| L'Homme Libre 16 octobre 1924 |
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Revue de la Presse Contre la violence D'un article de M. Henry Béranger dans Actualités, sur la S.D.N. L'abus de la force peut faire, un temps, illusion. Un ordre de commande peut régner sous un régime de terreur. Le silence de la contrainte peut passagèrement emprunter la figure d'une liberté qui se recueille. Ce ne sont là que masques sans durée. Mais, objectera-t-on, les Révolutions de France et d'Angleterre ne se sont pas faites sans violence ni sans terreur - Certes, mais ce n'est pas ce qu'elles ont fait de mieux ni de plus durable. L'exemple des pendaisons de Cromwell ou des guillotinades de Robespierre n'est nullement à recommander. Les unes et les autres ont mené à un césarisme militaire qui s'est écroulé après avoir fait beaucoup de mal et versé beaucoup de sang innocent. Ce qu'il y avait de vrai et d'immortel dans l'esprit révolutionnaire du dix-septième siècle anglais et du dix-huitième siècle français, c'était au contraire l'esprit invincible de tolérance et c'est précisément cela qui a duré. Ajoutez que la violence est toujours un moyen de gouverner excessivement coûteux. Car qui dit violence dit casse et chacun sait que toute casse doit être payée. L'homme détruit plus facilement qu'il ne construit, mais ses destructions coûtent encore plus cher que ses reconstructions. Peut-être les moyens de la liberté sont-ils plus lents et paraissent-ils moins efficaces. Mais ce n'est qu'une apparence dont ne sont dupes que les médiocres. Seuls, le libre examen et la tolérance peuvent assurer des progrès durables. Tout retour à la violence est une régression de l'humanité. Toute pratique de tolérance est une ascension sociale C'est un nouvel honneur pour notre Nation que le Chef de son Etat l'ait solennellement répété à l'heure où le génie d'Anatole France allait rejoindre dans l'immortalité ceux de Montaigne, de Voltaire et de Victor Hugo. |
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