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Le Petit Parisien 26 octobre 1924


LES EMBARRAS DE PARIS
CIRCULER VITE! PAS D'AUTRE SOLUTION POUR DÉGAGER LES RUES

Toutes les mesures que préconise M. Jean Varenne, rapporteur du comité de circulation, tendent à atteindre ce but sans léser les intérêts de quiconque
Le comité de circulation qui se préoccupe, comme son nom l'indique, des problèmes soulevés dans Paris par l'abondance et la diversité des véhicules, a choisi comme rapporteur, ainsi que nous l'avons annoncé, M. Jean Varenne, conseiller municipal. M. Varenne a bien voulu, dans l'article ci-dessous, résumer les directives qui seront suggérées à la préfecture de police pour remédier aux embarras de Paris.
Paris étouffe dans ses voies trop étroites. Chaque jour apporte un accroissement de circulation dans une ville qui est la capitale du monde et où l'activité des affaires, le commerce, l'industrie se développent sans cesse.
Songer à bouleverser Paris, vouloir créer des voies nouvelles plus larges et raser des quartiers entiers au moment où la crise de l'habitation devient le plus redoutable des problèmes à résoudre serait pure folie! Dépenser des milliards que nous n'avons pas et «embouteiller» davantage encore le centre de la capitale par des travaux qui dureraient plus de dix ans est chose impossible !
Il ne reste alors qu'à atténuer les difficultés et une seule solution se présente pour circuler plus vite, augmenter la vitesse des véhicules.

La rue n'est pas un garage; elle est faite pour circuler. Elle appartient à ce qui roule comme le trottoir appartient à ce qui marche. Trop de voitures sont immobilisées sur la voie publique pour des causes étrangères à l'intérêt général. Le stationnement devra être limité, réglementé et toléré aux heures où il ne peut entraver l'activité nécessaire de la rue; limité et réglementé en imposant aux voitures l'arrêt que d'un seul côté de la rue et orienté dans le sens de la circulation dans les voies à sens unique et du même côté, soit côté pair, soit côté impair, dans les voies à double sens; toléré là où il ne constitue aucune gêne véritable. Il devra être interdit, aux heures d'affluence, le soir entre quatre et sept heures, dans les artères à grande circulation.

Et refuser impitoyablement l'autorisation de laisser des journées entières sur la chaussée les « poussettes et triporteurs qui peuvent être remisés aisément dans les cours des immeubles.

Un autre côté du problème reste à étudier, délicat et difficile à résoudre parce qu'il risque de heurter les intérêts très respectables de certaines catégories de commerçants parisiens : la réglementation des véhicules à marche lente.
C'est une des causes véritables de la crise dont on se plaint et, dans les conclusions que je suis chargé de présenter au comité de la circulation, je m'efforcerai de concilier l'intérêt du commerce parisien avec l'intérêt général.
Il n'est pas possible de concevoir une solution à la crise si l'on admet que la traction automobile, plus rapide, puisse être arrêtée aux heures d'affluence soit par des voitures à chevaux allant au pas, soit par des voitures à bras traînées par des hommes attelés, parfois, à des charges trop lourdes pour les forces humaines.
Mais supprimer complètement, vers la fin de la journée, à l'heure où le mouvement de la rue est le plus grand, la circulation des voitures qui font la tournée des quartiers commerçants pour emporter vers les gares les expéditions de la journée, serait attenter gravement à l'activité commerciale de la ville.

Ces commerces sont localisés et l'itinéraire des voitures se dirigeant toutes vers les mêmes points peut être étudié sur un plan de Paris, détourné des centres de grosse affluence et canalisé par des voies plus accessibles. La solution efficace n'est pas dans des mesures de brutalité heurtant les intérêts très respectables de toute une catégorie d'habitants, commerçants, employés, cochers, livreurs, qui ont, eux aussi, «un droit à la rue». Cette solution ne peut se trouver que dans une collaboration de toutes les bonnes volontés, guidées seulement par le souci de l'intérêt général. Et l'intérêt général, même l'intérêt de ceux qui pourraient être atteints plus ou moins par les mesures qui vont être prises, est de pouvoir circuler dans le minimum de temps pour le maximum d'affaires.

Et les tramways? disent enfin les Parisiens qui ne voient pas sans étonnement des files de motrices avec leurs baladeuses immobilisées parmi le flot des voitures. Là encore, il n'est pas impossible de trouver un remède.
Les tramways de banlieue pénétrant dans Paris jusqu'à l'Opéra ou la Madeleine sont un défi au bon sens ! Un préfet énergique peut imposer à des administrations qui persistent à ne pas vouloir se connaître une collaboration constante.

Pourquoi les «banlieuesards» venant travailler à Paris ne trouveraient-ils pas aux portes de la ville des correspondances pour le métro ou les autobus ? Mais l'assemblée municipale n'est-elle pas souveraine pour imposer aux compagnies de transports des modifications aux conventions qui n'ont pas toujours été faites avec le souci de servir l'intérêt public?

Notre nouveau préfet de police me paraît avoir des qualités de volonté, d'énergie et de persévérance. Il a, dans ses mains, des pouvoirs étendus. Grâce à lui et aux bonnes volontés qui ne demandent qu'à seconder ses efforts, il atténuera grandement une crise qui, en se développant, risquerait de paralyser l'activité de. notre capitale.

Bientôt, souhaitons-le, on circulera mieux et plus vite dans Paris et un autre problème se posera, plus délicat, tout aussi impérieux et tout aussi difficile à résoudre : assurer la sécurité de ce pauvre piéton! Il serait peut-être bon d'y songer aussi !

JEAN VARENNE.

Les embouteillages dans Paris

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