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Le Petit Parisien 26 octobre 1924


POUR ET CONTRE

Après la couture, la cuisine. Après l'élégance de la robe, celle de la nourriture. Ce sont deux belles élégances.
L'estomac, lui aussi, se plaît à être bien habillé et le goût, le bon goût, va des soieries chatoyantes jusqu'au bon plat fin et choisi... Il est de toute évidence qu'il est plus élégant de manger bien que de manger mal et qu'une cuisine débraillée, négligée, de basse qualité et de mauvaise coupe n'est une parure ni pour l'esprit, ni pour le corps.
On ne peut vraiment qu'applaudir sans réserve aux divers concours ouverts, à l'Exposition du travail, entre les meilleurs des artisans et des ouvriers. Couturières, cuisiniers, diamantaires, ébénistes rivalisent d'adresse, d'habileté, de science et d'intelligence... Ils montrent, tous, qu'ils sont des artistes, de vrais artistes. Il prouvent que ce qu'on appelle, assez sottement du reste, travail manuel, peut être aussi un labeur intellectuel.

Il serait bien temps, à ce propos, d'en finir avec ce ridicule, prétentieux et pédant préjugé qui tend à mésestimer tout travail dit manuel, tout travail fait avec les mains, au profit du travail orgueilleusement qualifié d'intellectuel...

Certes, le labeur d'un Montaigne, d'un Pascal ou d'un Pasteur sera toujours au-dessus d'un labeur à tâche. Certes, la pensée; toujours, devrait avoir le pas sur l'adresse et sur l'application... Seulement, il y a pensée et pensée. Il y a œuvre et œuvre…

Nous semblons accorder, à cette heure, une suprématie de principe à tout ce qui est soi-disant travail intellectuel, c'est-à-dire à tout ce qui est écrit, à tout ce qui s'élabore avec du papier et de l'encre, à tout ce qui se compose sur une table de bureau... Il serait bon de distinguer…

Le moindre éphèbe qui gribouille un essai fumeux prétend faire «œuvre de pensée». Un vaudevilliste qui, avec des canapés et des mots d'almanach, construit trois actes comiques, parle avec vanité de son «œuvre», de son métier d'«écrivain», d'«auteur», d'intellectuel... Allons ! Allons !... Il s'agirait tout de même d'être un peu sérieux !

Beaucoup d'«intellectuels» ne font que des travaux manuels. Ce sont des travailleurs et qui s'efforcent de gagner leur pain. Ils sont donc parfaitement estimables et honorables. Mais ils ne sont pas plus «intellectuels» que de bons manœuvres appliqués. C'est avec une plume et de l'encre qu'ils «travaillent», qu'ils font «du roman» ou du «théâtre»... Mais il n'y a ni art ni pensée dans leurs fabrications…

Il y a de l'art, en revanche, et il y a de la pensée, et il y a de l'intelligence dans tel travail manuel exécuté avec goût et avec science, dans telle jolie robe, dans tel meuble, dans tel bibelot, dans telle pièce de mécanique... Et il y a rudement plus d'esprit, certes, tout le monde sera d'accord sur ce point dans une sauce onctueuse, élaborée par un grand chef, que dans le dernier livre tout entier du petit Machin, «intellectuel», candidat au prix Mécène…

MAURICE PRAX.

 Couturières, cuisiniers, diamantaires, ébénistes rivalisent d'adresse

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