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AU PROCÈS DE SEZNEC LA FEMME DE L'ACCUSÉ A DÉFENDU SON MARI MAIS SANS HABILETÉ
La servante Angèle Labigou est également venue témoigner en faveur de son patron, à qui, déclare-t-elle, elle prêterait encore de l'argent volontiers.
ON A ENSUITE ENTENDU LES TÉMOINS DU HAVRE
BREST, 30 octobre. L'audience commence à 9 h. 30. Me Pouliguen, le notaire de Pont-Labbé, continue sa déposition qui a trait aux relations de son beau-frère Quémeneur avec Seznec. M. Quémeneur ne connaissait pas la machine à écrire. Seul, Seznec savait taper. C'est bien Seznec qui téléphona à Quémeneur et non Quémeneur qui appela Seznec au téléphone avant le départ pour Paris.
L'affaire des automobiles destinées à la Russie était si bien présentée qu'elle paraissait sérieuse. Quand il alla voir Seznec, après la disparition de Quémeneur, M° Pouliguen lui annonça qu'il avait envoyé un chèque à son beau-frère. «Ce qui me prouve, lui dit-il, que mon frère n'est pas arrivé à Paris, c'est qu'il n'a pas touché ce chèque» Alors Seznec lui répondit : «Je savais que Quémeneur vous avait demandé un chèque de 50.000 francs. Ainsi, falt observer Me Pouliguen, Seznec me précisait la somme avant que je la déclare moi-même. (Longue sensation.) — Qu'avez-vous à répondre? — Je n'ai jamais prononcé la somme du chèque. Ma déposition à ce sujet est formelle. Je n'y reviendrai pas.
Mme Seznec à la barre Mais voici Mme Seznec à la barre. Elle est entendue à titre de renseignement, non comme témoin. Pendant que Seznec demeure impassible à son banc, sa femme déclare tout d'abord avoir acheté des dollars pendant la guerre. Son mari lui a dit ensuite les avoir versés à Quémencur pour payer une partie du prix d'achat de Traonez et, le 22 juin, il lui montra l'acte de vente : — Je l'ai marqué sur un cahier, dit- elle, mais je ne l'ai plus, la police a tout emporté. (Rires.) Mme Seznec s'anime très vite : — Depuis que la police est passée chez nous, c'est tout sens dessus dessous. (Rires.) L'avocat général proteste: — Il est facile de raconter maintenant une histoire pareille. (Nouveaux rires.) — Oh! si vous commencez par l'effrayer, interrompt Me Marcel Kahn, elle ne parlera plus. — Oui, reprend Mme Seznec, c'est la première fois que je le dis. Mais à l'instruction on me disait : Répondez... Taisez-vous... Vous avez assez parlé... Alors, je ne pouvais pas m'expliquer comme je le voulais. Le président à Seznec: — Vous le connaissiez bien ce petit carnet dont votre femme nous révèle l'existence. — Je ne le connais pas puisque c'est ma femme qui l'achète. (hilarité). — Voyons, madame, poursuit le président, vous avez été forcée de reconnaître que vous aviez menti aux policiers. — C'est par amour-propre, non par intérêt, riposte Mme Seznec, que j'ai menti. Ma chambre n'était pas faite quand ces messieurs sont venus pour la perquisition. Alors je les ai envoyés au grenier en leur disant que la boîte était là. Voilà pourquoi je n'ai pas déclaré toute la vérité. (Hilarité)..
La machine à écrire Mme Seznec en arrive à la découverte de la machine à écrire qu'elle ne reconnaît pas. Elle se plaint que les policiers l'aient traitée de voleuse et lui aient annoncé qu'elle irait au bagne. Mais sur les faits eux-mêmes, elle n'apporte aucune précision. Elle nie tout et répète d'une façon générale ses premières déclarations. Elle n'est pas intimidée. Elle explique que son mari avait des procès stupides parce qu'on lui en voulait, mais que sa situation de fortune était excellente. — Cependant, on l'a saisi, observe le président. Racontez-nous comment.
(Suite deuxième colonne page 3.) L'AFFAIRE SEZNEC A QUIMPER (Suite de la 6e colonne page 1)
Mme Seznec se perd alors dans des explications sans fin. Et l'histoire des dollars reste toujours obscure. Las d'entendre des propos sans suite, le président parle de la promesse de vente de la propriété de Traonez. — Parlez-nous maintenant du retour de votre mari, interroge le président. Que vous a-t-il déclaré? — Oh! si vous croyez que je me souviens! riposte Mme Seznec. Ce que je puis affirmer, c'est que mon mari n'avait pas intérêt à la disparition de M. Quémeneur, c'est facile à comprendre. (Rires.)
