L'Eau Chère
Que diriez-vous, cher lecteur, si votre boulanger voulait vous vendre le pain 2 francs le kilo ? Je présume que vous lui répondriez : «Pourquoi 2 francs, puisque les autres boulangers du département vendent ce même pain I fr. 50 le kilo?» Et si votre boulanger, pour justifier son prix, vous déclarait : - Je vais vous expliquer, mon cher client, les boulangers de Saint-Maur ont pris l'initiative de vous faire payer 2 francs le kilo de pain jusqu'en 1937; mais, en 1938, ils s'engagent à vous le vendre à 0 fr. 75 le kilo. Je présume encore que vous lui répondriez : En 1938, vous ou moi, nous serons peut-être morts, et, en attendant, j'aurai payé 2 fr. le pain vendu à tous les banlieusards 1 fr. 50 le kilo. Ce qui m'intéresse, en ce temps de vie chère, c'est le prix pratiqué aujourd'hui, et non celui prévu pour 1938. La réponse que vous feriez à votre boulanger pour le prix du pain, ne pensez-vous pas que vous devriez l'opposer à M. Marin, maire de Saint-Maur, qui, d'accord avec sa majorité, vous fera payer:
En 1925: 2fr.20 le mètre cube. En 1926: 1fr.20 le mètre cube. En 1927: 1fr.07 le mètre cube.
l'eau qui sera vendue par la Compagnie Générale des Eaux 0 fr. 60 et 0 fr. 65 le mètre cube à tous les usagers de la banlieue parisienne. A l'appui de mon affirmation, je rappellerai que j'écrivais dans le numéro de la Dépêche du 15 janvier dernier : Considérant que M. Marin envisage pour ces trois années un excédent des dépenses :
En 1925 : 400.000 fr. En 1926 : 301.000 fr. En 1927 : 216.000 fr.
Il en résulte que l'eau reviendra aux usagers de Saint-Maur:
En 1925, 0 80 plus 1 40 de centimes additionnels = 2 fr.20 le mètre cube; En 1926, 0 80 plus 0 40 de centimes additionnels = 1 fr.20 le mètre cube; En 1927, 0 80 plus 0 27 de centimes additionnels = 1 fr.07 le mètre cube.
Ainsi, pendant treize ans, les habitants de Saint-Maur paieront l'eau beaucoup plus cher que tous les usagers du département de la Seine. Il est vrai que M. Marin promet pour l'année 1938-sera-t-il encore là ? - de fournir l'eau à 0 fr. 30 le mètre cube. Cette promesse lointaine rappelle le «Demain on rasera gratis» d'un malin perruquier. En attendant, on nous rase «cher» aujourd'hui avec un projet qui réservera aux Saint-Mauriens de coûteuses déceptions. Mais alors, m'objecterez-vous, vous auriez été partisan de renouveler le contrat avec la Compagnie Générale des Eaux ? Pas du tout. Mais j'estime que, lorsqu'on a la bonne fortune de pouvoir se libérer de l'emprise d'une «Grande Compagnie», il faut apporter à ses administrés les avantages de cette libération, et non «UNE AGGRAVATION DE CHARGES». M. Marin a commencé par grever son compte de premier établissement du prix fabuleux de 2.250.000 francs pour la reprise des canalisations que la Compagnie Générale des Eaux aurait laissé à bien meilleur compte si M. Marin avait été plus habile manœuvrier. Ajouterai-je que, dans certaines communes, la Compagnie Générale était tenue par ses contrats ce n'était pas le cas à Saint-Maur d'abandonner POUR RIEN ses canalisations en cas de non-renouvellement de concession.
Enfin, le maire, agissant TOUJOURS SEUL, a engagé des pourparlers ratifiés ensuite par sa majorité achetant à crédit, de gré à gré, sans adjudication préalable, un matériel de la valeur de plusieurs millions, dont on ne pouvait librement discuter les prix, étant donné les conditions d'achat à tempérament».
M. Marin, qui veut bien reconnaître dans son exposé de la question des Eaux, qu'il n'est pas «un technicien», a «EMBARQUÉ» la commune de Saint-Maur dans une -aventure- le mot est de M. Naudin- dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle est aussi folle qu'irréfléchie.
Notre maire que les lauriers de «CHÉRON-PAIN-CHER», empêchaient sans doute de dormir, pourra revendiquer désormais dans l'histoire de la vie économique de Saint-Maur le titre justifié de «MARIN-L'EAU-CHÈRE».
SALOMON HIRSCH, Conseiller municipal.
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