| L'Œuvre 02 novembre 1924 |
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SEZNEC DEVANT LE JURY Quimper, 1er novembre. Est-ce la Toussaint, jour férié ? Est-ce la pluie qui empêche toute promenade ? Il y a une foule inusitée, aujourd'hui, au Palais de Justice. Ce public, sans doute, dès qu'il est dans une salle, se croit au spectacle. Car il manifeste bruyamment, ce qui contraste avec le calme des autres jours, et quelquefois avec indécence. Il rit à grands éclats. Et il siffle aussi. C'est la déposition de Mme Le Flohic qui provoqua le tumulte. Elle ne paraissait pourtant pas devoir amener le moindre incident. Mme Le Flohic avait dit simplement qu'Angèle Labigout lui avait affirmé, le 20 juin, que son patron était en voyage. Mais on vit alors Angèle et Mme Seznec protester avec une surexcitation que l'indignation seule ne suffisait pas à justifier. Cela produisit une assez mauvaise impression. Seznec le sentit le premier, qui fit vers les femmes un geste violent pour leur imposer silence. Et il fallut cet incident pour que Me Le Hire, qui était resté silencieux depuis le début du procès, sortit de son mutisme pour crier : « Chut! » D'ailleurs, cette séance de liquidation des témoins aura plus de pittoresque que d'intérêt. On verra un sourd qui sera obligé de s'accouder sur le bureau du président. Par contre, une dame, qui croit que M. Dollin du Fresnel est dur d'oreille, hurle sa déposition. Et on assiste à une rentrée comique du chauffeur Samson. Il n'est question que de « coups de vin blanc qu'on s'offre. Est-ce pour obtenir des témoignages? L'intérêt se ravive avec l'entrée de M. Lajat. Cet imprimeur de Morlaix, qui a de grosses difficultés avec son lorgnon, lequel refuse de tenir sur son nez, assure avoir rencontré M. Quemeneur le 30 mai, soit quatre jours après la date fixée par la police pour la disparition du conseiller général.
M. LAJAT — J'ai vu cet après-midi-là M. Quemeneur assis, rue de Rennes, à la terrasse du Café de Bretagne. J'affirme, autant qu'on peut affirmer lorsqu'on n'a pas adressé la parole à la personne, que c'était lui. Mais aussitôt l'accusation se dresse pour demander si le témoin n'est pas borgne et myope. M. LAJAT. — Monsieur le président, je pourrais, d'ici, dire comment vous êtes fait. Mais M. Dollin du Fresnel ne paraît pas vouloir se prêter à ce petit examen. Tout aussi formel, mais avec les mêmes réserves d'usage, M. Lebert, cheminot, assure avoir rencontré M. Quemeneur le 27 mai. LE PRÉSIDENT. — Pourquoi ne lui avez-vous pas parlé ? M. LEBERT — Je n'étais pas en tenue correcte: j'étais en militaire. PIERRE BÉNARD |
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