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Les Nouvelles de Versailles jan 11, 1925


François ADUCCI peintre de Versailles

Le peintre Aducci est depuis quelque temps l'hôte de Versailles, hôte non momentané mais, croyons-nous, définitif; la royale cité a conquis son âme d'artiste. C'est pour en célébrer la classique splendeur qu'il délaisse l'enchantement lumineux des rives de Provence et de Septimanie.

Longtemps il s'est plu à noter la merveille des aubes claires se jouant au-dessus des étangs de Thau et de Palavas, le faste des crépuscules qui les empourpre, les rochers calcinés par la ferveur des midis occitaniens, les ombres couleur d'hyacinthe que projettent les cyprès, la sérénité funèbre et voluptueuse des Alyscamps, les caresses vernales frissonnant sur les ondes du Lez, toute la magie enfin de ces horizons méditerranéens que semble traverser quelque brise venue d'Orient.
Si éblouissante au surplus que soit la variété d'une telle fresque, elle n'est point l'unique expression où se puisse mesurer un talent capable de se renouveler, que paraît même attirer l'opposition des sites, et surtout de l'atmosphère qui les imprègne. La série des études qui évoquent la Bretagne, ses ciels bas et le mélancolique recueillement de ses landes n'a rien en effet qui le cède pour l'intensité de la vision, au brûlant poème déroulé à travers la Crau ou le Maguelonnais.
Aucun lieu cependant ne pouvait fournir si noble matière que Versailles à exercer cette faculté qu'Aducci possède de définir le charme spécial d'un paysage, d'en condenser la valeur en un vigoureux relief, de le reproduire sous les multiples aspects que lui confère le retour des saisons et des heures. La nature ici n'est pas seule à tenter le pinceau de l'artiste, elle emprunte une gloire particulière à la magnifique discipline qui la régit. Les Jardins de Versailles sont faits d'ordre et de clarté, on les a justement nommés les Jardins de l'Intelligence et ils demeurent l'admirable décor créé par un grand roi à l'image de son siècle. Or il se trouve que cette qualité de puissance, cette dialectique de la beauté, servent au mieux un tempérament réfléchi, plus porté vers la synthèse que vers l'analyse. Aducci ne s'embarrasse jamais de l'élégance d'un détail; le souci de l'ensemble l'occupe seul, il sacrifie tout à l'unité, d'où son œuvre prend un caractère logique et rencontre l'esprit de Versailles.
Sa méthode, à la vérité très personnelle, s'éloigne de tout procédé d'école, ignore volontairement les concessions habiles par quoi se laisse satisfaire le goût de quelques-uns. Ses tableaux ne se regardent point à la loupe, ils dégagent en revanche une impression de sincérité qui émeut, d'audace non agressive, mais précise et justifiée. Aducci est essentiellement le peintre de la lumière. Il prétend que son pinceau en traduise fidèlement les jeux. Pour lui « les formes n'existent plus par leur contour géométrique mais par la caresse, l'enveloppement, la vie harmonieuse que la lumière dispense partout.
On conçoit aisément ce que cette manière a d'original en même temps que de robuste et de pénétrant. Le coloris en tire une prodigieuse richesse, la perception une acuité remarquable aussi bien dans le paysage que dans le portrait où le peintre excelle à découvrir et à fixer le signe qui donne son sens propre à une physionomie. Nombreuses sont déjà les toiles qu’Aducci a consacrées à Versailles. Coins de parc saisis dans un rayon de soleil, mosaïque des fleurs étincelant sous l'ardeur des étés, frondaisons rousses d'automne, allées que l'hiver a dénudées, miroir des eaux réfléchissant la blancheur nacrée des marbres ou la patine somptueuse des bronzes, ornent l'atelier du boulevard de la Reine d'une importante collection destinée à s'augmenter encore.
François Aducci, peintre de Versailles, est de ceux qui ont le mieux compris son prestige. Dédaigneux du divertissement subtil de le décomposer, il en surprend l'éclat et le concentre et, par là, son art si moderne s'appuie en quelque sorte à la grande et saine tradition des anciens maîtres.

E. HENNET DE GOUTEL.


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