Mais voici que le témoin assure qu'elle ne connaissait pas les Quémeneur. Mlle Jenny Quémeneur est appelée à la barre. Elle confirme sur ce point la déclaration de Mme Seznec. Sans transition, Mme Seznec passe aux essais malheureux de son mari pour suborner des témoins. — Il était excusable, dit-elle, torturé comme il l'était dans sa prison. Mais elle n'en nie pas moins les démarches qu'elle a faites dans ce sens à l'instigation de son mari. Cependant, elle reconnaît que Rospars lui a remis le reçu établi par Seznec dans sa prison et qui devait appuyer l'alibi du 13 juin.
A 11 h. 45, l'audience est suspendue. Encore la machine à écrire A la reprise de l'audience, à 13 h. 30, Me Alizon, avocat de la partie civile, demande à Mme Seznec qui aurait introduit chez elle la machine à écrire. La police? La famille Quémeneur? — Je ne puis dire qu'une chose, répond Mme Seznec, la machine ne m'appartenait pas. Puis, sur une question de Me Kahn, Mme Seznec se plaint encore du manque d'égards des policiers envers elle. La déposition prend fin. On va maintenant entendre la servante:
Angèle Lebigou.Après la maîtresse, la servante — Votre patron était-il dans une bonne situation financière? questionne le, président. — Oui, répond Mlle Lebigou. Pourtant, il vous a emprunté 5.000 francs. Vous les a-t-il rendus? — Je ne les lui réclamais pas. — Vous les lui réclamiez, riposte M. Guillot, l'avocat général, et très énergiquement dans une lettre, qui est à mon dossier. Angèle déclare n'avoir que du bien à dire de son patron, un brave «bonhomme» à qui elle eût prêté plus d'argent si elle en avait eu. — Quelle était la forme des dollars? interroge la partie civile. — C'étaient de grandes pièces comme des pièces de cent sous, dessus, il y avait un oiseau, réplique le témoin. (Rires.) — Les effets de Seznec étaient-ils très propres au retour de son voyage? de- mande l'avocat général. — Oui, oui, répond très vite la servante, il y avait juste de la poussière et c'est tout!
Autres témoins On entend ensuite M. Belz, liquidateur-avoué à Morlaix, qui explique la situation de fortune de l'accusé sans parvenir à rendre cette situation bien claire pour les profanes.
Voici maintenant le chauffeur Samson, qui était au service de Seznec. Il ne sait rien sur le voyage de son patron à Paris et peu de chose sur le retour de Morlaix. A-t-il essayé de rechercher les personnes favorables à l'accusé? Samson le nie. Par contre, il dit avoir vu la boîte aux dollars et il ajoute :
— C'est même la seule chose que j'aie vue.
L'audience est suspendue pendant un quart d'heure. A la reprise de l'audience, on confronte sur sa demande M. Cunat, inspecteur de police de la brigade mobile de Rennes, avec Mmes Lebigou et Seznec. — Je tiens à protester, dit M. Cunat. J'ai toujours été correct avec Mme Seznec. Je n'ai jamais menacé d'un revolver Mlle Angèle Lebigou, et je ne lui ai jamais offert de l'argent. Mlle Angèle Lebigou s'approche de M. Cunat: — Oui! Oui! vous m'avez menacée! crie-t-elle. (Rires et rumeurs.) Oui! Oui! ça c'est vrai! reprend une voix dans le public. C'est Samson qui approuve dans la salle. Me Marcel Kahn met fin à cet incident et on appelle un nouveau témoin, M. Deheneau. — Ce jeune homme affirme avoir reconnu Seznec dans le train. du Havre, le 13 juin 1923. Le président demande à M. Deheneau : — Regardez l'accusé, le reconnaissez-vous? — C'est lui, monsieur. (Rumeurs).
Les témoins du Havre D'une voix gracile et enfantine, mais avec une effrayante précision, Mlle Hérauval, dactylographe chez M. Chenouard, apporte un témoignage écrasant qui confirme les précédents. — C'est bien lui, dit-elle, qui m'a fait essayer la machine et qui l'a achetée.
SEZNEC. — Que les témoins me reconnaissent, cela n'est pas autrement étonnant. Ils m'ont tous vu à l'instruction. Mlle Feuilley, caissière chez M. Chenouard, a reçu de Seznec le prix de ía machine à écrire. Elle reconnaît l'accusé sans hésitation.
SEZNEC.— Le témoin se trompe. LE PRÉSIDENT. — Voilà cinq témoins qui se trompent:
M. Hus, employé au télégraphe du Havre, qui a reçu le télégramme du 13 juin, ne reconnaît pas Seznec.
— C'est bien le même type d'homme, dit-il, mais je ne puis être affirmatif.
Le président espère que l'audition des témoins sera close demain soir. La cour, en tout cas, siégera samedi et au besoin dimanche, si l'arrêt ne pouvait être rendu dans la nuit de samedi. L'audience est levée à 18 h. 30 et renvoyée à demain 10 heures.
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