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L'Œuvre 09 octobre 1924


 Pour réglementer la main-d'œuvre étrangère, on veut nous doter d'une administration de plus

Pour réglementer la main-d'œuvre étrangère

On veut nous doter d'une administration de plus: un office. De la vie chère, sans doute ? Ou des changes? Ça, au moins, c'est important et urgent.
Non. Il s'agit d'un office d'immigration. Pour ce, à l'heure où on ne trouve pas d'argent pour les fonctionnaires, on trouvera sans peine huit millions. Le principal inconvénient de mêler à la loi de finances des innovations administratives. c'est qu'on n'a pas le temps de les étudier sérieusement avec les meilleures intentions du monde, la Commission des finances, si elle se décide à la légère, court grand risque de commettre une erreur.

Il paraît que les services ministériels qui surveillent aujourd'hui l'entrée, la conduite et les intérêts des ouvriers étrangers en France sont éparpillés entre plusieurs ministères et demandent à être réunis. Cela peut se soutenir, et la coordination est toujours souhaitable. Encore faut-il observer qu'il existe depuis 1919 au ministère des Affaires étrangères une commission interministérielle de l'immigration, précisément chargée de « coordonner ».

De deux choses l'une: ou cette commission coordonne, et alors on se demande pourquoi tant de millions seraient nécessaires cette année pour assurer une cohésion déjà établie; ou cette commission ne coordonne rien du tout, et alors on se demande si le fait de la baptiser « office y changera quelque chose, à moins qu’il ne s'agisse de créer de nouveaux emplois.

Les services actuels coûtent annuellement environ trois millions. Que l’on transfère ces crédits à un « office » qui, avec le même argent, fera la même besogne, on n'y voit rien à redire. Mais pourquoi cette augmentation ?

Elle ne pourrait s'expliquer que par le désir de se livrer, par cette organisation nouvelle, au développement de l'immigration. On se proposerait de « pousser à l'importation de la main-d’œuvre. Et c'est ici qu'il convient justement de réfléchir. Qu'il faille à certaines de nos régions depeuplées un appoint de bras étrangers, nul ne le nie. Que cet apport doive être contrôlé, surveillé de près, c'est certain. Mais que l’État, aux frais des contribuables, devienne l'agent de cette besogne, ce n'est pas son métier et il se fourvoie. Si messieurs les industriels ont besoin de main-d’œuvre étrangère, qu'ils en fassent eux- mêmes les frais.

Au surplus, la question dépasse le budget, car elle est d'ordre social. La C. G. T. s'en est occupée dans son conseil national du 19 septembre. Elle aussi a réclamé la constitution d'un office de la main-d'œuvre, nationale ou étrangère, et d'un office qui, loin de multiplier sur notre sol les travailleurs étrangers, limite leur nombre aux besoins indispensables.
Dans la pensée de la classe ouvrière, le devoir de l’État est ici de « protéger » l'ouvrier français en réglementant et en contrôlant l'entrée de la main-d’œuvre étrangère.

Or, si on donne à l'office d'immigration des crédits importants, qu'il ne pourra justifier que par l'augmentation des recrutements à l'étranger, n'aura-t-il pas une tendance à développer outre mesure l'importation excessive de la main-d'œuvre étrangère ?
Le Parlement a bien fait de poser la question, mais l'office à créer serait bien plutôt cet office national de la main-d'œuvre, ce grand organisme de compensation du marché du travail, que la C. G. T. réclame si justement.


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