| Paris-Soir 05 octobre 1924 |
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LA POLITIQUE DU CARTEL Supprimez Biribi ! Après la suppression, du bagne, si favorablement accueillie par l'opinion, on attendait la suppression de Biribi. L'admirable enquête d'Albert Londres ne pouvait laisser place, dans l'esprit de nos dirigeants, à aucune espèce d'hésitation. Notre distingué confrère et ami n'avançait rien qu'il ne fût en mesure de prouver. Il tenait à la disposition du ministre de la Guerre des faits, des noms, des dates. Les scandales inouïs qu'il débridait d'une main ferme devaient soulever l'indignation des pouvoirs publics et appelaient des sanctions immédiates. Le général Nollet ne semble pas avoir pensé ainsi. Il vient, en effet, de nommer une Commission qui est chargée d'aller vérifier sur place les allégations, pourtant péremptoires, de Albert Londres. C'est proprement se moquer du monde. En tout état de cause, nous nous défions des Commissions ministérielles. Nous savons, par toute l'expérience du régime, qu'elles travaillent à vide, sans se presser, et qu'elles n'aboutissent pratiquement à rien. Par une sorte de tradition bien établie, elles apparaissent comme la procédure d'enterrement qui permet de se débarrasser des questions gênantes. Celle de Biribi constituera-t- elle l'heureuse exception à cette règle quasi-invariable? Nous ne le pensons pas. Nous lui, reprochons d'abord sa composition. Elle ne comprend que des officiers supérieurs et de hauts magistrats. Ce n'est point faire injure à ses membres qu'estimer qu'ils risquent de voir les choses d'un peu loin, en hommes qui ne sont préparés ni à en surprendre le détail ni à en saisir la portée. L'enquête dont ils ont accepté la charge demande que soient employés des moyens exceptionnels d'investigation. Si Albert Londres a réussi la sienne, c'est à force d'ingéniosité, d'habileté, de patience, de courage. Il lui fallait à la fois s'assurer une indépendance de mouvements que n'auront pas les commissaires du général Nollet et obtenir la sympathie des disciplinaires pour provoquer leurs confidences. Ces malheureux se livraient au journaliste après bien des hésitations. Ils ne diront rien au général Michaud et à ses collaborateurs. Au surplus, le départ de la Commission est annoncée à son de trompe. Lorsqu'elle arrivera en Afrique, il y aura belle lurette que les enquêtés seront prévenus. On lui fera visiter un bagne « la Potemkine », un bon bagne séduisant où les gardes-chiourme sont des pères pour les détenus. Et Biribi continuera de nous déshonorer. L-0. FROSSARD. |
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