Frédéric Ebert président du Reich est mort Berlin, 28 février. Le président d'Empire, M. Ebert, est décédé ce matin à 10 h. 45 sans avoir repris connaissance… Mme Ebert et ses enfants, ainsi que. son gendre, le docteur Jenieke, et le secrétaire d’État, docteur Meissner, étaient à son chevet.
Le président Ebert est mort hier matin des suites de l'opération chirurgicale qu'il avait subie ces jours derniers. Les condoléances que le gouvernement français a fait présenter à l'ambassade d'Allemagne ne sont pas que de courtoisie. A coup sûr, nous regrettons la disparition de l'homme qui, à la présidence de la République, incarnait la révolution de 1918 et la Constitution de Weimar qui en était sortie. Sans doute, les républicains allemands nous ont donné plusieurs désillusions. Ils ont inexpérience? veulerie? mal travaillé à consolider une victoire qui leur devrait être définitivement acquise. Nous pouvons, nous, leur en faire le reproche. Le Bloc National, qui ne les a jamais soutenus que de ses brocards et de ses suspicions, est mal fondé, par contre, à proclamer aujourd'hui l'écroulement d'une œuvre dont il a toujours voulu méconnaître la signification. Sans doute, après l'avènement du cabinet impérial Luther-Stresemann, après l'échec, en Prusse, des cabinets Braun et Marx, ce décès est un événement grave. Le président Ebert avait su choisir des hommes comme Wirth, Fehrenbach, Erzberger, Rathenau. Si la République, qu'il avait faite avec Scheidemann, avait été véritablement en danger, Ebert l'eût défendue sans défaillance. Le président du Reich possède des pouvoirs considérables. Il lui est loisible de proclamer l'état de siège, de supprimer les garanties fondamentales inscrites à l'article 48 de la Constitution. Un monarchiste logé en la place pourrait donc préparer aisément une restauration. Or le plébiscite par lequel doit être élu, pour sept ans, à la majorité des voix, un Allemand de trente-cinq ans, qu'il soit petit tailleur, comme Ebert, ou Wittelsbach ou Hohenzollern, peut favoriser, plus que des politiques probes, des personnalités tapageuses. Sans aller jusqu'au kronprinz, on se souvient qu'il avait été sérieusement question d'une candidature Hindenburg, en 1922... Lorsque, à l'élaboration de ia Constitution, les nationalistes firent rejeter la clause d'exclusion frappant les membres des anciennes familles régnantes, ils songeaient, peut-être, à notre Second Empire. Mais, quand il conviendra de désigner un successeur au président Ebert, nous aimons à penser que les démocrates d'outre-Rhin, connaissant le péril, se souviendront des responsabilités qui leur incombent. Voici venue, pour eux, l'heure de s'employer farouchement. Il est trop tôt pour parler des possibles candidatures. On a cité le nom de l'ex- chancelier Marx. Mais ce catholique du Centre aura contre lui c'est à craindre tous les protestants. Il semble qu'on veuille, à Berlin, faire nommer par le Reichstag un président provisoire et remettre l'élection à plus tard. Nous l'attendrons avec impatience. Le peuple allemand nous dira, cette fois, sans ambages, si nous pouvons espérer en lui ou s'il nous faut désespérer. Car il ne peut être question de cultiver ses illusions, mais de se faire, sur le Reich d'aujourd'hui, une opinion parfaitement raisonnable. La consultation populaire nous y aidera. Au moment où Berlin s'apprête à nous proposer des pactes qui n'ajouteraient sans doute rien, pour l'Occident, au traité de Versailles et, peut-être, rendraient plus vulnérable le statut de l'Europe orientale. Il importe de surveiller, sans prévention, mais avec le plus grand soin, intérieures ou extérieures, toutes les manifestations allemandes.
HENRY BARDE.
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