| L'Œuvre - january 25, 1925 |
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Hors-d'Œuvre L'ouvrier de la onzième heure Il y a quelques jours, les Académies tinrent leur séance trimestrielle au Palais Mazarin, afin d'échanger quelques politesses périodiques. Trois membres de l'Académie Française étaient présents, dont les noms importent peu. Ils avaient à se partager une bourse de 200 francs, à titre de jetons de présence; ils calculèrent, avec l'aide de quelques collègues de l'Académie des Sciences, qu'il revenait à chacun d'eux une somme de 66 fr. 66, ce qui est trop juste... Notre Courteline me disait un soir qu'à partir d'un certain âge on n'a plus le droit de s'ennuyer gratuitement. Cette parole est admirable. L'ennui doit se payer comme le travail (le travail est un ennui parfois productif; l'ennui est un travail stérile). Mais seules quelques personnes très distinguées, telles que les académiciens, les chefs d’État, les présidents de la Chambre, du Sénat et des autres conseils d'administration, sont en situation de mettre en pratique cette inestimable règle de conduite. La réunion trimestrielle ayant pris fin, la précieuse collection d'académiciens qui avait été rassemblée à cette occasion et qui comportait les plus curieuses variétés artistiques, littéraires et scientifiques, fut aussitôt dispersée. Il ne resta plus dans la salle des séances que quelques journalistes occupés à recueillir des notes. Un fonctionnaire est payé pour se trouver à telle place, pendant un laps de temps déterminé. La règle du jeu veut que le fonctionnaire mette tout son amour-propre (et j'invoque ici, une fois de plus, l'autorité de l'auteur de Monsieur Badin) à ne point se trouver à la place où il devrait être et à ne point faire les gestes pour lesquels il est rémunéré... Évidemment, les petits fonctionnaires n'ont pas les moyens de s'offrir cette satisfaction d'amour-propre et doivent se montrer consciencieux. Mais, à un degré plus élevé de la hiérarchie, le fonctionnaire se fait représenter dans son bureau par son chapeau accroché au portemanteau. Et le haut fonctionnaire se reconnaît à ceci qu'il n'est jamais là: il est toujours ailleurs... Excepté, bien entendu, quand ce haut fonctionnaire est un diplomate: en ce cas, il n'est jamais ailleurs, et il est toujours là (parce que, précisément, un diplomate est payé pour être ailleurs). Et puis il y a dans l’Évangile une page qui doit apaiser les scrupules improbables de l'ancien ambassadeur et lui valoir l'approbation de tous les prélats académiques: c'est la parabole de l'ouvrier de la onzième heure. En vérité, je vous le dis, peu importe que le chantier ait fermé ses portes, pourvu que la caisse soit encore ouverte. G. DE LA FOUCHARDIÈRE. |
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