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UN de nos grands reporters, nous avons aussi en France des grands reporters, nous rendant compte des impressions ressenties au cours d'un voyage aux Etats-Unis, notait celle-ci : « Ce qui frappe le plus l'étranger au premier abord, c'est certainement la brusquerie américaine. Brusquerie dans les paroles, dans les gestes, dans la manière d'agir et même de manger et de boire. La politesse est réduite au strict minimum. La meilleure place appartient au premier arrivé; le meilleur morceau au premier servi. C'est fort simple et évite toute discussion... Dans les tramways, dans les trains, au théâtre, partout où il y a foule, tout le monde se bouscule et s'écrase les pieds avec une touchante fraternité ; mais personne ne se plaint ni ne se met en colère. Et notre reporter ajoutait : « Au bout de vingt-quatre heures, l'étranger, heurté, meurtri, abasourdi, après avoir protesté en vain contre cette maudite brusquerie, se met à détester cordialement les Américains... Or, il advient pourtant ce fait bizarre, c'est qu'au bout de six mois, le même étranger raffole de l'Amérique et de ses citoyens, ne jure plus que par eux et, complètement américanisé, oublie la vieille Europe. Pourquoi ? Simplement, parce que la première impression désagréable de brusquerie s'est effacée. Il s'est consolé d'être bousculé ou s'y est habitué. Il éprouve un repos d'esprit à ne plus chercher de formules et, s'il regrette toujours un peu la forme, il se rend compte qu'en revanche le fonds est excellent. » On ne saurait mieux analyser un des caractères intrinsèques de ces hommes pour qui, la vie durant, il s'agit de « faire vite pour gagner de l'argent. Mais, dans ces conditions, on conçoit que ce n'est pas un mince problème, pour les agents de l'autorité, de faire régner l'ordre dans la rue.
Fatalement, la police américaine a dû se calquer sur les défauts et les qualités du peuple à tenir en surveillance. Comme lui, elle est brusque; elle n'hésite pas à recourir aux moyens les plus énergiques et comme, d'autre part, tous les citoyens des Etats-Unis sont férus des inventions modernes, elle fait appel, elle aussi, aux dernières applications pratiques du progrès pour remplir sa tâche difficile entre toutes.
Les journaux de là-bas nous en ont donné, ces jours-ci, un nouvel exemple. Au moindre signe du policeman dans la rue, les autos doivent comme chez nous, d'ailleurs se ranger au bord du trottoir et s'arrêter. Mais il arrive parfois qu'un chauffeur n'obéisse pas à cet ordre et, de bonne foi ou non, poursuive sa route. Dans la vieille Europe, on se contente de prendre au vol le numéro du fugitif et de lui dresser une contravention. Il devra aller s'expliquer devant un tribunal. C'est long, compliqué, hasardeux. Là-bas, on vient d'adopter une méthode plus rapide. Désormais, quand un conducteur d'auto n'obtempérera plus au signal donné, le policeman, au lieu de sortir son carnet et son crayon de sa poche, prendra son browning et, d'une balle bien placée, crèvera un des pneus arrière. Il faudra bien que la voiture s'arrête. Et, comme il est préférable, tout de même, que le tireur, maladroit, n'aille pas blesser un passant, on a créé une école de tir où les policemen de New-York et d'ailleurs viendront s'entraîner, non pas sur une cible immobile, sur un écran où le cinéma fera défiler l'image d'autos lancées à diverses vitesses.
Brusquerie et modernisme ! Ne croyez pas que les Américains puissent être choqués d'un procédé aussi expéditif. Bien au contraire, tous y ont applaudi. Ne sont-ils pas habitués à cette façon de faire ? Que, dans la rue, un passant contrevienne à quelque règlement de police, pas de long procès-verbal, pas de formalités sans nombre ! L'agent déclare au délinquant : « C'est telle somme » L'autre paie et reçoit en échange quittance de la somme, quittance détachée d'un carnet à souche.
Quant aux inventions modernes dont use la police américaine, il n'en est pas qui soit négligée. Pour se transporter d'un point à un autre, les agents se servent d'autos et de motocyclettes. Des avions survolent les villes pour signaler, par T.S.F., tout fait insolite pouvant se produire. Pour arrêter les criminels dangereux, non seulement on n'hésite pas à se servir des armes à feu, mais on emploie couramment les projections de gaz ou de narcotiques. Enfin, pour combattre la contrebande de l'alcool qui, depuis l'institution du régime sec, a pris, peu à peu, des proportions inouïes, une véritable armée a été mise sur pied, une véritable flotte a été mobilisée. Tout navire surpris en mer et refusant de stopper au premier signal est canonné immédiatement. Avouez qu'il faut aller là-bas pour voir l'artillerie au service de la police! Les Américains ont raison d'employer ces moyens radicaux puisqu'ils les jugent nécessaires chez eux et que personne n'y trouve à redire. Pour notre part, souhaitons que, chez nous, on n'ait jamais besoin d'y avoir recours.
Claude FRANCUEIL.
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