APPRENONS A DESSINER
A. Dumas, voyageant en Suisse, entra un jour dans une auberge avec le désir de manger des champignons. Comme il ignorait la langue du pays, il tenta d'exprimer son envie par gestes, mais ce fut en vain : personne ne comprit ce qu'il voulait dire. Alors, il lui vint une idée. Prenant une feuille de son carnet, il y traça, en s'appliquant, un arc avec sa corde et, au milieu de celle-ci, une droite pour indiquer la tige d'un champignon. Satisfait, il remit son dessin à la servante. Celle-ci le prit, le regarda en riant, puis elle revint, un instant après, avec un parapluie ouvert. A partir de ce moment, le grand romancier regretta toujours de ne pas avoir appris à dessiner. Cette historiette nous revenait à la mémoire en visitant, dimanche matin, le cours de dessin créé par l'Association polytechnique à l'école d'Adamville, rue Carnot. Nous avons vu, là, des jeunes gens et des jeunes filles, sérieux, attentifs, s'appliquant à dessiner correctement les modèles mis à leur disposition. De tous les arts, le dessin est le plus agréable à apprendre, parce que son étude permet d'obtenir des résultats appréciables, assez rapidement, quand on a la chance d'être guidé par un bon professeur. Autrefois, on considérait le dessin à vue comme un art d'agrément. Cette erreur, entretenue pendant trop longtemps, a causé à nos industries d'art un préjudice important. Le dessin est d'une haute utilité dans la formation des jeunes cerveaux. Il développe toutes les qualités intellectuelles : il sollicite l'attention, il éveille la faculté d'observation, il épure le goût, il donne la possibilité de faire un choix entre le beau et le laid. Le sentiment du beau, n'est-ce pas l'ordre, l'harmonie, l'équilibre. Il est indispensable que nos futurs artisans possèdent ce sentiment du beau, afin de concourir efficacement à l'évolution de nos arts appliqués et de soutenir la gloire traditionnelle de nos industries. Aujourd'hui, les nécessités de la vie pratique exigent que tout homme et toute femme sachent dessiner. On peut apprendre à tout âge : il suffit d'en avoir là volonté. Apprendre, n'est-ce pas trouver une nouvelle raison de vivre ? Cela est facile, grâce aux cours gratuits comme ceux de l'Association polytechnique, où de bons professeurs viennent bénévolement mettre leur talent et leur savoir au service de tous. Tâche magnifique, dont nous avons apprécié la grandeur en voyant la sollicitude avec laquelle M. et Mlle Andrée Chameron enseignent le dessin et la composition décorative aux élèves fréquentant le cours de la rue Carnot. M. P. Chameron est connu dans Saint-Maur par toute une génération d'élèves qui l'estiment et l'apprécient. Nous serions injustes en ne rendant pas hommage au talent de Mlle Andrée Chameron, artiste peintre, dont les toiles lumineuses attirent l'attention, en ce moment, au salon des femmes peintres et sculpteur
A. DELHOMME.
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"Le certificat d'études comportait des épreuves de dessin. Pour décharger les
maîtres de cet enseignement, la Ville de Saint Maur payait des professeurs spécialisés :
en dessin, Monsieur Chameron..." (page 46)
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un tableau de Paul Chameron : la Fig. 252. Paul Chameron, Le Lavoir, l’île Fleurie. |
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Andrée Chameron a raccroché sa palette et ses pinceaux, il y a tout juste 40 ans, à l'âge de 90 ans. Ses tableaux sont toujours en vente |