| L'Intransigeant 18 janvier 1925 |
BAGNES D'ENFANTS Nous approchons des portiques de l'épouvante. J'ai décrit, dans mon dernier article, un soir à la Petite Roquette, mais la Petite Roquette, prison puante et sans lumière, fait surtout honte à la ville de Paris, qui la tolère telle qu'elle est. Ce n'est pas un lieu de torture. La haine ne fait qu'y germer. Ailleurs elle se précise, elle prend forme, elle monte et la maison dite « correctionnelle » n'est plus que l'école du crime. 1° Les mineurs de 13 à 16 ans condamnés à moins de deux ans d'emprisonnement, en vertu des articles 67 et 69 du Code pénal ; Les colonies publiques sont au nombre de douze, dont neuf affectées aux garçons : colonie industrielle d'Aniane (d'où huit gosses viennent de s'évader), colonie agricole d'Auberive, colonie agricole et maritime de Belle-Isle, colonie agricole des Douaires, colonie correctionnelle d'Eysses, colonie agricole d'Haguenau, école de réforme de Saint-Hilaire, colonie agricole de Saint-Maurice, colonie agricole du Val d'Yèvre, et trois affectées aux filles, pompeusement appelées « écoles de préservation » : celles de Cadillac, de Clermont et de Doullens. Or si la catégorie numéro 2, citée plus haut, comprend en grande partie des innocents, la catégorie numéro 3 comprend les enfants mineurs ayant mécontenté (c'est le terme légal) leur père ou tuteur et détenus en vertu du droit de correction paternelle. Et comment en serait-il autrement ? A-t-on jamais redressé un arbre courbé en lui donnant des coups de hache ? A-t-on jamais fait fleurir un arbre au printemps en l'écrasant sous quatre murs ? Pour l'enfance abandonnée et coupable, il faudrait autant de soins que pour ces malades des os qui respirent l'air pur de Berck, et, pour l'enfance innocente, il faudrait seulement du travail, du pain, du soleil, de l'espoir !... Nous en sommes loin ! Savez-vous quelle est (officiellement). la nourriture à laquelle a droit (toujours officiellement) la population détenue dans ces douze bagnes : une ou deux soupes aux légumes par jour, et, deux fois par semaine, une ration de viande bouillie avec soupe grasse. C'est tout. PIERRE-PLESSIS.
|
| Retour 18 janvier 1925 |






































































