| Le Journal des débats 07 octobre 1924 |
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AU JOUR LE JOUR I. LES ARBRES Nous n'écrivons pas ces mots à la légère. Et si ce titre vous étonne, vous qui pensiez que, grâce à la magnifique libéralité de M. J. D. Rockefeller, le palais et les jardins de Versailles, ces joyaux merveilleux du patrimoine de la France, étaient désormais à l'abri des injures du temps, sachez que c'est précisément à cause d'un déplorable emploi de ces dons que la beauté de Versailles subit en ce moment des outrages irréparables. Un mauvais sort, vraiment, semble peser sur le domaine de l'ancienne monarchie. Pour nous en tenir aux dix dernières années, c'est en juin 1914 que M. André Hallays, reprenant une campagne qui avait eu d'importantes conséquences administratives au palais, était obligé d'intituler un retentissant article du Journal des Débats: « Le tripatouillage de Versailles. » Ce sujet est, malheureusement, trop vaste pour que nous puissions le traiter en un seul article. Commençons par les arbres. Il faut savoir tout d'abord que l'architecte en chef des palais de Versailles et de Trianon, étant « chargé de la conservation du domaine », exerce le pouvoir suprême sur tout ce qui constitue les jardins sol, vasques et bassins, escaliers, vases, statues, arbres et fleurs. L'autorité de l'inspecteur des Eaux et Forêts du département ne franchit pas la grille du parc, de même que celle du conservateur du palais est limitée à l'intérieur des bâtiments. Comment l'architecte actuel M. Chaussemiche, use-t-il de ce pouvoir? Mais vous ne vous doutez pas de ce que M. l'architecte en chef entend par «élaguer». Suivant l'expression populaire, il faut le voir pour y croire. Allez donc à Versailles, et, vous éloignant du château et du Parterre d'eau, descendez l'Allée royale... Il y a quinze jours encore, on apercevait la colonnade de Mansard, à gauche, à travers des arbres touffus; on devinait ses trente-deux colonnes de marbre coloré, renforcées de pilastres et supportant une légère frise; mais il fallait suivre une petite allée et pénétrer à l'intérieur de la construction pour admirer la décoration dont elle est ornée, les têtes de nymphes, de naïades ou de sylvains fixées au claveau de chaque cintre, les jeux d'enfants sculptés en bas-reliefs entre les arcades. Quant à l'extérieur de la colonnade, il ne porte pas un ornement, pas une moulure, car c'est à proprement parler un envers; aussi, de tout temps, des arbres serrés le dérobaient-ils aux regards, nous le savons par les témoignages les plus anciens. Les statues ?... Nous verrons prochainement ce qu'elles viennent faire dans cet élagage à mort du parc de Versailles. Mais, en attendant, que tous ceux qui chérissent ce parc et la noblesse de ses ramures se hâtent de le revoir avant que les plus beaux arbres ne soient tombés sous la cognée. Il importe que ce massacre ait de nombreux témoins! HUBERT MORAND |
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