| Le Petit Parisien 29 janvier 1925 |
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C'est en septembre 1917, au moment où les Allemands vinrent occuper Riga, qu'on conçut les premières craintes pour la sécurité de ces trésors et qu'on commença à envisager les mesures à prendre, non seulement pour les éloigner du théâtre des opérations militaires, mais pour les diriger sur la France. L’éventualité d’une avance allemande sur Petrograd et d'une occupation par l'ennemi de la capitale russe était si bien considérée comme possible, que Kerenski, qui était au pouvoir, fit alors transporter à Moscou les chefs-d'œuvre du musée de l'Ermitage et offrit aux ambassadeurs étrangers de leur y réserver des immeubles où ils pussent, au premier péril, venir s'installer. Il n'en fallut pas davantage pour décider M. Noulens à mettre en lieu sûr tout son mobilier. Mais, plutôt que de l'expédier à Moscou, il résolut de l'envoyer à Stockholm. Tapisseries, meubles, objets d'art furent en conséquence emballés dans de vastes caisses et on s'apprêtait à les diriger vers la Suède, à travers la Finlande, quand, brusquement, la guerre civile éclata dans cette province russe qui venait de se séparer de l'Empire des tsars. La lutte entre Rouges et Blancs finlandais, qui ne devait d'ailleurs se terminer qu'en 1918 par la victoire du général Mannerheim, prit rapidement une telle ampleur que, toutes les lignes de communication étant coupées, il fallut renoncer à l'expédition. La menace d'une poussée allemande vers Petrograd subsistant toujours, on chercha une autre combinaison. L'hiver étant venu, la seule qui parut réalisable fut de transférer les précieuses caisses à Moscou, afin de pouvoir ensuite les diriger, par l'unique voie ferrée Jaroslav-Vologda, sur Arkhangel, et de là, enfin, dès que le port serait libre de glaces, sur l'Angleterre et la France. Ce projet, toutefois, ne devait pas avoir plus de succès que le précédent. La révolution bolcheviste, qui se produisit au moment même où il allait être exécuté, se chargea en effet de le réduire à néant. Il suffit de se rappeler les luttes sanglantes qui eurent alors lieu à Moscou, les incendies qui y dévorèrent des quartiers entiers, pour se convaincre que les trésors de l'ambassade de France, entreposés n'importe où, y eussent certainement été plus en danger qu'à Petrograd. Le parti le plus sage, étant donné les événements, était encore de les laisser dans leurs caisses, dans l'immeuble même du quai de la Néva. C'est la décision que prit en fin de compte M. Noulens qui, pour accroître leur sécurité, plaça l'ambassade, où il ne pouvait séjourner davantage, sous la protection du drapeau danois. Le ministre de Danemark, M. de Scavenius, qui alliait à une profonde sympathie pour notre pays une vive admiration pour l'art français, n'avait pas seulement accepté de veiller jalousement sur nos richesses. Il s'était offert pour les acheminer vers la France dès qu'une occasion favorable se présenterait. Cet espoir même fut déçu. La révolution bolcheviste ayant pris la tournure que l'on sait, M. de Scavenius, loin de pouvoir donner suite à sa proposition, fut lui-même obligé d'abandonner son poste et de rentrer dans son pays. Notre ambassade et son contenu se trouvèrent dès lors exclusivement confiés à la loyauté du gouvernement soviétique avec, comme unique sauvegarde, son respect du droit des gens... Il ne parait pas que cette protection ait été très efficace... Non seulement tapisseries, meubles et objets d'art auraient été déballés et emportés, mais la chambre forte de l'ambassade, aux murs et aux portes garnis d'acier, aurait, elle-même, été forcée. Dans cette pièce avaient été enfermés des titres, des bijoux appartenant à des Français habitant la Russie, ainsi que certains documents intéressant la défense nationale, les dossiers d'un grand établissement métallurgique notamment. Or, on déclare que caisses et coffres ont été défoncés et les objets qui s'y trouvaient dispersés. Les télégrammes de Riga ont attribué la responsabilité de ces faits à M. Zinovieff, qui cumule avec les fonctions de président de la III Internationale celles de gouverneur général de Petrograd. Aucune nouvelle officielle n'a encore confirmé cette accusation. Quels que soient le ou les coupables, l'attitude du gouvernement français ne pouvait faire de doute. Il a protesté. Reste à savoir maintenant quels seront les résultats des recherches auxquelles on procède, et, s'ils sont négatifs, quelles réclamations nous allons pouvoir formuler. A. Jullien.
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