ARISTIDE BRIAND
M. Aristide Briand nie le péril bolcheviste en France
Notre distingué confrère, M. Pierre Bermond, directeur politique du Petit Niçois, a eu la bonne fortune de rencontrer M. Aristide Briand à Nice : Nous en sommes venus à parler du danger communiste, et je veux répéter ses paroles uniquement à raison de l'autorité qui s'attache à tout ce qui émane d'un homme dont la perspicacité est reconnue de tous et qui, huit fois président du Conseil, a eu la lourde responsabilité du pouvoir en des heures particulièrement difficiles. «La manifestation Jaurès, m'a dit M. Aristide Briand, a permis au Parti Communiste de faire étalage de ses troupes. Mais à combien s'élevaient-elles ? « On a parlé de chiffres fantastiques. Ceux qui ont assisté au défilé ont été émus par le nombre des troupes rouges. Mais vous savez très bien que dix mille hommes qui défilent donnent l'impression d'une foule bien plus considé- rable. « Et puis, qu'y a-t-il eu de si inattendu dans cette manifestation ? Le Communisme couvre d'un nom nouveau une marchandise bien ancienne. Avant la guerre, les Communistes d'aujourd'hui, c'étaient les Libertaires, les Anarchistes et si l'on regarde de près les choses, leur nombre n'a guère varié. Que l'on ne parle pas de la quantité de suffrages recueillis par les candidats communistes aux élections de mai dernier. A côté des suffrages des militants du Parti, il y a ceux de tous les mécontents, de tous les opposants systématiques, qui sont parfois des hommes de droite. Après une perturbation profonde de l'équilibre mondial comme celle qu'a apportée la guerre de 1914, il y a fatalement des mécontents. Certes, le devoir d'un Gouvernement est d'éviter les désordres que pouvaient essayer de créer quelques agités. Mais il n'y a pas plus de péril communiste en France aujourd'hui, qu'il n'y en avait en 1919. La manœuvre commencée par les groupements politiques qui crient au danger politique, est la même que celle qui a si bien réussi à Clemenceau, lorsqu'il a parlé de « l'Homme au couteau entre les dents ». «Et d'ailleurs, ajoute l'ancien Président du Conseil, en se livrant à une telle manœuvre, dans un intérêt de parti, ces hommes font une mauvaise besogne. L'étranger regarde et écoute, et il est souvent tenté de croire aux bruits pessimistes qui lui parviennent. Au cours de mon dernier séjour à Rome, j'ai dû prononcer un nombre considérable de paroles pour couper court aux racontars répandus à plaisir et qui représentaient l'ordre social et la paix intérieure de notre pays à la merci d'un mouvement de la rue, dont l'imminence était certaine.»
Tous les Français devraient réfléchir sur ce grave sujet et tirer des paroles si pleines de mesure et de vérité, que nous venons de transcrire, l'enseignement qu'elles comportent.
Pierre BERMOND.
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