
Seznec oppose un démenti au témoin. Pouliquen a l'attitude d'un homme gêné qui joue un rôle affligeant. Il ne se cabre pas sous le démenti, mais il maintient sa déposition avec fermeté.
M. Maingour, de Landivisiau, rapporte que le chauffeur Samson à demandé à sa belle-fille de déclarer que Seznec était à Brest le 13 juin. De sa place, sans se lever, M. Samson crie: — C'est faux!
Mais le témoin, puis sa femme, confirment cette déposition avec des précisions telles que M. Samson ne proteste plus. C'est le président qui l'invite à une confrontation qu'il ne songeait plus à réclamer.
— Est-ce que Mme Maingour ment? demande le président.
— Non, répond Samson, mais elle confond.
— Je vous ai appelé ici pour une confrontation sérieuse et non pour des farces. Répondez nettement avez-vous fait auprès du témoin la démarche qu'il rapporte?
Le joyeux chauffeur ne gouaille plus. D'un ton sec, qui n'est pas sans insolence, il répond: « Non », fait une pirouette rapide et regagne sa place dans l'auditoire.

Rospars, qui décline la profession de coiffeur, est cet ancien détenu de la prison de Quimper à qui Seznec avait remis le 21 octobre les fameux reçus et une lettre pour sa femme. Il déclara que l'accusé lui avait promis que sa femme lui donnerait trois à quatre cents francs à titre d'acompte. Il devait recevoir 3,000 francs si l'affaire réussissait. Et Rospars d'ajouter cyniquement:
— Je n'ai eu que 25 francs, mais j'aurais informé la police même si j'avais reçu l'acompte promis.
Seznec soutient que Rospars lui a offert de lui procurer les témoins et qu'il a cédé à sa suggestion.

— La preuve du contraire, riposte Rospars, c'est que je ne connais aucune des deux personnes auxquelles il s'agissait de faire signer les reçus.

Ceux qui ont vu M. Quémeneur depuis sa disparition
Un mouvement d'attention lorsque l'huissier audiencier appelle M. Lajat, imprimeur à Morlaix. M. Lajat aurait aperçu M. Quémeneur le 30 mai, à midi, au café de Versailles, à la gare Montparnasse, à Paris.

— J'ai vu Quémeneur, dit-il, je l'ai reconnu. Je ne tenais pas à lui parler pour des raisons personnelles. Je l'ai vu d'abord de face, puis de trois-quarts. J'en suis sûr autant qu'on peut être sûr d'une chose pareille, ajoute le témoin, surtout quand on n'a pas parlé à la personne que l'on a reconnue.

M. Mauviel, un habitant de Morlaix, a reçu les confidences de M. Lajat, qui lui a fait part de ses inquiétudes et de ses angoisses en ce qui concerne sa rencontre du 30 mai. On sait que M. Lajat craignait d'avoir eu la berlue. Il raconta cette rencontre à un abbé, directeur de l'école libre de Morlaix, M. Jean-Marie Prigent, et à un cultivateur de Cliguant, M. Francois-Marie Bleas. Ceux-ci répètent à leur tour la conversation qu'ils ont eue avec M. Lajat.
Voici encore un témoin qui a vu M. Quémeneur. C'était le 27 mai, déjeunant dans un restaurant parisien, M. Lebert, employé de chemins de fer à Dusseldorf, aperçut M. Quémeneur qui passait.
— Je ne lui ai pas parlé, dit-il, parce que je n'étais pas en tenue correcte.

L'avocat général Guillot ayant eu l'imprudence de prononcer le mot de plaisanterie à propos du témoignage de M. Lebert, Me Kahn se fâche.
— Je ne permettrai pas à l'accusation, dit-il, de déconsidérer systématiquement les témoins favorables à la défense. Ce sont des procédés que je n'admets pas et je proteste. (Mouvement.)

L'avocat général donne lecture d'une lettre signée Nicole, ancien commerçant à Brest, actuellement avenue du Roule, à Neuilly. M. Nicole écrit qu'il s'explique les erreurs de MM. Le Her, Lajat et Lebert, par ce fait qu'il doit exister un sosie de M. Quémeneur à Paris. Il a même allure, même démarche, même visage, même dent en or. L'ensemble est d'une ressemblance frappante. Lui- même fut le jouet de cette ressemblance. N'avait-il pas cru rencontrer M. Quémeneur en allant prendre le métro. Il s'avança, la main tendue. Alors, en face du personnage, il reconnut son erreur. Sur cette lecture, on lève l'audience à 19 heures.

Le cadavre de M. Quémeneur n'est pas à la Queue-les-Yvelines

On sait que, de La Queue-les-Yvelines, une lettre anonyme était parvenue, hier, au président des assises, pour l'avertir que le cadavre de M. Quémeneur pourrait bien être caché dans le jardin d'une propriété cette localité appartenant à M. Christoflou. Le président des assises ordonna aussitôt que des fouilles fussent pratiquées. Il résulte de l'enquête du parquet de Rambouillet que cette lettre est l'œuvre d'un maniaque anonyme, coutumier de dénonciations sans fondement et désireux de se venger de gens très honorables en leur causant quelques ennuis, Fréquemment, le procureur de Rambouillet reçoit du même anonyme des lettres portant des accusations fausses. Le parquet a informé télégraphiquement le président des assises de Quimper.
A La Queue-les-Yvelines, M. Christofleau mène avec sa femme et une secrétaire dévouée une existence de reclus. Membre de la Société des savants et inventeurs, une médaille d'or l'a récompensé d'avoir fait connaître à la France le pétrin mécanique, Il ignore tout de Quémeneur et de Seznec. Ce qu'il connaît bien, c'est la haine que lui ont vouée ses voisins, qui le considèrent comme un suppôt de Satan. Inventeur d'un appareil électro-magnétique qui a pour but de fortifier les végétaux et de remplacer les engrais chimiques, M. Christofleau se voit depuis longtemps l'objet de brimades de la part de certains habitants de la localité. La lettre anonyme au président des assises de Quimper n'est qu'une nouveile manifestation de malveillance.


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