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L'Œuvre 31 octobre 1924


POUR NOS FILS

avant qu'ils aient vingt ans

Il existe une publication intitulée: Familles et Lycées, organe de la Fédération des associations de parents d'élèves. Il paraît que les parents d'élèves ont besoin de se fédérer, de s'associer, de se syndiquer pour se défendre contre leurs gosses, même quand ils ont collé leurs gosses au lycée.

Or un parent d'élève vient de donner à Familles et Lycées un devoir dont le début est excellent, mais dont la deuxième partie n'est qu'un barbarisme, au sens précis du terme.

Il est question, d'abord, d'appliquer aux écoliers français la semaine anglaise, c'est-à-dire de faire bénéficier tous les jeunes détenus des Petites Roquettes universitaires d'une libération prématurée, le samedi, libération à midi.
En effet, comme le fait remarquer en termes excellents le parent d'élève dont la rédaction figure au tableau d'honneur, le repos du jeudi et du dimanche est souvent illusoire. L'enfant s'amène le samedi soir et le jeudi à midi avec une longue liste de devoirs à écrire, de leçons à apprendre, quand il ne s'agit pas de pensums distribués à titre de rabiot et d'encouragement. Ainsi les jours de congé se distinguent des jours de travail en commun en ce qu'ils sont consacrés au travail solitaire, à moins que le papa ne s'y colle également (mais il y a des papas qui sont inaptes au thème latin et qui montreraient en ma- tière de géographie nouvelle une infériorité humiliante).

Avec le système de la semaine anglaise, l'après-midi du samedi serait employé aux diverses corvées qui, d'après les plus repectables traditions pédagogiques, doivent s'accomplir au sein de la famille. Et le dimanche, suivant les goûts paternels ou les principes maternels, le gosse pourrait librement aller s'amuser au cinéma, bailler aux vêpres ou se faire bosseler au football. Bravo! Excellente idée! Les collégiens, le visage épanoui, se préparent déjà à décerner le titre de « chic type » à ce parent d'élève.

Mais le parent d'élève, froidement, continue « Comment récupérer les soixante- quatorze heures perdues annuellement de ce fait ? » Ce qui prouve que le devoir primé par Familles et Lycées est un problème d'arithmétique autant qu'une composition française. Et voici la solution:

«Les soixante-quatorze heures perdues seront remplacées par la réduction à deux mois des grandes vacances, du 15 juillet au 15 septembre.» Car, d'après le bulletin fédéral, les parents, en général, estiment qu'on fait trop apprendre en trop peu de temps à leurs enfants; ainsi il convient d'allonger la durée effective de l'année scolaire par la réduction des vacances et d'appliquer la semaine anglaise.

Ça prouverait que certains parents sont partisans des méthodes intensives d'abrutissement méthodique; ce qui ne fait honneur ni à leur cœur ni à leur jugement. Les enfants apprennent trop peu parce qu'on veut trop leur enseigner. Ce qu'il faut raccourcir, ce n'est pas les vacances, c'est les programmes.
Pour un gosse désireux d'apprendre, comme pour un gosse qui ne veut rien savoir, le temps ne fait rien à l'affaire. Une trop longue application fatigue l'attention la mieux disciplinée. L'excès de travail dégoûte du travail, comme on se dégoûte des meilleures choses, vues, bues ou lues en trop grande quantité. En matière de travail, la qualité seule importe.

«Soixante-quatorze heures perdues! » s'écrie ce père d'élève, qui me permettra de le traiter respectueusement de vieille noix (et tous les jeunes élèves, dont on veut rogner les vacances par le meilleur bout, s'associeront à moi pour lui décerner cette mention... tous, excepté son fils, bien entendu).

Soixante-quatorze heures perdues? Mais non, vieux navet... ces soixante- quatorze heures seront gagnées, gagnées sur l'ennemi.

Car le travail, en vérité je vous le dis, est et sera toujours l'ennemi mortel du genre humain.

G. DE LA FOUCHARDIÈRE.

 Les enfants apprennent trop peu parce qu'on veut trop leur enseigner.

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