| Excelsior - 25 janvier 1925 |
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LES FAUTEUILS ET LA PENDULE DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE Les fauteuils disparurent pendant cinq années. On les remplaça après avoir pris la décision de les garder pour les séances particulières. On ne sait ce qu'ils sont devenus. On ignore aussi où fut conservée la pendule offerte par Louis XIV en 1725. La présente année 1925 marque le deuxième centenaire d'un double événement mobilier, qui, à en juger par les notes nombreuses et détaillées que nous avons relevées dans ses archives, émut fortement l'Académie. Ce fut en 1725, en effet, que l'illustre Compagnie recouvra ses fauteuils, qui lui avaient été ravis cinq ans auparavant et reçut, d'autre part, du jeune roi Louis XV le don d'une magnifique pendule destinée à marquer les heures des séances et de ses travaux. Le 7 novembre 1720, l'excellent secrétaire perpétuel André Dacier à qui La Bruyère eût préféré «Madame sa femme» la plus célèbre helléniste de son temps, si l'on eût admis à l'Académie des «personnes de son sexe» annonçait avec tristesse à ses confrères que «M. Nevo, garde des meubles de la couronne, était venu, par ordre de S. A. R. Monseigneur le Régent, lui demander les fauteuils de l'Académie pour les envoyer à Cambrai pour le congrès qui doit s'y tenir et qu'il l'avait assuré, de la part de Son Altesse Royale que, le congrès fini, ces fauteuils lui seraient rapportés; qu'il avait prié M. Nevo d'aller communiquer ordre à M. l'évêque de Fréjus (Fleury), directeur de la Compagnie, que M. Nevo y était allé, et que les fauteuils avaient été emportés le jour même!» Le congrès de Cambrai, dont l'objet principal était de terminer les différends de l'empereur et de l'Angleterre avec l'Espagne, avait en effet été indiqué dès ce mois de juillet 1720; mais, hélas! il ne s'ouvrit en réalité que le 26 janvier 1724, et ce ne fut qu'un an et demi plus tard, le 26 juillet 1725, qu'un autre secrétaire perpétuel, l'abbé du Bos, qui avait succédé à Dacier, consigna joyeusement sur son registre ce fait mémorable: «Aujourd'hui, on a rapporté du garde-meuble les fauteuils». Leur absence avait duré près de cinq années! Comme le voyage à Cambrai les avait quelque peu fatigués, on avait jugé convenable de les faire restaurer par les tapissiers du roi avant de les rendre à l'Académie. Celle-ci les aimait beaucoup. Ils lui avaient été donnés par Louis XIV en 1713, et M. de Pontchartrain, secrétaire d’État, avait adressé à leur sujet cette étrange lettre à l'Académie : PONTCHARTRAIN. Avant l'envoi de ces fauteuils, l'Académie avait siégé, comme aujourd'hui, sur des chaises plus ou moins rembourrées. Le 23 août 1775, on apporta à l'Académie des fauteuils neufs et des rideaux, de la part du roi. Mais la Compagnie jugea à propos de «conserver les anciens fauteuils pour les séances particulières, les neufs qui sont plus étroits (le style Louis XVI avait remplacé celui du grand siècle) étant réservés aux séances publiques ou aux assemblées générales, où ils occuperont moins de place ». Et qu'est devenue la pendule? Car il y eut aussi une pendule que le roi Louis XV offrit à l'Académie, en 1725, au lendemain du retour des fauteuils qui avaient voyagé à Cambrai. Dès le mois de mars de cette année, le roi avait prélevé sur sa cassette 1,500 livres pour cette pendule, dont Valincourt arrêta le dessin et qui fut commandée à l'horloger Martinot. C'est au cardinal de Fleury que l'Académie dut la suggestion au roi de ce présent qui était, paraît-il, magnifique. Aussi, la Compagnie avait-elle fait graver sur la pendule cette inscription: La pendule, comme les fauteuils, a disparu. Celle qui marque aujourd'hui les heures de l'Académie date d'une centaine d'années. Elle est ornée d'une figure de guerrier antique et posée sur la cheminée de la salle des séances entre les bustes en marbre de Victor-Hugo et de Lamartine, au- dessous d'une copie du portrait de Richelieu par Philippe de Champaigne.
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