| Paris-Soir 12 octobre 1924 |
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On désarme Ça devait arriver. Il y a trop longtemps qu'on parle, un peu partout, et de façon inconsidérée, de paix universelle, de désarmement, de la fin des massacres, etc. A force de dire des bêtises, on a fini par tournebouler l'entendement des peuples et de ceux qui les conduisent. Et voici que des gouvernements, prenant ces fantaisies au sérieux, s'avisent, aujourd'hui, de les entrer dans la pratique. Selon le projet du président du Conseil danois, l'armée et la marine sont supprimées. On ne gardera qu'une sorte de milice policière, composée de volontaires et une demi-douzaine de petits vaisseaux. Plus deux aéroplanes. Bénéfice : près de cinquante millions de couronnes. Le Danemark va devenir le pays de cocagne. Seulement, ce geste, qui ne peut manquer de soulever, dans l'univers civilisé, une profonde émotion, va provoquer, du même coup, une sainte émulation. Les nations voisines vont se dire que, du moment qu'on a commencé, il n'y a pas de raison pour ne point continuer. Les peuples vont faire pression sur leurs dirigeants. Et vous allez voir que, d'un bout de l'Europe à l'autre, il ne va plus être question que de désarmer. Je dis que le projet de M. Stauning, président du Conseil des ministres du Danemark, risque d'appeler sur nos têtes les plus terribles catastrophes. Ce n'est pas en vain qu'on sape les assises de la Société. L'armée est la clef de voûte à laquelle il est interdit de toucher. Sans armée, tout s'écroule. La France, notre glorieux pays, tient surtout son rang dans le monde pas le prestige de son armée, de ses vaillants soldats, de ses valeureux officiers, de ses brillants généraux, de ses remarquables maréchaux dont le génie de stratège s'exerce aussi bien sur les champs de bataille que dans les colonnes serrées de l'académique dictionnaire. On ne peut imaginer ça sans frémir. Et puis... voyons... Qu'est-ce qu'on va faire des généraux, officiers, sous-officiers de carrière ? Pour les soldats, ça ira tout seul : ils ne demandent qu'à troquer leur capote contre un complet-veston. Mais les autres ? A quoi les emploiera-t-on ? En fera-t-on des bureaucrates, à l'heure où les fonctionnaires réclament, protestent, s'insurgent parce qu'on les paye trop mal ? De quoi sont-ils capables, d'ailleurs ? Quel métier peuvent-ils faire ? Non, non, il n'est pas possible de jeter ainsi à la rue des milliers de braves gens pourvus de galons, ayant droit à leur retraite, et qui, demain, nouveaux Bélisaires, tendront leurs képis sur la place publique. Il n'y a plus de Du Guesclin, pour entraîner et essaimer les prochaines grandes compagnies. Il n'y a pas une minute à perdre. il faut, au plus vite, étouffer ce dangereux foyer d'antimilitarisme qui menace d'incendier le monde ! SIRIUS. |
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