| L'Oeuvre 22 octobre 1924 |
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DES MATELOTS TROP JEUNES Des règlements qui datent de l'époque lointaine où nos escadres se composaient de voiliers, permettent d'incorporer des adolescents dans nos équipages. A bord de nos navires actuels, les jeunes gens engagés à 17 ou 18 ans ou qui parviennent, par l'école de l'Armorique, au service actif vers 16 ans et demi ou 17 ans sont nombreux. Or, près de la moitié du chiffre total des malades est fournie, sur les gros navires, par les matelots les plus jeunes. Ce sont eux qui, de beaucoup, paient le plus lourd tribut aux maladies de toute espèce. La croissance du corps est loin d'être terminée, à 17 ans. La force musculaire n'a pas encore atteint son apogée. Elle se trouve seulement aux environs de la vingt-cinquième année. Il en résulte que les plus jeunes engagés volontaires de la marine possèdent rarement les forces physiques nécessaires pour mener, sans inconvénient, la vie commune sur les bâtiments de guerre en service actif. En attirant l'attention sur ces faits, nous ne faisons que confirmer la manière de voir du médecin général de la marine, le docteur Brunet, qui les signalait à la suite d'une inspection médicale récente de l'escadre de la Méditerranée. Il faudrait aussi qu'à bord les matelots de moins de 19 ou 20 ans eussent, autant que possible, un repos nocturne d'une seule traite d'au moins six heures. Sans doute, des mesures variées ont été prévues pour favoriser cette catégorie de sujets, mais, de l'aveu même des commandants, les nécessités du service sont devenues si impérieuses que les dispositions prises sont plus théoriques qu'effectives. Tous, les jeunes comme les anciens, ont sensiblement les mêmes heures de quart. Or, on sait aujourd'hui que l'insuffisance de sommeil, chez les adolescents en particulier, favorise la déminéralisation de l'organisme et prépare le terrain pour l'ensemencement tuberculeux. Les médecins de marine signalent que cette éventualité est d'autant plus à craindre que les très jeunes engagés sont souvent des garçons dont l'enfance a été entourée de soins sommaires, qui ont été mal nourris, peu ou mal soignés et, somme toute, déjà prédisposés par ces conditions défectueuses, à contracter la tuberculose. La nécessité est plus impérieuse que jamais de sélectionner très attentivement nos jeunes gens et de ne soumettre aux fatigues de l'existence à bord que ceux qu sont capables de les supporter. DOCTEUR MAURICE LEBON. |
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