| Paris-Soir 01 octobre 1924 |
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DU POINT DE VUE DE... En présence du maréchal Joffre, le ministre républicain Dumesnil, accompagné du général Gouraud, a inauguré un monument aux morts de Champagne. Ce monument était dû au ciseau d'un artiste connu surtout comme militant royaliste. Cela, sans doute, n'avait qu'une importance secondaire. Le sculpteur pouvait parfaitement oublier le partisan. Par malheur, il n'en fut pas ainsi. Groupés autour de leur chef, quelques centaines de manifestants crurent devoir interrompre le ministre qui discourait au nom du gouvernement. La foule, si l'on en croit certains journaux, a fait chorus. On a crié au membre du gouvernement : « Et l'Allemagne ?... Et les religieux ?... Et les bonnes sœurs ?... Vive l'Armée !... », etc, etc. Mais, comme cela ne suffisait point, un champion du Roy s'est dressé et, avec cette politesse exquise qui caractérise ces messieurs, il a jeté au ministre : « Ta gueule ! » Cette apostrophe en dit long. Elle est significative. Elle est symbolique. Ainsi, à l'heure où l'on parle de paix, où tous les hommes de bonne volonté s'emploient, avec plus ou moins de bonheur, à reculer sinon à éliminer complètement la perspective des massacres; au moment où l'on s'efforce à écarter tous motifs de dissensions entre nations, à ruiner les sentiments belliqueux en Europe, les foules lèveraient pour protester, les foules seraient pour la guerre, encore, toujours ? Et cet esprit public serait, simplement, l'esprit militariste ? Voyons, la chose est impossible. Voyons, il y a, d'un autre côté, des foules qui rêvent, au contraire, de supprimer les conflits sanglants, qui ne désirent que la paix entre citoyens, qui préconisent l'internationale des travailleurs. Justement, j'ouvre les journaux. Mais, que vois-je ? Ces partisans de la paix, ces ennemis du militarisme brandissent des drapeaux ; ils marchent au pas et en cadence; ils sont conduits par des sergents et des caporaux ; ils arborent des insignes; ils crient : « Vive l'Armée rouge!»; ils s'avèrent plus militaires encore que les autres. Alors, quoi ? Des deux côtés de la barricade: c'est donc la même chanson. Partout on ne rêve que bataille, violence. Partout on ne s'occupe à résoudre le problème que par la force et le sang versé ! Qui donc ose encore parler de Paix ? Pauvre colombe aux ailes froides, ce n'est pas, demain que tu prendras ton vol radieux. SIRIUS. |
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