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Paris-Soir 05 octobre 1924


On boira aujourd'hui encore de l'eau phéniquée

DES BUTTES-CHAUMONT A MÉNILMONTANT…

On boira aujourd'hui encore de l'eau phéniquée. On recherche l'usinier coupable

L'envoi de l'eau de Marne est suspendu Une négligence a suffi. Trouvant trop élevés les frais de décantation dans les locaux industriels, un usinier de Neuilly ou de Champigny a jeté dans la Marne une assez grande quantité de phénol.

Victimes, depuis hier matin, de ce méfait involontaire, les habitants de la banlieue Est et des 19° et 20e arrondissements n'ont pu absorber la moindre goutte d'eau. Dans cette région infortunée, tous les restaurants et toutes les ménagères ont du jeter avec dégoût les aliments les mieux confectionnés. Durant toute la journée, leurs robinets n'ont fourni que de l'eau phéniquée, insupportable au goût, peut-être même dangereuse.

La nuit a passé et, ce matin, les consommateurs d'eau de Marne ont pu constater que le désastre continuait. Il faut qu'un remède soit rapidement apporté par la Préfecture de la Seine et que l'eau redevienne aussi potable qu'autrefois.

M. Fiancette, qui s'est très activement occupé de la question, réclame l'application de mesures efficaces.
- Nous consommons, durant les mois d'été, nous a-t-il déclaré, 600.000 mètres cubes d'eau, dont un tiers est fourni par les sources et dont les deux autres tiers sont amenés par les rivières

Les mesures de sécurité

Nous avons pu joindre M. Baratte, chef du service des eaux à la Préfecture de la Seine, et nous lui avons demandé quelles mesures avaient déjà été prises. M. Baratte nous a répondu :
Nous avons cessé le service d'envoi de l'eau filtrée de la Marne et nous n'utilisons plus que l'eau de Seine d'Ivry ou l'eau de source.
« Evidemment, il est demeuré dans les conduites d'eau une importante quantité d'eau phéniquée, mais sa désagréable saveur s'atténue progressivement.
« Quant aux réservoirs, ils ont été divisés en deux parties; l'une contient de liquide pur qui est envoyé au consommateur; dans l'autre nous amenons l'eau phéniquée que nous allons tenter de traiter par des produits chimiques.
« Nous restons persuadés qu'un usinier négligent est responsable de cette déplorable affaire. Mais nous engageons le public à ne pas s'inquiéter outre mesure. Le goût insupportable de l'eau des quartiers va devenir imperceptible et même disparaître tout à fait. »

Une enquête a été ouverte afin de découvrir le coupable, qui est, paraît-il, un établissement classé des environs de Neuilly. La répression est d'autant plus imminente que les industriels de la région jettent n'importe quels produits dans le fleuve. Ils s'exposent évidemment à un procès-verbal. Mais le coût de cette amende est beaucoup moins élevé que les frais de décantation dans les locaux industriels. Les maires des communes menacées, chargés de la police locale, sont trop souvent réduits à l'impuissance. Mais les sociétés de consommateurs, réunis en syndicats, et les sociétés de pêcheurs, qui voient dans la présence des produits chimiques parmi les eaux de la Marne, un danger pour leur sport favori, peuvent d'un commun accord, demander et obtenir réparation de dommage.

C'est M. Dunert, inspecteur général du service des eaux d'alimentation, qui a été chargé de l'enquête. Il a déjà constaté que la trace des produits incriminés partait de l'égout de Joinville.


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