
DANS CE GRATTE CIEL TRES MODERNE EST INSTALLÉE UNE RÉSIDENCE» EXCLUSIVEMENT RÉSERVÉE AUX HOMMES
Il ne faut pas appeler hôtel cet admirable gratte-ciel. Ce terme évoque quelque chose d'impersonnel, de provisoire, que le Shelton s'est efforcé d'éviter. Cette «résidence» donc, qui s'est ouverte l'année dernière à New-York, dépasse en confort et en grandeur tous les clubs universitaires ou sportifs les plus modernes. Construit sur les plans de l'architecte Arthur Loomis Harmon, qui a lui-même présidé à la décoration intérieure et à la composition du mobilier. le Shelton a cette particularité d'être uniquement voué à l'élément masculin. A coup sûr les dames sont admises dans les salles à manger et les salons du rez-de-chaussée, on a même prévu pour elles, avec sollicitude, un salon de repos. Mais, au delà, c'est le domaine inviolable de l'homme. Le bâtiment lui-mème est l'exemple le plus heureux de cette architecture nouvelle et si spéciale des gratte-ciel aux dimensions cyclopéennes. Ses trente-deux étages restent évidemment bien au-dessous des cinquante-quatre du Woolworth Building, mais ses proportions sont plus harmonieuses, et sa couleur, un admirable ton d'ocre, donne à sa masse imposante une réelle splendeur. On trouve au sous-sol une vaste piscine pour les amateurs de natation, un bain turc avec étuve et salle de massage, des jeux de boule. C'est également dans ces profondeurs que gîtent coiffeurs et pédicures. Et les cuisines? Les cuisines sont par raffinement, au rez-de-chaussée. au niveau de la vaste salle à manger et du grill-room. Il existe d'ailleurs d'autres salles à manger au premier étage, sans préjudice des restaurants placés sur les terrasses des toits. Que pourrait-on imaginer pour augmenter les possibilités de détente d'hommes d'affaires surmenés qui veulent concilier le confort du foyer avec l'indépendance du célibataire dont le Shelton soit dépourvu ? Il offre à ses hôtes non seulement des salons de lecture, mais une bibliothèque très bien montée où l'on choisit, selon son goût, romans modernes ou littérature classique. Il y a des salles de jeux, des salons de bridge, un billard. Pour la culture physique, outre les installations hydrothérapiques du sous-sol. on a réservé, au sommet de l'édifice cette fois. un vaste gymnase et des courts couverts. Est-il besoin d'ajouter que les salles de bain sont innombrables et que les chambres relativement modestes qui n'ont pas de salle de bain particulière ont cependant leur cabinet de toilette avec eau chaude et eau froide ? Si, en dépit de tant de sollicitude, un client tombe malade. il n'aura pas l'ennui de se faire transporter dans une clinique: une infirmerie qui comprend toute une aile du trente et unième étage est installée de manière à lui assurer tous les soins possibles. Il est à noter que les appartements les plus luxueux et les plus prisés se trouvent aux étages supérieurs, au-dessus de la poussière et des bruits de la rue. Au seizième étage, où s'arrêtent les constructions d'angle, certains privilégiés ont un jardin-terrasse particulier. Il en existe un autre très vaste, où tous ont accès, sur le toit de l'aile méridionale. On y accède par le «solarium» très apprécié de gens qui passent la majeure partie de leur temps dans l'ombre funeste des bureaux. La plupart des heureux cénobites qui se sont retirés en cette chartreuse laïque y résident de façon permanente et sont locataires à l'année. Cependant, pour les visiteurs de passage, des chambres sont louées à la semaine, et les prix sont moins élevés qu'on ne pourrait s'y attendre à partir de dix-sept dollars par semaine, on peut habiter la plus modeste des douze cents chambres du Shelton. Il est vrai que l'usage de toutes les commodités raffinées qu'il offre à ses hôtes se paie à part.
|