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On dit que…
On cite un industriel, gros fabricant de conserves, qui achetait, il y a quelque temps, plusieurs milliers de kilogrammes de tomates au prix de 10 francs les cent kilos, soit un sou la livre. Or, les prix courants de cette maison indiquent la boîte d'un kilo à 8 francs. A supposer que le fer blanc et la main-d’œuvre coûtent 2 francs, ce qui est certainement au-dessus de la vérité, nous avons lieu de supposer que ce commerçant qui vend huit francs ce qu'il paye 2 fr. 10 pourra bientôt vivre de ses rentes.
Il y a deux ans, la loge maçonnique du Grand Orient de France exprimait le vœu que dans le plus bref délai la législation scolaire française soit appliquée à l'Alsace-Lorraine. Ces jours derniers, elle votait une motion exigeant l'anéantissement de la réaction et l'introduction immédiate des lois maçonniques dans les provinces recouvrées et, rappelant à M. Herriot ses promesses (???) elle demandait la suppression de l'ambassade du Vatican. Que de choses en peu de mots! La Franc-Maçonnerie se sent toute puissante, elle ne demande plus, elle exige; Pour une fois, la Franc-Maçonnerie parle... franchement; elle ne dit plus: lois laïques, mais lois maçonniques; elle ne pouvait rendre plus grand service aux catholiques, en les avertissant de ce qui les attend; M. Herriot a fait des promesses à la Franc-Maçonnerie, il a pris des engagements vis-à-vis des pires ennemis de l'Église. Que nous racontent donc cet hypocrite de Herriot et cet imbécile de Raynaldy quand, se sentant empétrés dans l'histoire d'Alsace-Lorraine, ils cachent les griffes et se déclarent plus respectueux que personne des convictions religieuses des provinces recouvrées?
Le Gouvernement a, paraît-il, supprimé du projet du prochain budget les crédits pour l'ambassade du Vatican. M. Herriot s'entête, vraisemblablement les Chambres suivront. On verra ce qu'en pense le pays, qui seul doit en pâtir, car il faudrait, une bonne fois, se rappeler que ce n'est pas le Vatican, mais la France qui a intérêt au maintien des relations, Les radicaux eux-mêmes, du moins ceux que n'aveugle pas la haine sectaire, s'en sont rendu compte. D'ailleurs, pendant quinze ans que dura la suppression de l'ambassade, le Gouvernement français essayait, par des moyens détournés, de maintenir avec Rome un contact dont il sentait la nécessité absolue. Reste à savoir s'il convient à un grand pays comme le nôtre, d'entrer au Vatican par la porte de service, comme un paria ou par l'escalier d'honneur, comme toutes les nations civilisées.
Sur les bords du lac de Genève, des mes- sieurs en jaquette discutent gravement sur les possibilités de maintenir: la paix en Europe. Chacun a son moyen infaillible et cherche à le faire prévaloir. La Société des Nations tient la guerre par la gorge et va l'étrangler. C'est fini, plus de loups les agneaux dormiront désormais tranquilles. Or, sinistre ironie, le canon tonne pour faire écho à la voix des graves messieurs; on se bat, on s'égorge en Chine, au Mexique, au Maroc. La situation de la Géorgie est particulièrement poignante. Les Soviets, au nom de la troisième Internationale qui doit émanciper le genre humain, bombardent, fusillent, éventrent les Géorgiens qui ne sont pas socialistes à leur manière. C'est du joli travail et le sang ruisselle. La Société des Nations qui a des remèdes pour empêcher la guerre dans trente ans, et qui aurait une si belle occasion de les essayer aujourd'hui, se trouve désarmée devant ces peuples en armes. Qu'elle ne s'étonne pas, si devant cette faillite elle nous trouve sceptiques.
C'est une histoire de melons, mais où il y a des poires qui réellement se laissent taper avec une persévérance déconcertante. Il y a trois semaines, les melons du Midi arrivaient en telle abondance aux marchands de gros de Paris, qu'on les liquidait à peu près pour rien. Un marchand forain en acquit 1200 au taux de 0 fr. 20 la pièce, donc pour 240 fr.; le même jour il les revendait 1 fr. 50 en moyenne, réalisant un bénéfice de 1560 fr., soit 650 %. Sur les 240 fr., le producteur dut payer les frais de transport, de manutention, etc... et reçut net 27 fr. 50. Entre le cultivateur, ce pelé, ce galeux, cet exploiteur et le consommateur, il y a donc une marge de 1772 fr. 50. Ne trouvez-vous pas que l'un et l'autre sont de bonnes poires?
On trouve à Paris, sur la porte d'entrée d'un bureau, rue de Courcelles, une plaque en émail avec l'inscription: « Albert X..; conseils en tous genres. Évidemment, ce donneur, ou plutôt ce vendeur de conseils est à la fois avocat, notaire, banquier, industriel, commerçant, pour pouvoir donner à tout venant des consultations, à moins qu'il ne soit simplement un aigrefin. Que valent ses conseils? Peut-être pas grand'chose pour le client car il faut toujours se méfier des hommes universels, mais à coup sûr, ils valent gros pour le conseilleur, car à 10 fr. par poire, et à six poires par heure, on peut dire que le temps c'est de l'argent. Le conseilleur n'est pas le payeur; au contraire, il encaisse. Il n'y a pas de sots métiers, mais il en est de malhonnêtes.
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