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L'Éclaireur du Dimanche dimanche 21 décembre 1924


  LÉclaireur du dimanche 24 12 21 photo page le charmeur de pigeons

  LÉclaireur du dimanche 24 12 21 le charmeur de pigeons

Le Charmeur de Pigeons

Ils sont bien, comme ceux que vous voyez sur cette photographie, une soixantaine de Pigeons qui viennent, depuis plusieurs années, picorer à mes dépens devant le Casino de Monte-Carlo, et point n'est besoin de sonner la cloche, comme dans les Hôtels, pour les inviter à se mettre à table, car d'aussi loin qu'ils aperçoivent la silhouette de leur bienfaiteur, ils arrivent tous à tire- d'aile au devant de lui, non pas uniquement pour lui témoigner leur sympathie, mais aussi et surtout pour recevoir la ration quotidienne.
C'est M. Panaché - un noir et blanc - qui tient habituellement la tête de la colonne. Et ils sont devenus tellement familiers avec moi qu'ils ne se gênent guère pour s'installer les uns sur mes bras, les autres sur mes épaules et parfois sur mon chapeau: je puis même me permettre d'en prendre quelques- uns dans les mains et de les caresser sans qu'ils s'effarouchent le moins du monde.
Je n'entreprendrai pas de vous rapporter ici tous leurs exploits; ils sont trop nombreux et vous pourriez m'en vouloir d'abuser des colonnes de l'«Éclaireur du Dimanche». Pourtant, je ne puis résister au désir de vous narrer brièvement deux historiettes de date récente et dont je garantis l'authenticité:

Un après-midi du mois d'octobre dernier, l'Harmonie du Casino donnait, sur les Terrasses, l'un de ses excellents concerts au programme duquel figurait en 3 rang, l'œuvre bien connue de Messager, intitulée «Les Deux Pigeons». Les assistants, parmi lesquels je me trouvais, applaudissaient l'exécution du deuxième morceau qui venait d'être terminée, quand, au moment même où le troisième celui de Messager allait commencer, deux de mes pensionnaires ailés qui avaient quitté leurs camarades, vinrent gentiment et doucement s'abattre près de moi et grimpèrent sur mes genoux. Ils ne quittèrent les Terrasses qu'après l'audition achevée.

Cette arrivée de deux pigeons pas un de plus ni de moins - au beau milieu du concert et à l'instant précis où l'orchestre commençait à attaquer «Les Deux Pigeons» parut tellement extraordinaire que certaines personnes se demandèrent si elle était bien due uniquement au hasard. Dans tous les cas, si le hasard n'est pas un mot vide de sens, ainsi que l'a prétendu Voltaire, il faut reconnaître qu'il fait quelquefois bien les choses!

Autre petite anecdote :
Il y a de cela quinze jours à peine, un être stupide ou un fou qui n'en était, d'ailleurs, pas à son coup d'essai, s'était amusé à attacher ensemble les pattes de mon petit favori Benjamin. La pauvre bête éprouvait de grandes difficultés à se traîner, mais comme ses ailes étaient libres, elle était parvenue à voler et à se poser sur mes mains: avec l'aide d'une personne compatissante, j'avais pu lui enlever ses entraves et elle en avait immédiatement profité pour aller rejoindre rejoindre ses compagnons. Mais quelques instants plus tard, elle revenait sur mon bras en me regardant de côté avec son petit œil malin qui semblait dire : «Je suis venue te remercier, car tu as bon cœur.»
Certes, oui, j'ai bon cœur, et si, comme le dit Rollin, les hommes sont, par le cœur, tout ce qu'ils sont, je crois que la famille Panaché, Benjamin, Siki et Cie n'est pas la seule à le constater. Le plaisir de les faire vivre n'est-il pas plus grand que celui de les faire mourir ?

A vous, chers lecteurs, de répondre.

A. GEOFFROY.


Les deux pigeons André Messager Les Deux Pigeons en musiquevignette Capture décran vidéo


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