| Excelsior 02 novembre 1924 |
|
Les morts abandonnés Avez-vous rencontré parfois dans les rues adjacentes aux hôpitaux, vers les 15 heures, par un maussade après-midi, un pauvre corbillard précédé de deux croque-morts et que nul parent ou ami n'accompagne? Les passants s'arrêtent un instant, suivent le convoi d'un œil attristé, quelques hommes se découvrent machinalement, et c'est le lent cheminement vers le lointain cimetière, tout là-bas, hors des fortifications. L'inconnu traverse Paris au milieu de l'indifférence générale. On a raconté jadis l'odyssée d'un individu qui suivait les enterrements, chaque jour, à la même heure, se dirigeant vers la banlieue nord; mais celui-là était non point un maniaque, mais un intéressé qui prenait place dans une voiture de deuil pour se rendre gratuitement à son domicile situé à proximité de la nécropole. Jamais, on ne le vit suivre un enterrement de pauvre. De nombreuses associations, aux buts les plus divers, existent à Paris. N'y en aurait-il pas une qui, sans imiter le voyageur économe, déléguerait quelques membres aux enterrements des pauvres sans famille et ferait déposer une modeste fleur sur le corbillard? Ce serait œuvre méritoire à laquelle les âmes chari-tables n'ont point encore songé! Et l'on ne verrait plus dans Paris ces lugubres cortèges qui fendent le cœur des plus endurcis. |
![]() |
| Retour - Back 02 novembre 1924 |



