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Le Petit Parisien - 13 février 1925


POUR ET CONTRE

L'ordre des avocats perd, avec Me Demange, un grand homme et un homme, un grand homme du plus haut talent, du plus noble et du plus large, un homme de la plus haute et de la plus claire conscience.
Son éloquence était superbe et son caractère valait son éloquence. C'est une magnifique figure de France qui disparaît...
Ce n'est pas, par exemple, une figure «bien parisienne»... Non! M Edgar Demange ne fut jamais un homme très parisien. Il n'assistait pas aux premières... Il ne discourait point aux grands enterrements. Il dînait très peu en ville et, détail qui n'en est pas un peut-être, il n'avait pas d'automobile. Que dis-je! Dans son appartement tranquille et retiré du quai de la Tournelle, il n'avait même pas d'ascenseur.
M° Demange était trop vieux Parisien pour être très parisien... La gloire, la gloriole, la vanité, les honneurs, la puissance, l'influence, tout cela ne le touchait point. Il avait voué sa vie à une seule tâche, à une seule passion: au barreau. Rien n'aurait pu le distraire de cette tâche, l'arracher à cette passion, qu'il considérait aussi comme un devoir... Et c'est peut-être cela qui est le plus grand et le plus rare dans la carrière de ce maître de la parole: il n'eut et ne voulut avoir qu'une seule profession...
Avocat, il ne fit jamais de politique. C'est à peine croyable. Ses splendides succès d'audience ne lui tournèrent jamais la tête... Il plaida pour Pranzini - l'affaire la plus sensationnelle de l'époque, et peut-être même d'une époque, et il n'en profita pas pour se lancer, ensuite, dans la politique...
Il défendit le capitaine Dreyfus et demeura cependant au-dessus et en dehors de toutes les tempêtes du temps. On ne le vit à aucun meeting. Et défendant le capitaine Dreyfus, il défendait, la même année, un «antidreyfusard» acharné, le maître journaliste Paul de Cassagnac. Il n'était d'aucun clan, d'aucun groupe. Il avait des opinions, mais il les gardait pour lui et ne se croyait pas obligé de les communiquer à tout le pays....
Il n'acceptait qu'une célébrité: celle de sa profession.. Son parlement, c'était le Palais de justice, son Académie française, c'était le Palais. Son seul orgueil, sa seule ambition, sa seule satisfaction, c'était sa «seule» tâche, la défense...
On peut saluer bien bas ce grand homme, cet honnête homme, cet homme simple, discret, modeste et pauvre...

Maurice PRAX.

Edgar Demange


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