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Paris-Soir 26 octobre 1924


Rockefeller, Douglas Fairbanks, Jack Dempsey et P. Morgan paient des millions d'impôts!

Dans toutes les provinces des Etats- Unis, le chiffre des impôts payé par chaque contribuable vient d'être rendu public et reproduit par les grands journaux.

Depuis le scandale des pétroles aucune nouvelle n'avait suscité pareille émotion au pays de l'industrie et du dollar. Le public peut désormais évaluer approximativement les gains des plus riches financiers. Aucun ouvrier de Chicago n'ignore plus ce que possède le roi de l'acier ou celui du pétrole.

Lorsque l'ancienne loi sur l'Income Tax était encore en vigueur, ces renseignements étaient tenus secrets. Chaque businessman, chaque propriétaire, chaque vedette de cinéma apportait au fisc le montant de sa dette. Et le fisc se gardait bien d'exhiber les registres où se trouvaient inscrits de fabuleux chiffres d'impôts.

Mais une nouvelle loi fut votée, voici quelques mois. Elle obligeait les percepteurs à publier la liste des contribuables qui devaient se présenter à leur bureau et le montant des sommes dont ils devaient se dépouiller.

La presse releva sur les listes le chiffre des impôts versés par chaque célébrité nationale. Et le soir même, tout le monde sut ce que payaient Dempsey, Rockefeller ou Charlie Chaplin.

Les imposés protestent…

A Washington, les perceptions furent envahies par un grand nombre d'imposés qui sommèrent les représentants du fisc d'observer une plus grande discrétion.
Tout ce que nous observons, répondirent ceux-ci, c'est la loi.
Quelques percepteurs avaient hésité à publier leurs listes, mais ils reçurent cet ordre formel du gouvernement : « Mettez vos registres à la disposition de quiconque les réclamera ». Ils durent obéir, les curieux, les intéressés, les représentants de la presse ne cessèrent de compulser les fameuses listes. Chaque commerçant voulut savoir ce que payait son concurrent. Dans plusieurs bureaux, la police dut assurer un service d'ordre. Il y eut même des bagarres.
(Voir la suite en 3e page)
(Suite de la première page)
Cependant de nombreux industriels et hommes d'affaires, ayant parmi eux le président de la Chambre de commerce de New-York, s'élevèrent contre ce qu'ils qualifiaient de « grave indiscrétion ». Par contre, toute la partie de la population qui n'est pas directement visée, éprouva une grande joie à la lecture de ces documents. Ils savent enfin à combien se montent les grandes fortunes du pays. Ils constatent que certains bruits n'étaient que des légendes.

Comment auraient-ils pu supposer que M. J. O. Rockefeller était moins riche que son fils? Et cependant, Rockefeller junior vient en tête de liste avec 7.435.000 dollars (soit 142 millions de francs, alors que son père n'en verse que 124.000.
Le deuxième de la liste est M. Henry Ford, qui paie 2.467.946 dollars d'impôts sur le revenu.
M. J. D. Rockfeller et M. Ford sont donc les deux plus riches Américains.

Parmi les autres rois de l'industrie et de la finance, citons M. Julius Fleischmann qui verse 627.834 dollars; M. Otto Kahn (184.983) et M. J. P. Morgan qui n'a été taxé qu'à 98,643 dollars.

D'autres chiffres…

Quant aux grandes compagnies, les sommes qu'elles abandonnent au fisc atteignent des proportions invraisemblables. La « Ford Motor Company », dont le directeur arrive personnellement second de la liste individuelle, est taxée à 19 millions de dollars, soit 380 millions de francs ! C'est elle qui bat tous les records.. Beaucoup de contribuables dont la fortune était, paraît-il, surestimée, paient des sommes relativement faibles, alors qu'on leur assignait une place parmi les plus riches Américains.
Nous allons plus haut, le cas de Pierpont Morgan, dont la réputation d'opulence est mondiale. Or, le chiffre de 98.643 dollars paraît presque insignifiant pour un Pierpont Morgan, si l'on songe que Dempsey, le célèbre boxeur, acquitte 30.831 dollars et que son manager en verse 71.657. Ce manager a dû profiter de bien des matches où il n'a pas connu le moindre danger !

Dans la finance et dans l'industrie Le secrétaire du Trésor, M. Mellon, qui combattit si vigoureusement certains articles de la loi fiscale, actuellement en vigueur, compte parmi les contribuables les plus chargés : il est imposé pour 1.174.000 dollars. Son frère, président de la « Mellon National Bank », paye 346.000 dollars. Quant au sénateur Couzens, le millionnaire de Détroit, qui eut de violentes discussions avec M. Mellon, au moment du vote de la loi et qui fut accusé d'avoir converti tout sa fortune en bons du gouvernement, exempts de la taxe, il ne paie. que 5.000 dollars. Voilà qui va faire triompher ses adversaires.

Le colonel Henry H. Rogers, le magnat de la Standard Oil, paie 373.000 dollars, et le banquier de Paris et de New- York, George Blumenthal, 327.000 dollars.

Vedettes de l'écran et de la scène

A Los Angeles, Douglas Fairbanks acquitte 225.769 dollars; Thomas Meighan, 51.239; Mary Pickford, 24.440. Voilà qui nous donne une idée des cachets que réclament ces vedettes mondiales. Charlie Chaplin, lui, est moins riche il ne verse que 6.863 dollars. L'infortuné Charlot a, paraît-il, perdu beaucoup d'argent.
Jackie Coogan n'est pas encore imposé. A. Jelson vient en tête des imposés du théâtre avec 45.070 dollars, puis c'est le dramaturge Richard Parthelmens (29.995), puis Pola Negri, William Hart, Constance Talmadge…

Toute médaille a son revers. L'Amérique est un pays où l'on gagne beaucoup d'argent, mais où l'on paie beaucoup d'impôts.

Le chiffre des impôts payé par chaque contribuable vient d'être rendu public

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