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La Presse - 08 février 1925


  séquestration de JL Blocq ancien chef de cabinet de ministres 1

LES INTERNEMENTS ARBITRAIRES
M. J.-L. Blocq, ancien Chef de Cabinet de plusieurs Ministres, se plaint d'être séquestré.
Après l'internement retentissant de la comtesse de Chateaubriant, d'autres séquestrés vont-ils, du fond de leur geôle, faire entendre jusqu'à nous, leur déchirant appel?

Enhardis par l'intérêt apitoyé que leur porte, actuellement, l'opinion publique, des malheureuses victimes, on ne sait trop de quelles basses intrigues familiales ou de certaines vengeances obscures et effroyables, se mettent à espérer, enfin, en la justice des hommes.
Et leur voix trompant la surveillance de leurs gardiens et leurs lettres déjouant la perspicacité des médecins parviennent dans nos salles de rédaction, comme retentit vers l’île de salut le cri du naufragé.
C'est à la Presse que s'est adressée la comtesse de Chateaubriant pour demander réparation et liberté, c'est vers la presse que M. L.-J. Blocq, ancien chef de Cabinet de M. Pams et ancien attaché au Cabinet de M. René Renoult, ministre de la Justice, tend, aujourd'hui, ses bras désespérés.
Interné depuis sept mois, journaliste et homme de lettres, M. Blocq a envoyé à plusieurs de nos confrères des missives pressantes.
Le premier, M. Paul Lévy, directeur de l'hebdomadaire Aux Écoutes s'est rendu dans la maison de santé où, depuis sept mois, l'ancien chef de Cabinet de la présidence du Conseil est maintenu contre sa volonté et malgré la plus farouche des résistances.
Et pourtant, M. Blocq se targue des plus hautes relations et des plus puissantes amitiés. Il a fait agir des ministres pour hâter sa libération. Ce fut en pure perte et on persiste à lui refuser l'expertise médicale réclamée par lui et par sa femmes, en outre, que le docteur Heuyer, celui- là même qui conclut à son internement, fut le médecin qui signa son bulletin de contre-visite.

Au Château de Suresnes

C'est dans une des chambres de ce mystérieux château de Suresnes maison de neurologie qui défraya bien souvent la chronique des tribunaux, que M. Blocq fut enfermé au printemps dernier.
Une automobile vint, un jour, le quérir à son domicile. Des infirmiers vigoureux et résolus s'emparèrent de l'ancien collaborateur de MM. Pams et Renoult et, maîtrisé, M. Blocq fut conduit en grande vitesse vers l'étrange demeure enfouie dans les arbres du parc de Suresnes où tant de drames déjà s’effacèrent dans l'oubli et dans le silence.
Qui pourrait dénombrer tous les inconnus que par caprice ou par cupidité l'on mena dans cette nouvelle Bastille, dont les portes ne se rouvrent plus pour nombre d'infortunés.

La Protestation de Mme Blocq

Anne Blocq, bien que divorcée d'avec l'ancien chef de cabinet, nous a déclaré qu'émue par la détresse de son mari, elle se rendait tous les jours à Suresnes pour le plaindre et le consoler.

On séquestre odieusement, nous a-t-elle dit, un homme parfaitement sain d'esprit. Je ne peux vous exposer tous les intérêts autour desquels se meut cette affaire d'internement. C'est un effroyable scandale! Venez à son secours en réclamant avec moi des juges et des médecins.

Est-il donc si facile, sous la législation désuète de 1838 de faire disparaître un homme du nombre des vivants?
M. Blocq, dira-t-on, a commis une regrettable extravagance en posant sa candidature à l'Académie Française, il a poursuivi, en outre, certains de ses adversaires politiques d'une haine implacable. Soit, est-ce je vous le demande ? une raison pour lui refuser les garanties de liberté individuelle dont tous les citoyens devraient pouvoir se réclamer.

Si M. Blocq est fou, qu'une commission impartiale composée de personnalités au-dessus de tous soupçons en décide.
Si M. Blocq n'est pas fou qu'on le remette en liberté pour lui permettre de poursuivre ses bourreaux devant les tribunaux.

ROBERT BOUCARD.

site complet sur la vie  de Léon-Jacques Blocq 


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