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L'Œuvre 09 octobre 1924


Des manœuvres aériennes ordonnées malgré la tempête

Des manœuvres aériennes ordonnées malgré la tempête

DEUX AVIATEURS TUÉS DIX APPAREILS DÉTRUITS

L'autorité militaire avait ordonné que des manœuvres aériennes auraient lieu, hier matin, dans la région de Rambouillet. Le vent soufflait en tempête quand les avions durent quitter leurs aérodromes respectifs du Bourget, de Villacoublay, de Buc.
Mais l'autorité militaire est, par définition, peu soucieuse des vies humaines et les aviateurs, quand ils sont militaires, doivent obéir et « se taire sans murmurer». Ceux-là, qui étaient disciplinés, et braves par surcroît, grimpèrent, dès huit heures du matin, sur leurs appareils.

Ce qui devait arriver arriva. Dès qu'ils eurent pris leur vol, les avions ne purent tenir tête à l'ouragan. Sept appareils à Villacoublay et trois à Buc furent plaqués au sol par des remous et détruits. Par bonheur, aucune mort d'homme ne fut à déplorer.

Il n'en fut, hélas ! pas de même au Bourget. Là, un avion que montaient l'adjudant Alfred Béguier, âgé de 26 ans, demeurant au Bourget, et son mécanicien, le sergent Champaud, âgé de 32 ans, demeurant 28, rue Biscornet, avait réussi à prendre l'air. Il survolait encore l'aérodrome quand on le vit tout à coup piquer du nez et s'abattre verticalement sur le sol. La chute dura à peine quelques secondes. Les assistants se précipitèrent, mais ce fut pour assister à l'affreuse agonie des deux malheureux

L'avion, en s'écrasant, avait été littéralement réduit en miettes et, de ses débris, on retira les deux corps, à demi carbonisés et horriblement mutilés. Le mécanicien et le pilote, qui ont trouvé là une mort tragique, étaient tous deux mariés et pères de famille. Leurs services de guerre, très brillants, leur avaient valu plusieurs citations. Cependant l'épreuve ne parut pas concluante à l'autorité militaire, qui tenait à ses manœuvres aériennes.

A 11 heures, à Rambouillet, le commandant Villermoz et l'adjudant Vaucandenberg reçurent l'ordre de prendre le départ. Un premier essai détériora leur appareil. On les fit recommencer, mais ce fut pour obtenir, sur un nouvel appareil, un résultat identique.
Alors l'autorité militaire, en la personne du général Huet, jugea que, décidément, c'en était assez pour ce matin-là. Deux morts, dix appareils détruits, deux autres endommagés, c'est, en effet, un bilan respectable.
Ordre fut donné de suspendre les manœuvres, que d'ailleurs aucune raison urgente n'avait imposées.

Une enquête sur l'accident du Bourget

Le général Nollet, ministre de la guerre, a prescrit une enquête sur les causes de l'accident du Bourget. Elles découlent évidemment de la tempête. Mais il nous semble qu'on peut remonter plus haut dans l'échelle des responsabilités. Au-dessus du responsable Fatalité, il y a ceux qui, avertis de la proche tempête par les centres météorologiques (services militaires, eux aussi pourtant), ont néanmoins livré les hommes placés sous leurs ordres à une mort certaine.


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