| Paris-Soir 22 octobre 1924 |
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DU POINT DE VUE DE... Ce dimanche, qui vient de s'enfuir, nous a valu un flot de discours. On a parlé un peu dans tous les coins du pays. On a parlé sur tout et sur rien. Et, chose absolument imprévue, M. Poincaré, devenu terriblement circonspect, n'était pas de la petite fête dominicale. Mais M. Maginot en était. M. Maginot a discouru devant les morts glorieux de la commune des Islettes. M. Maginot a proféré quelques vérités élémentaires autant que bien senties. Et, pendant que M. Maginot pérorait aux Islettes, M. François-Marsal répandait son éloquence sur les morts de Gerbeviller, la cité martyre. M. François-Marsal, lui aussi, a prononcé des paroles définitives. Et, pendant que M. François-Marsal développait ses périodes harmonieuses, M. Raoul Péret se fendait d'un laïus devant les morts de Champagne-Saint-Hilaire. M. Raoul Péret, comme les autres, a écoulé son stock de savantes métaphores. Et, pendant que M. Raoul Péret laissait tomber le miel de ses lèvres, d'autres orateurs devaient certainement palabrer devant d'autres morts dans d'autres communes… Cette abondance de discours, devant des pauvres morts qui n'en peuvent mais, et se passeraient volontiers de toutes ces fleurs de rhétorique, est significative. Il faut observer, d'abord, que les orateurs sont tous plus ou moins défunts, politiquement parlant. Ce sont des morts qui s'adressent aux morts. Mais ces morts sont, vraiment, par trop récalcitrants. Ils abusent. Ce sont de ces morts qu'il faut qu'on tue. Ainsi, pendant que des hommes agissent, travaillent, s'efforcent de créer et que la vie continue, des fantômes oubliés soulèvent les cercueils de leurs tombeaux. Que nous veulent tous ces spectres ? Sans doute prétendent-ils à une résurrection de plus en plus difficile. Sans doute imaginent-ils que leurs balbutiements et leur souffle glacé peuvent encore éveiller un écho. Ils sont tout à fait à leur place devant les monuments funéraires. Ils sont assurés, sinon d'être entendus, du moins de ne pas être contredits… Les morts sont polis. Les morts ne protestent point. C'est pourquoi ces, messieurs les ministres et les présidents plus ou moins décédés recherchent plus volontiers leur société. On se rattrape comme on peut. Mais font-ils pas mieux que de se plaindre ? SIRIUS. |
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