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LA TEMPÊTE A PARIS ET EN PROVINCE
La nuit dernière et pendant la plus grande partie de la matinée d'hier, le vent a soufflé en tempête sur Paris et la région parisienne. Un marronnier du jardin des Tuileries, un des plus beaux et des plus vieux, a été déraciné et s'est abattu sur le sol. Il n'y a heureusement pas eu d'accident de personne, malgré force chutes de palissades et de cheminées arrachées par la bourrasque. Dans les rues, c'étaient, à chaque instant, des passants courant après leur couvre-chef que le vent avait fait choir et auxquels il imprimait un mouvement de rotation vertigineux. Le chapiteau d'une cheminée tombée d'un immeuble, 21, rue du Quatre-Septembre, a blessé à la main un passant, M. Parnin, âgé de soixante-quatorze ans, demeurant 20, rue Antoinette.
DANS LA BANLIEUE
A Courbevoie, des fils téléphoniques sont tombés rue de l'Alma; à Neuilly-sur-Seine, un arbre été couché sur le trottoir, devant le n° 65 de l'avenue de Villiers, obstruant l'entrée d'une usine; à Puteaux, un poteau de trolley a été renversé quai National, à l'angle du boulevard Richard-Wallace. Il n'y a eu, fort heureusement, aucun accident de personnes. A Saint-Germain-en-Laye, sur la terrasse et dans la forêt, le vent a cassé d'innombrables branches d'arbre. Sur la route de Versailles, une cinquantaine de lignes télégraphiques et téléphoniques ont été brisées. A Rambouillet, une jeune femme, Mme Cordier, a été grièvement blessée par la chute d'une tuile. La ville est privée de courant électrique. La plupart des routes de la forêt sont barrées par des arbres abattus.
DANS LES DÉPARTEMENTS
LE HAVRE, 8 octobre. Une violente tempête d'ouest a causé des dégâts importants le long de la côte et dans l'estuaire de la Seine. Une soixantaine de cabines ont été enlevées par les vagues. On tente actuellement de démonter les autres pour les sauver. Partout, des toitures s'abattent et des arbres sont déracinés. Les jardins publics sont fermés; le service des bateaux de Honfleur et Trouville est arrêté. Le paquebot Paris, battu par la tempête, a quand même pu entrer dans le bassin à flot. Le grand pont flottant a subi des avaries. Dans le bassin de marée, plusieurs barques de pêcheurs ont coulé après avoir chassé sur leurs ancres. La Normandia, de Southampton, a dû attendre, pendant quatre heures, sur rade, avant de rentrer dans le port. Un chaland chargé de vivres pour le Paris a été coulé et un mousse jeté à la mer. En ville, un peu partout, des fils électriques ont été cassés.
Dans le Calvados
CAEN, 8 octobre. Les dégâts causés par la tempête sont importants. Le réseau électrique est détérioré en de nombreux endroits. Les arbres abattus sur les routes ont entravé la circulation des tramways Mondeville et les quartiers excentriques sont sans lumière. Un seul blessé, M. Ernest, Barbier, demeurant à La Folie. a été atteint par une tuile à la tête. Les vitraux de l'église Saint-Pierre de Caen ont été brisés en plusieurs endroits et le sol de la nef est jonché de débris de verre. Mais c'est en campagne que les dégâts sont les plus élevés : les meules de paille ont, en différents endroits, été éparpillées par le vent.
EN BRETAGNE
SAINT-MALO. 8 octobre. Cette nuit, plusieurs terre-neuviers rentrant des bancs avec leur cargaison, et qui étaient mouillés en rade, ont chassé sur leurs amarres. L'un d'eux, la Vagabonde, de Binic, venant livrer sa poche ici, s'est échoué entre le grand et le petit Bé. On pense pouvoir le renflouer à marée montante. BREST, 8 octobre. Des arbres centenaires ont été brisés et de nombreuses toitures ont été enlevées. Plusieurs bateaux, dans le port, ont chassé sur leurs ancres et les bâtiments de guerre ont dû doubler leurs amarres.
LORIENT, 8 octobre. Un violent cyclone s'est déchaîné, cette nuit, sur les côtes de Bretagne et s'est prolongé jusqu'à trois heures du matin. Les navires ont chassé sur leurs ancres en rade et on redoute des sinistres au large. Le chalutier Saint-Guenael a recueilli, à cent milles d'Ouessant, un grand chaland anglais à moteur, le K-14, de Londres, qui avait été abandonné par son équipage. En raison de la tempête, le grand pétrolier de l’État Rhône a dû interrompre ses essais. Une barque montée par quatre hommes a chaviré près de la pointe Saint-Mathieu. Le patron, M. Le Roux, son fils et un autre matelot se sont noyés.
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