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Paris-Soir - 13 février 1925


 mort dAristide Bruant

CEUX QUI S'EN VONT
Aristide Bruant est mort

Voici trois mois à peine, le vieux Bruant récoltait à l'Empire les applaudissements d'un public que sa verve, son entrain émerveillaient encore. Il y a quelques jours nous recevions une réédition des meilleures de ses chansons, sous couverture de Lucien Laforge: Dans la rue, rien ne faisait prévoir la mort, survenue brusquement hier après-midi, de ce chansonnier qui connut la gloire la plus authentique, celle qui va des faubourgs aristocratiques aux faubourgs populaires et qui même, il faut bien le dire, s'accrut de prêter un talent et un nom qui faisaient recette au feuilleton et au théâtre, Car La Loupiote, Les Trois Légionnaires, Les Bas-Fonds de Paris, s'ils n'ajoutent rien à l'indiscutable verve du chansonnier de A Saint-Lazare, Aux Batignolles, A Ménilmontant, A Belleville, etc, dont les héros ont été magnifiquement campés par Steinlen, ont consacré pour le public de l'Ambigu et pour les lecteurs habituels des rez-de-chaussées des grands quotidiens, la renommée de l'ancien chanteur de «l'Européen» et du «Chat Noir» devenu, sous sa direction, Le «Mirliton».
Les vieux et jeunes Parisiens qui l'ont entendu au cours de sa longue carrière pleine de succès, et même ceux qui furent les victimes débonnaires de ses truculentes «gueulades», ne peuvent oublier son accent et son attitude, si mâlement poissards, si crânes et sa manière si personnelle de pousser le refrain, d'en faire, le plus souvent, un leitmotiv vengeur dont chaque mot faisait balle et portait. Coppée, qui n'était pas encore tombé aux poèmes de circonstances pour patronages religieux, le révéla par un article du Journal au grand public. On se pressa pendant de nombreux soirs autour de la table du cabaret sur laquelle il surgissait tout à coup et, rejetant la tête en arrière avec un air de défi, entonnait de sa voix cuivrée où tremblait un peu d'émotion gouailleuse, des couplets qui sont devenus «classiques».
C'est une figure bien parisienne et, disons-le, c'est une figure tout court qui disparaît. Beaucoup de faubouriens regretteront de ne plus voir surgir, dans les petites rues escarpées de Montmartre, où «Monsieur Bruant» avait des propriétés, sa silhouette familière vêtue de velours et, au-dessus du grand cache-nez rouge, le feutre noir dont les larges ailes battaient au vent comme celles d'un puissant oiseau migrateur.

G. R.


Aristide Bruant


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