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A MON AVIS
Quelle tristesse, cette jeune fille qui, pour gagner cinq cents francs, s'est jetée en parachute du haut d'un monoplan, au meeting d'aviation d'Auch, et est venue s'écraser sur le sol!... Il faut le dire, le plus triste c'est que le public a sa part de responsabilité dans un tel accident stupide et atroce.
Certes, rien de plus utile que la vulgarisation du parachute; ici-même, nous avons demandé instamment que l'on s'appliquât à perfectionner ces appareils de protection, indispensables à la sécurité des aviateurs, et que, de plus en plus, on en répandit l'emploi. Mais est-il pour cela nécessaire de risquer la vie d'une jeune fille? Ces démonstrations, ces exhibitions qui deviennent de plus en plus fréquentes, qui arrivent à être considérées comme le « clou » des fêtes foraines, à quoi servent-elles, à quoi riment-elles?
Des centaines de spectateurs, le nez en l'air, n'y voient rien d'autre que l'émotion, le frisson d'un instant. «Est-ce que c'est une vraie femme qui est accrochée au parachute? » S'il s'agit, remarquons-le bien, de démontrer uniquement l'excellence de l'appareil et de sa manœuvre, un mannequin, à la rigueur, n'est-il pas suffisant? Mais si l'aviateur ne balance qu'un mannequin, si ce n'est pas une vraie femme, le public trouve que ce n'est pas intéressant, pas « amusant ». il estime qu'il est volé... Et c'est pour qu'il « en ait pour son argent », ce bon public, que l'on cherche et que l'on trouve des parachutistes à cinq cents francs, qui se précipitent ainsi dans le vide, risquent de se tuer, et quelquefois se tuent, en effet, comme l'autre jour à Auch…
Pourtant je suis persuadé que les habitants d'Auch sont de très braves gens, et qu'on les étonnerait et les scandaliserait fort en les accusant d'avoir des instincts sanguinaires; les habitants d'Auch ne feraient pas de mal à une mouche. Pourquoi faut-il que, pour leur plaire, pour les intéresser, pour les amuser », on ait cru devoir offrir cinq cents francs à Mlle Liane d'Arcy, cinq cents francs et la mort affreuse? Tout cela, je le répète, pour qu'au moment où la parachutiste enjambe la carlingue, oui, oui, vous voyez bien, ce n'est pas un mannequin, c'est une vraie femme! il y ait des Messieurs qui poussent un « Ah!... » d'admiration et d'effroi, de jolies dames qui se cachent les yeux de leurs mains gantées...
J'estime qu'il est temps d'interdire ce genre de divertissements odieux et absurdes, et qu'il y a, à Auch et ailleurs, d'autres façons de s'amuser.
Franc-Nohain
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