Nouvelles des ports

aquarelle marine - marine watercolor

Rafiots et compagnies

aquarelle marine cargo au mouillage - marine watercolor cargo ship at anchor

Nouvelles des escales

aquarelle marine - marine watercolor


L'Éclaireur du dimanche 05 octobre 1924


La fête du laurier à La Turbie

Au premier plan, au-dessus du médaillon: M. PHILIPPE CASIMIR, maire de La Turbie, et à sa droite, debout, M. ALEXANDRE MARI, 1er adjoint au Maire de Nice. Dans le médaillon : notre ami GEORGES AVRIL prononçant son discours.

Dimanche dernier, répondant à l'invitation de l'aimable lettré qu'est M. Philippe Casimir, maire de La Turbie, un groupe d'admirateurs de Théodore de Banville se sont rendus dans cette pittoresque commune pour y replanter un rejeton de l'illustre laurier que chanta l'étincelant ciseleur de rimes.

En présence d'une assistance des plus éclectiques, notre collaborateur Georges Avril prononça, à cette occasion, un discours qui fut un véritable régal littéraire. Il serait difficile d'écrire, à la gloire de Banville, des pages d'une inspiration aussi pure et d'une aussi élégante netteté de forme. Nous ne pouvons malheureusement reproduire ici, même en partie, ces pages où éclatent une maîtrise et un lyrisme soutenus, mais nous tenons au moins à citer ce passage où Georges Avril, après avoir dégagé la signification de cette fête, s'écrie:

« Je souhaite que viennent y méditer les organisateurs de nos fêtes publiques, si légèrement indifférents aux protéiques ressources de l'Art. La même brise qui, au temps de la Fable, poussait sur la Mer Egée, l'errante Délos, berceau d'Apollon, fait doucement bruire le feuillage reverdi. Ils y percevront, pour peu qu'ils prêtent l'oreille, la chanson éternelle qui berce les hommes et les console. Ils pourront évoquer, à l'appel du dieu blond, couronné de lumière, les chantres antiques, Homère, Virgile, Théocrite, Horace, les poètes, enfin, que, bien loin d'oublier au sortir du collège, on apprend aimer, dès que l'on a cessé de les étudier.

Ils se souviendront que ce sont les poètes et les artistes, les créateurs de toute beauté et de toute gloire durables; eux, qui savent susciter la joie claire et pure; eux, enfin, les véritables ornements de l'humanité, la représentation directe de son génie. Et je veux espérer qu'ils comprendront. Je veux croire qu'ils se résoudront à recourir aux artistes pour réaliser à côté du carnaval qui réjouit les foules, mais un peu bassement - les fêtes qui grandissent l'âme en lui rappelant le goût de la Beauté au culte de laquelle on dressait autrefois, et sur ces rives mêmes, des autels fleuris dans les bois de pins, d'oliviers et de citronniers. Et si je me trompe en croyant possible une aussi merveilleuse résipiscence, ne me désabusez pas tout de suite, laissez-moi errer encore...

Si l'ombre de Banville est venue errer dimanche non loin de la Tour d'Auguste, elle a dû être contente de notre collaborateur Georges Avril...
Après lui, Mme Denise Séverin-Mars dit, avec beaucoup d'émotion, les belles stances de Catulle-Mendès « Au Laurier de La Turbie ». M. Henri Sellier interpréta également avec un émouvant lyrisme le splendide poème de Banville, « Le Laurier de la Turbie », que nous reproduisons d'autre part.

H. C.


Retour - Back 05 octobre 1924