| L'Écho de Paris 19 octobre 1924 |
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Le film scandaleux tourné dans le parc de Versailles Impresarios et artistes comparaissent en correctionnelle Si, par cette après-midi du 7 juillet dernier, le Grand Roi, brusquement ressuscité du pays des ombres, était revenu, mélancolique, en ce Versailles où il a fait éclater sa puissance et sa gloire, qu'aurait- il pensé du spectacle qui se serait offert à ses yeux ? Ce n'étaient point des fêtes de ce genre qu'il avait accoutumé de donner à sa cour dans ses jardins... Sur la terrasse, devant une foule de personnes en tenue de soirée et attablées à boire, une quarantaine de jeunes personnes, vêtues de costumes bizarres et tout chatoyants, prenaient des poses plastiques et, en cadence, accomplissaient des gestes lents. Au premier rang, quelques-unes d'entre elles, rejetant les bras en arrière, ouvraient leur robe comme un manteau et paraissaient, hormis une étroite ceinture, à peu près nues. L'affaire est venue hier devant le tribunal correctionnel de Versailles. Si elle est, en somme, moins grave qu'on ne l'avait supposé d'abord, elle nous a toutefois révélé des faits assez scandaleux. Les entrepreneurs du cinéma, M. Kreisler, directeur de la maison Hélios, et M. Fleck, metteur en scène, n'étaient point Allemands, mais Autrichiens. Ils avaient obtenu de l'administration des beaux-arts, sans signaler leur nationalité, l'autorisation de tourner dans le Parc de Versailles un film médiocre et anodin, Mme de Larzac. Mais, ayant eu l'idée d'y insérer le spectacle d'une fête, ils choisirent une scène d'une revue que représentait alors un music-hall de Paris, et engagèrent dans cet établissement les artistes qui la jouaient chaque soir et qui eurent mission de la répéter devant les marches de marbre rose. Au bane des prévenus libres avaient pris place, d'un côté M. Kreisler, de l'autre Mlles Diana, Savolle et Maryalis, celle-ci brune entre ses deux amies blondes; Mlle Diana fleurie d'une rose rouge, toutes trois charmantes, évoquant les trois Grâces qui se seraient déguisées à la mode d'aujourd'hui. M. le président Texier les interroge. Elles répondent avec une évidente bonne foi. Elles ne pouvaient imaginer qu'il fût mal de faire à Versailles ce qu'elles faisaient à Paris, quotidiennement, devant 1,500 personnes. Mais leur costume, quel était-il donc ? Oh! assure Mlle Diana, derrière il était très convenable. Une jupe crinoline très large, avec une longue traîne. Et puis j'avais un très grand chapeau. Avec l'autorité qui s'attache à son nom, M. Antoine, cité par la défense, vient exprimer le regret que les jeunes femmes, qui n'ont dans ces incidents aucune responsabilité réelle et se sont bornées à exécuter un engagement qu'elles croyaient licite, aient été retenues par la justice. On peut espérer qu'il sera entendu. C'est le sentiment de toute l'assistance. Et M. Falco lui-même, au début de son très remarquable et brillant réquisitoire, indique qu'il ne demande contre Mlles Maryalis, Diana et Savolle qu'une condamnation très légère, une condamnation de principe, et que toute la sévérité du tribunal doit aller à MM. Kreisler et Fleck, qui ne sont poursuivis que comme complices mais qui sont en réalité les auteurs principaux du délit. Avec esprit et modération, dans. une forme parfois savoureuse, M. Falco remet au point toute cette histoire, laquelle est celle de jeunes personnes, «ornées de beaucoup de charmes et dénuées de vêtements», et qui «entrées au parc de Versailles simples figurantes, en sont sorties inculpées et vedettes». M.. Falco se refuse à ranimer la vieille querelle du nu esthétique et du nu indécent. Mais ce qui est tolérable dans un music-hall, où les assistants sont venus volontairement, ne l'est point sur la place publique, l'est encore moins en un lieu qui, comme Versailles, a pour nous quelque chose de sacré : «L'idée de transporter une scène du plateau d'un music-hall sur la terrasse du château de Versailles nous paraît profanatrice.» La France ne peut admettre que des étrangers osent ainsi souiller les plus glorieux sanctuaires de son histoire. |
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