DÉS A COUDRE
Dés à coudre, ô chers dés, si vaillants à l'ouvrage Et casquant d'acier clair de mignons ouvriers L'aiguille est si pointue en sa piquante rage Que vous valez la gloire avec tous ses lauriers
Petits dés, boucliers de vaillances obscures Qui luttent pour la vie un acharné combat! Vigilants compagnons, vous savez les blessures Que l'aiguillon d'amour fait dans un cœur qui bat.
Fins heurtoirs qui frappez à coups sûrs et sans nombre, Et gagnez d'humbles prix à force de bons points, Vous qui, sous l'abat-jour, cette tente dans l'ombre, Veillez, tels des guerriers qui joutent, lance aux poings !
Dés à coudre, ô chers dés! moi, chasseur de chimère, Qui sais à peine écrire et n'ai point su lutter, Pieusement, dans l'ombre, en songeant à ma mère, Je baise tous les doigts qui savent vous porter...
LÉON TONNELIER.
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